Les contes d'Hoffmann : sublime mise en scène

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L'Opéra Bastille reprogramme la version du chef d'oeuvre d'Offenbach mis en scène par Robert Carsen. Un régal d'intelligence et d'imagination au service du symbole. Stefano Secco dans le rôle d'Hoffmann est décevant.

Les contes d'Hoffmann, c'est cet opéra que l'on ne saurait attribuer à Offenbach tant sa musique est différente des opérettes si chères à ce compositeur. C'est un opéra on ne peut plus sérieux, sorte de testament philosophique que le musicien a écrit quelques mois avant de mourir sans l'avoir jamais entendu joué sur scène. Le thème retenu par ce roi des pirouettes vocales est effectivement celui de la quête de l'amour, quête totalement infructueuse, la moral de l'histoire étant que l'homme ne peut compter que sur l'inspiration créatrice. Et de fait, le héros principal va aller de déconvenues en déconvenues avec ses conquêtes amoureuses : la première n'est qu'une poupée désarticulée, il perd la seconde, pressée d'aller retrouver sa mère dans la mort, quant à la troisième et quatrième, ce sont des femmes vénales qui préfèrent l'argent à ses beaux yeux Cette quête de l'inaccessible étoile, du bonheur terrestre est à chaque fois contrariée par un homme aux multiples facettes qui ne représente rien d'autre que les forces du mal mais aussi notre double, cet ennemi logé au fond de nous même, si tenace et persévérant. Pauvre Hoffmann que le destin va maltraiter jusqu'au bout.

Cet opéra si différent des oeuvres plus légères du maître de l'opérette n'en conserve pas moins cette harmonie cadencée et ces airs qui se logent au coin de notre tête sans jamais pouvoir en sortir. Comme cet aria d'Olympia, la poupée téléguidée devenue folle et qui avec une maestria flamboyante va finir en mille morceaux sous les yeux éplorés d'Hoffmann qui voit là la réelle nature de sa bien aimée. Ou cette barcarolle débutant le troisième acte et qui résume à elle seule toute la mélancolie d'Hoffmann et son incapacité à toucher du doigt le bonheur.
La mise en scène imaginée par Robert Carsen est tout en finesse et intelligence. Apportant toute la force du symbole à ce conte symbolique; Et comment mieux renforcer cet effet miroir sinon par le procédé de la mise en abîme. Un conte dans le conte, les acteurs spectateurs, les spectateurs acteurs, tout est renversé dans cette version des Contes d'Hoffmann. Nous sommes ainsi derrière le bar lorsque le héros commence son récit, dans la fosse d'orchestre quand il tente de retenir Giulietta d'aller retrouver sa mère sur scène, acteurs devant une salle de spectacle où les sièges valsent au rythme des notes, où les spectateurs se livrent à une danse languide et sensuelle. Métaphore d'une maison close ? des vicissitudes du monde ? les deux à la fois ?
Cette nouvelle version programmée à la Bastille est surtout illuminée par les voix de Jane Archibald dans le rôle d'Olympia et Sophie Koch dans celui de Giulietta. Stefano Secco dans le rôle titre et Franck Ferrari dans celui du diable sont plus décevants, comme à côté de leur personnage. Comme si le parti pris de la mise en abîme les avait égaré, laissé en dehors de l'histoire. On en ressort toutefois avec cet air d'Olympia dans la tête. Et il n'est pas près d'en sortir !

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Commentaires
a écrit le 26/09/2012 à 8:07 :
Écoutez les Fées du Rhin, Fantasio et bien d'autres ?uvres du maître. Il est temps de ne plus colporter la légende de l'Offenbach léger qui commet une unique ?uvre sérieuse si différente du reste de sa production. Il est certain que lorsqu'on ne connait que quelques bribes des 650 opus du Mozart des Champs Élysées, une réelle évaluation est impossible.

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