La tectonique des plaques (électorales) européennes

Florence Autret

Florence Autret
Les membres des cabinets des commissaires commencent à se recaser ici et là. Le mercato habituel des périodes préélectorales est officiellement ouvert. Et alors que les investitures pour les élections européennes de mai se préparent, tout le monde a déjà les yeux rivés à la rentrée 2014 et aux cinq années qui suivront. Avec une certitude : le prochain mandat ne ressemblera pas à celui qui se termine. L'après 2009 avait été dominé par la gestion de crise. Ce tsunami aura finalement été annonciateur d'un mouvement plus profond des plaques tectoniques.
La première viendra de Londres. Si les conservateurs gagnent les élections en 2015, les Britanniques se verront demander s'ils veulent ou non lâcher les amarres et laisser « le continent isolé ». Or, de l'avis général, « jamais un gouvernement anglais ne gagnera un vote sur l'Europe », comme le rappelle un diplomate. La Commission européenne travaille sur « des scenarii juridiques » de sortie du Royaume-Uni.
Mais la lente dérive britannique a déjà commencé. Dans les couloirs du Berlaymont, on déplore que le Royaume-Uni, réputé jadis pour maîtriser comme personne l'art de placer ses hommes (et ses femmes) à des postes clés dans l'exécutif européen, ait cessé de l'alimenter. Et il se plie de plus en plus difficilement à la discipline de l'harmonisation.
Londres a carrément négocié une exemption générale à la « Volcker Rule », autrement dit la limitation, voire l'interdiction dans certains cas des activités de marché pour les banques qui gèrent des dépôts, que Michel Barnier s'apprête à proposer. Motif : le parlement britannique a déjà voté sa réforme Vickers. Si tout le monde s'y prenait de la sorte, il n'y aurait plus qu'à mettre les législateurs européens en congé. Cette stratégie de passager clandestin se paye évidemment d'une perte d'influence.
Dans la prochaine Commission, David Cameron revendique pour son pays le portefeuille du Marché intérieur, l'un des trois plus influents avec la Concurrence et les Affaires économiques et monétaires. Mais sa posture eurosceptique réduit singulièrement ses chances.
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Le Premier ministre de sa Majesté n'y pourra pas grand-chose. Chaque capitale peut proposer voire imposer son commissaire, mais la distribution des portefeuilles est une négociation à vingt-huit où finalement le président de la Commission aura le dernier mot. Le chantage au départ ne fonctionne qu'un temps. Une fois qu'on sait la rupture irrémédiable, il n'y a plus rien à négocier. Il n'empêche, depuis l'autre côté du Channel, la vue sur le continent étonne toujours par sa lucidité.
Quand les conservateurs avertissent que le noyau de la zone euro va devoir lui aussi se transformer, ils ne font que prédire l'inévitable. Dans les cartons des grands partis du centre, sociaux-démocrates comme chrétiens-démocrates, dans les couloirs de la chancellerie à Berlin, à l'Élysée aussi peut-être, s'esquissent les plans d'une autre Union.
L'Union bancaire a levé le lièvre de l'Union budgétaire, si difficile à mettre en place. On reparle d'une « Communauté de l'énergie » et de politique industrielle, comme au bon vieux temps du charbon et de l'acier. Sans oublier la question sociale. Or, ici, les adeptes parisiens de l'harmonisation par le haut risquent de déchanter.
Florence Autret