Berlin risque de devoir faire face à l'avenir de l'Europe

"Pour que l'Europe aille mieux, il faudrait que tout le monde soit un peu plus allemand", cette thèse, longtemps défendue par Berlin, illustre bien la manière désinhibée dont l'Allemagne exerce sa puissante influence. Mais ce pouvoir pourrait se retourner contre elle. À Bruxelles, les langues se délient.
(Crédits : reuters.com)

On ne compte plus les manifestations de la domination allemande dans le jeu européen. La dernière en date a été le supposé veto d'Angela Merkel à l'attribution du portefeuille des Affaires économiques et monétaires au Français Pierre Moscovici.

Veto levé après la « clarification » de la ligne politique de Paris, symbolisée par le gouvernement Valls II et contre la promesse que l'ancien locataire de Bercy n'exporterait pas la culture française du déficit à Bruxelles.

Au passage, personne n'a opposé à Berlin que, en 2009, la chancelière avait envoyé à Bruxelles un commissaire, Günther Öttinger, chargé du portefeuille de l'énergie... tout en menant à domicile une politique énergétique « a-européenne » (sortie unilatérale du nucléaire et politique de subventions aux éoliennes, en contravention avec les règles d'aide d'État). Dont acte.

Inutile de remonter loin dans le temps pour trouver la précédente : la nomination, fin août, de Donald Tusk au poste de président du Conseil européen. La chancelière était la principale avocate du Premier ministre polonais, excellent germanophone mais maîtrisant mal la langue de travail de l'Union, l'anglais.

Six semaines plus tôt, c'était au Parlement que se déployait la démonstration de force, avec 4 commissions sur 24 sont échues à des Allemands, et pas des moindres : le Commerce (où se jouera le sort du traité transatlantique), les Affaires étrangères (qui décidera de la ratification de l'accord d'association avec l'Ukraine), le Contrôle budgétaire, l'Emploi et le Transport.

Travaillée par le regret de n'avoir pu en prendre une cinquième, stratégique, celle des Affaires économiques et monétaires, la délégation allemande a pris garde d'encadrer son président, un social-démocrate italien, de deux vice-présidents venant de ses rangs (sur 4).

Sans compter la présidence du Parlement lui-même et une présence appuyée dans l'administration où le pilotage du Conseil des ministres et du Parlement est assuré par deux hauts fonctionnaires allemands, tout comme celle du Mécanisme européen de stabilité, désormais un pilier de l'union monétaire et du cabinet du président de la Commission Jean-Claude Juncker, poste ô combien stratégique.

Si tous ces responsables ne doivent pas être vus comme une armée infiltrée dans les rangs européens pour servir les intérêts d'un seul pays, ils sont bel et bien un vecteur d'influence pour Berlin et le relais d'une certaine lecture de l'intégration européenne. Mais à être le plus puissant, on finit par être tenu pour le plus responsable. À tort ou à raison. Du pire ou du meilleur.

Berlin, qui a longtemps défendu la thèse selon laquelle, pour que l'Europe aille mieux, il faudrait que tout le monde soit un peu plus allemand, risque de devoir faire face à l'avenir au reproche selon lequel si l'Europe va mal, c'est de sa faute. À Bruxelles, les langues se délient.

« Quel est donc ce pays qui accumule les excédents et remplit ses caisses mais n'est pas capable d'investir, y compris quelques dizaines de millions, dans des crèches pour redresser sa démographie ? » s'emporte un député pourtant peu suspect de germanophobie.

Un pays qui accumule la richesse nette au rythme de 7 % par an et dont les besoins d'investissement non couverts sont estimés à 3 % du PIB n'est pas un modèle reproductible, a fortiori dans une période de croissance nulle. Et alors que les entreprises allemandes, l'an dernier, ont refait de l'UE17 (la « vieille Europe ») la première destination de leurs investissements, devant la Chine et l'Europe centrale, Berlin risque d'être accusé d'entretenir la déflation pour ramasser des actifs chez ses voisins.

Bref, le succès même de son influence met l'Allemagne au défi de penser l'Europe de façon plus collective. On a assez reproché à la France de penser l'Europe à son image pour pouvoir le dire de l'Allemagne.

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>>> Voir aussi Compte à rebours pour la Commission Juncker !

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Commentaires 42
à écrit le 14/10/2014 à 16:56
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Qu'est-ce que je regrette que mon père ait quitté l'Allemagne pour la France...

à écrit le 02/10/2014 à 10:50
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la mentalité Française de fustiger la volonté d'atteindre les objectifs et surtout, d'y mettre les moyens, et d'imposer aux autres d'en faire autant est aussi tenace que la confusion du coupable et de la victime ! Si les dirigeants Allemands sont si ...

le 10/10/2014 à 18:06
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Bonjour, Excusez moi du peu, mais un pays ne se dirige pas uniquement à l'aune des excédents budgétaires. Les récentes révélations sur l'Allemagne révèlent qu'ils ont un taux de travailleurs pauvres bien supérieur à la France, qu'ils font du dumpin...

le 10/10/2014 à 18:10
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Bonjour, Excusez moi du peu, mais un pays ne se dirige pas uniquement à l'aune des excédents budgétaires. Les récentes révélations sur l'Allemagne révèlent qu'ils ont un taux de travailleurs pauvres bien supérieur à la France, qu'ils font du dumpin...

à écrit le 29/09/2014 à 23:18
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Ce probleme de vieillissement de la population allemandxe est une obsession de certains redacteurs der la LT et remachés par ces commemntateurs qui ne n connaissent rien a l Allemagne. Renseignez vous un peu et vous vous rendrez compte t...

le 30/09/2014 à 12:11
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oui mais la plupart des étrangers ne compte pas rester, malheureusement pour eux.

à écrit le 28/09/2014 à 20:11
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Le nouveau saint empire romain germanique butera nécessairement contre la réalité des différences nationales. L'histoire de l'Europe c'est l'histoire du refus de l'Empire

à écrit le 28/09/2014 à 18:54
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Si les allemands ont pris le controle de l'europe, c'est parceque les autres pays se sont couchés devant eux.

à écrit le 28/09/2014 à 17:03
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puisque la france subit une germanisaion quelle reduise sa part a l'europe de 75 pour cent remplace par l'allemagne

à écrit le 28/09/2014 à 13:16
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Ceux qui voulaient une EU dirigée par les grands, sont donc les grands gagnants même si cette EU est dirigée par un seul état: l'Allemagne. Visiblement, les français et les autres européens n'ont rien compris....un directoire à 3 jadis voulu par les ...

à écrit le 27/09/2014 à 21:25
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"...domination allemande.." no comment

à écrit le 27/09/2014 à 18:47
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La France voulait une Europe française que les Anglais ont fuie et finalement elle a une Europe allemande. Une Europe socialiste de fonctionnaires et de taxes comme la voulait les Français aurait donné quoi? Vive l'Allemagne !!!!!

le 27/09/2014 à 20:37
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Par contre, on aura effectivement une Europe américaine et que manifestement se profile déjà en tant que grande envahisseuse des nos marchés, nos parcs industriels et nos places financières.

le 28/09/2014 à 16:50
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Et l'Europe Allemande elle révulse encore plus les français qu'un gouvernement socialiste. Beau résultat ! Bientôt l'Europe va tomber. Schengen va tomber dans les deux ans, les institutions Européennes, tout le monde s'en br-nle. L'Euro est sauvé j...

à écrit le 27/09/2014 à 17:50
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L'Allemagne a, une nouvelle fois, l'avenir de l'Europe entre les mains. Les précédentes fois n'ont pas été une réussite ... Il n'y aurait qu'une France forte avec des alliés pour contre balancer cette hégémonie destructrice. Mettons fin à cette pseud...

le 29/09/2014 à 1:14
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Ben, oui, le reve français a été que tout l'Europe soit comme elle : Une republique socialiste. Avec le resultat que l'europe aurait coulé depuis longtemps face aus Etats Unis et la Chine...

à écrit le 27/09/2014 à 15:31
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Alors ne serait il pas urgent de sortir de ce maelström germano- européen dirigé par l'Allemagne. Il ne faut pas oublier que l'Allemagne a fait déclencher la guerre des Balkans et provoqué l'éclatement de la Yougoslavie pour effacer l'humiliation du...

le 27/09/2014 à 21:12
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Vous pensez qu un char Leclerc est à la heuteur d un char Léopard ii?

le 29/09/2014 à 1:16
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@Friendly: un peu tordu quand même !

à écrit le 27/09/2014 à 13:50
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Jamais l'Allemagne ne s'est aussi bien portée que depuis que tous ses concurrents européens sont en crise. Il ne peut pas y avoir 4 groupes Audi sur le marché chinois, alors imaginer que l'Allemagne est prête à partager le nouveau gâteau. "Pour que l...

le 27/09/2014 à 17:16
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Et les sénateurs et pilotes français sont ils prets a partager? Pauvre français bien manipules !

le 29/09/2014 à 1:18
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Il y a qq Français ici qui pense que seule une Europe au profit de la France est une Europe juste... Forcement une Europe qui n'est pas au profit de la France est injuste. Seulement, ils oublient que c'est à eu de faire profiter la France de l'Eur...

à écrit le 27/09/2014 à 13:46
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La vraie raison pour laquelle le tandem franco-allemand ne marche plus, est le lâchage de la France ! Apparemment, elle est fatiguée de pédaler...

le 27/09/2014 à 13:51
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très simpliste votre raisonnement, faut lire l'article et essayer de le comprendre.

à écrit le 27/09/2014 à 13:42
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Pourquoi les alliés ont débarqué en France si tout le monde veut être allemand ? A quoi ont "servi" les dernières guerres si c'est pour en finir là ?

à écrit le 27/09/2014 à 13:33
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Faudra pas trop compter sur l'Allemagne, ils sont nationalistes et ne défendent que leurs intérêts. Il faut boycotter les produits allemands si on veut qu'ils changent leur politique économique.

à écrit le 27/09/2014 à 11:39
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C est clair qu on ne peut pas donner des postes importants a des spécimens tels que Vincent Peillon par exemple! Et wer zahlt, schafft an!

le 27/09/2014 à 12:43
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faîtes votre propagande pro-teuton sur un forum allemand!

le 27/09/2014 à 17:18
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Je dis ce que je veux la ou je le veux

le 28/09/2014 à 9:54
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Et quel sens au verbe anschaffen ? le 1er ou le second ? le 1er je suppose ?

le 28/09/2014 à 10:38
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@Markus Dire ce que l on veux d accord , mais certainement pas partout .

à écrit le 27/09/2014 à 10:44
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L'Allemagne est un pays de vieux grigous radasses. Ses valeurs sont la richesse de quelque uns au prix du sacrifice de la majorité, de l'égoïsme, du pouvoir non partagé. Ils gèrent l'Europe comme une copropriété dont ils ont la majorité des voix. Per...

le 27/09/2014 à 12:50
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...et la marmotte met le chocolat dans la papier d'alu ! :-)

à écrit le 27/09/2014 à 10:44
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faire des enfants selon les allemands coûte trop cher, "importer" des ingénieurs des pays du club med coûte moins cher...

le 27/09/2014 à 11:41
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Détrompez vous! L Allemagne commence une politique nataliste et vue l efficacité du pays la démographie va bientôt plus être un problème!

le 27/09/2014 à 12:42
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et ça ne va pas coûter trop cher de faire des enfants? et les cris de ses enfants ne risquent-ils pas de déranger les voisins?

le 27/09/2014 à 15:11
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Vous oubliez aussi : "exporter les retraités vers des maisons de retraite chèques"

le 27/09/2014 à 17:01
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@Théophile Oui, chez les Tchèques et avec des "chèques" Svp.

le 27/09/2014 à 17:19
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Les enfants allemands be crient pas! On les a éduqué !

le 28/09/2014 à 22:32
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@ Markus, si les enfants Allemands crient , on leur enfoit Frau Angela afec la schlague.

à écrit le 27/09/2014 à 10:19
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Le grand "hic", c'est que pas grand monde ne veut devenir Allemand. La première raison qui donnerait envie d'être Allemand serait que ce pays ait une confiance matérialisée par une démographie positive. Ce n'est pas le cas. L'Allemagne vieillit, sa ...

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