LA TRIBUNE - Quel rôle les architectes peuvent-ils jouer face à l'accélération des risques liés au réchauffement climatique tels que le recul du trait de côte ?
Christophe MILLET - Face à l'érosion côtière, il faut nécessairement mobiliser une grande diversité d'acteurs - paysagistes, ingénieurs, maîtres d'ouvrages, avocats, etc. - qui apportent chacun une pierre à l'édifice, une partie de la solution pour accompagner les collectivités locales face à cet immense défi. C'est dans cette approche collective que les architectes peuvent être le chef d'orchestre des actions à mener face au recul du trait de côte parce qu'ils ont une vision à la fois stratégique, technique et politique. La mission de l'architecte relève de l'intérêt général et il a l'habitude de parler directement aux élus locaux.
Quelle sont les échelles de temps à envisager ?
Il faut travailler sur deux temporalités différentes qui ne sont pas contradictoires mais complémentaires. On peut agir dès maintenant en transformant les parkings situés en bord de falaise en espaces verts pour ralentir l'érosion ou en renforçant certaines zones avec des enrochements. Mais il faut aussi appréhender le sujet avec une vision stratégique à l'horizon 2100 face à ce recul du trait de côte qui est inévitable. Il faut donc réfléchir aux espaces publics qui seront sous les eaux dans 70 ans. Il faut donc être à la fois dans une posture défensive pour gagner du temps et dans une action prospective.
Le front de mer actuel est encore là pour quelques années mais il faut déjà travailler sur les futures stratégies foncières, agricoles, touristiques ou encore forestières. La destruction de l'immeuble Le Signal, à Soulac, a marqué les esprits l'an dernier mais, en réalité, selon l'IGEDD, ce sont 5.200 logements et 3.000 locaux d'activités qui seront en péril en 2050 et environ 450.000 logements et 55.000 locaux d'activités en 2100 sur tout le littoral français !