C'est une nouvelle de bon augure pour la décarbonation de l'industrie. A Saillat-sur-Vienne, un petit village d'à peine 800 habitants à l'ouest de Limoges, dans l'usine de Smurfit Kappa, géant irlandais de l'emballage papier et carton, une turbine à gaz, utilisée pour fabriquer de l'électricité, est parvenue à fonctionner uniquement à partir d'hydrogène décarboné, en lieu et place du gaz naturel, émetteur de CO2. Cette démonstration est notamment le fruit de la coopération de l'allemand Siemens Energy et du français Engie, exploitant de la turbine, dans le cadre du projet européen Hyflexpower.
Initié il y a trois ans, ce dispositif consiste à fabriquer sur ce site industriel de l'hydrogène vert par électrolyse de l'eau, à partir du surplus de production d'énergies renouvelables, de stocker ces toutes petites molécules gazeuses, puis de les restituer sous forme d'électricité pour l'industrie. L'objectif est double. D'abord, valoriser de l'électricité produite par des éoliennes ou des panneaux solaires qui aurait été perdue si elle n'avait pas été stockée, car produite en trop grandes quantités par rapport aux besoins de consommation à l'instant T. Et donc, apporter un service de flexibilité au réseau électrique. Ensuite, faire fonctionner une turbine à partir d'un gaz non émetteur de CO2 pour décarboner un procédé industriel néfaste pour le climat.
Les équipes d'Engie revendiquent une première mondiale. « C'est la première fois qu'une turbine à gaz fonctionne en étant alimentée à 100% par de l'hydrogène dans un cadre industriel », fait valoir Frank Lacroix, directeur général adjoint d'Engie, chargé des activités Energy Solutions. L'an dernier, la turbine avait fonctionné avec un mélange d'hydrogène (30%) et de gaz naturel (70%). Le tout, « en maîtrisant les émissions d'oxydes d'azote », nocives pour la santé, qui se forment lors de la combustion à haute température de l'hydrogène. Un impératif réglementaire qui requiert toutefois l'injection de très grands volumes d'eau dans la chambre de combustion.