Le dollar, juge de paix de la crise américaine

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Face au blocage sur le relèvement du plafond de la dette américaine, le reflux du dollar face aux grandes monnaies s'est accéléré.

La défiance à l'égard du dollar, laminé par les atermoiements des protagonistes de la crise - le président Obama et la majorité républicaine à la Chambre des représentants - sur le relèvement du plafond de la dette du Trésor américain, a pris une allure inquiétante. Dans la crainte d'un défaut de paiement technique de la première puissance économique mondiale à la date butoir du 2 août, les investisseurs prennent leurs jambes à leur cou et se précipitent sur les valeurs refuges, dont le dollar faisait pourtant partie il n'y a encore pas si longtemps. Les acteurs du marché des changes ont beau admettre que « l'Armageddon », évoqué par le président des États-Unis pour tenter de forcer au compromis, n'est qu'une lointaine hypothèse, le dollar qu'ils avaient encensé leur brûle désormais les doigts.

Vigoureux franc suisse

Les deux principales monnaies mondiales bénéficiaires de ce désamour n'en demandaient pas tant. Le franc suisse et le yen continuent d'aimanter les flux de capitaux des déçus du dollar. La monnaie helvétique a battu mardi un nouveau record de vigueur en se hissant pour la première fois de son histoire au-dessus du seuil de 0,80 dollar, pour monter jusqu'à 0,7998. La Banque nationale suisse regarde, impuissante, son franc se revaloriser, handicapant la compétitivité des exportateurs de la Confédération et la privant de toute marge de manoeuvre pour relever ses taux qui stationnent à un niveau voisin de zéro alors que la situation économique ne le justifie plus. La BNS, qui avait toujours suivi pas à pas les décisions de politique monétaire de la Banque centrale européenne, laquelle a relevé ses taux à deux reprises depuis avril, est enfermée dans un carcan inédit depuis la naissance de l'euro. Le yen, de son côté a enfoncé le seuil de 78 pour un dollar pour monter jusqu'à 77,90. Il se rapproche dangereusement du record de vigueur pulvérisé le 17 mars dernier à 76,25 pour un dollar, six jours après le séisme japonais. Une montée en puissance suscitée par les attentes de rapatriements massifs de capitaux dans l'archipel, qui avait déclenché la première intervention concertée du groupe des Sept depuis l'an 2000 pour calmer la fièvre. Une telle coopération n'est plus à l'ordre du jour, mais les responsables monétaires japonais commencent à hausser le ton, laissant entendre que la Banque du Japon pourrait intervenir en solo.

Le billet vert s'est aussi affaissé face au dollar canadien. Le « huard » s'est retrouvé propulsé à son meilleur niveau depuis trois ans et demi face au grand frère des États-Unis. Même l'euro, pourtant rendu peu attractif par les risques persistants de contagion de la crise de la dette grecque aux autres maillons faibles de l'Europe, n'est pas en reste. Il est remonté au-dessus de 1,45 dollar pour la première fois depuis le début du mois et se rapproche de son point haut de l'année atteint début mai à, 1,4940.Le message des investisseurs est clair : l'Europe a fait de son mieux pour sortir de la crise, en affichant une solidarité à la hauteur des turbulences qu'elle traversait. Aux États-Unis de jouer.

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