La BCE plombe les marchés en ne clarifiant pas ses intentions sur les rachats de dettes

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La banque centrale européenne a consenti de nouvelles mesures exceptionnelles pour soutenir les banques, et lancera notamment un prêt à 6 mois ce mardi.

L'aversion pour le risque est de nouveau montée d'un cran ce lundi. Les places boursières mondiales ont fortement dévissé dans le sillage des annonces de la Banque centrale européenne (BCE), tandis que le dollar se reprenait par rapport à l'euro. Si la BCE a certes annoncé des mesures pour offrir des liquidités aux banques européennes. Mais elle est en revanche restée très floue quant à sa volonté de soutenir les marchés de dette souveraine, alors que la crise fait rage et menace l'Italie et l'Espagne.

Cette déception a plombé l'ensemble des Bourses mondiales, déjà inquiètes des répercussions économiques du plan de rigueur de 2.400 milliards de dollars voté mardi aux Etats-Unis. « Les marchés actions ont surtout sanctionné l'absence d'un discours clair sur le cas italien », commente Christian Parisot, responsable de la recherche économique chez Aurel BGC. En Europe, le CAC 40 a plongé de 3,9 % à 3.320,35 points, portant à 12,7% sa dégringolade depuis le début de l'année, alors que l'indice a retrouvé, en séance, ses niveaux de juillet 2009. A Milan et à Madrid, le FTSE MIB et l'Ibex ont cédé respectivement 5,2 % - la plus forte baisse en séance depuis mai 2010 - et 3,9 %. Si bien que la Bourse de Milan s'affiche désormais en chute de 21 % depuis le début de l'année. Une fois encore, le secteur bancaire a été mis à mal, parmi les plus forts retraits de l'indice européen Stoxx 600, en chute de 4,26 %. Mais le secteur des matériaux de base, l'industrie automobile n'étaient pas logés à meilleure enseigne, sur fonds d'inquiétudes sur la croissance économique mondiale.

Décidée à soulager au mieux les marchés dans cette période d'intenses inquiétudes, et notamment le compartiment interbancaire, la BCE a pourtant fait des annonces fortes ce jeudi.

L'institution lancera dès ce mardi une opération spéciale de refinancement à 6 mois, à taux fixe et en quantité illimitée. Une décision ponctuelle qui devrait accroître sensiblement les liquidités dans le circuit financier européen, et qui a naturellement pesé sur l'euro, également handicapé par le mouvement de fuite vers la qualité. L'euro cédait plus de 1 % en fin d'après-midi, à 1,4160 dollar.

Outre cette opération exceptionnelle, qui réactive un instrument utilisé par la BCE jusqu'en mai 2010 pour contrer les tensions sur les marchés, l'institution a en outre décidé de prolonger, au moins jusqu'à la fin de l'année, l'allocation illimitée et à taux fixe de ses opérations de refinancement à une semaine, un mois et trois mois.

Prenant acte du ralentissement de la croissance et de l'inflation, le président de la BCE a sans surprise annoncé le maintien du taux directeur à 1,5 %, après le relèvement d'un quart de point effectué le mois dernier. Jean-Claude Trichet a néanmoins répété que la BCE « continue à surveiller étroitement » l'évolution de l'inflation. Malgré ces annonces, les marchés n'ont d'yeux que pour la déception sur le programme d'achats d'obligations d'Etat, lancé par l'institution en mai 2010 pour contrer la spéculation, et bloqué à 74 milliards d'euros depuis dix-huit semaines.

L'envolée des taux des pays périphériques s'est en effet étendue à l'Italie et à l'Espagne, les troisième et quatrième économies de la zone euro, dont les taux à 10 ans stationnent à plus de 6 %. Les marchés craignent désormais une demande d'assistance de ces deux pays. Mais le Fonds européen de stabilité financière créé en mai 2010 pour venir en aide aux pays en difficulté dispose pour l'heure de fonds insuffisants.

Trichet énigmatique

Face à cette escalade des tensions, Jean-Claude Trichet est resté à la fois inflexible et énigmatique.

Tout en martelant que le programme est toujours « en cours », et destiné en dernier ressort à assurer la bonne transmission de la politique monétaire de la BCE, le président de la BCE a néanmoins lâché qu'il « ne serait pas étonné qu'avant la fin de la séance de question qu'il se passe quelque chose sur les marchés ». Sous-entendant une intervention imminente de la BCE, cette petite phrase a instantanément fait baisser le taux italien à 10 ans sous les 6 %, avant que la confusion ne prenne le pas et que le taux reparte flirter avec son record de 6,25 %.

« Des rumeurs d'achats d'obligations par la BCE ont circulé sur le marché, mais si c'est vrai cela ne se voit pas car les primes de risque sont reparties à la hausse », souligne Etienne Gorgeon, directeur de la gestion de taux Chez Edmond de Rothschild IM. « Jean-Claude Trichet a juste dit que le programme d'achats est toujours actif et que les opérateurs le constateraient en toute transparence dans les statistiques de la banque », ajoute-il.

Pour Cyril Beuzit, responsable de la stratégie taux chez BNP Paribas, le message du président de la BCE est au contraire clair. « Jean-Claude Trichet a annoncé que la BCE allait réactiver son programme d'achats d'obligations d'Etat », estime-t-il. Si des rumeurs en provenance des courtiers rapportaient ce jeudi des achats de titres portugais et irlandais, les papiers italien et espagnol n'ont pas semblé être concernés. Les marchés financiers, eux, ont choisi de s'inquiéter.

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