Chronique de François Simon : Soces, moteur à explosion
François Simon
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Parfois, dans certaines rues, Paris perd son propos. Il n'y a presque plus de sons, ni de sens. On est mieux que perdu, intrigué. Les immeubles se suivent sans logique à en devenir passionnants. Dans un coin de Belleville apparaît un angle de rue enrichi d'une façade de petite brasserie. Y est inscrit « Soces ». C'est de l'argot parisien qui signifie « copains ». Voici donc Kevin Deulio, exfiltré du Bar Vendôme au Ritz, et en cuisine Marius de Ponfilly, treuillé depuis le Clamato, enthousiasmante cantine du 11
e
arrondissement. Il faut croire que l'époque fonctionne à ce genre de combinaison. Le « combo » pour être dans le dur fonctionne illico. Une sorte de moteur à explosion nécessitant des contraires, du frictionnel. L'assiette n'est pas épargnée dans ce genre de configuration. Elle est sans cesse en réaction : si elle voit passer des praires blanches de Blainville, bim : une sauce tabasco et un vinaigre de cidre maison. Des saint-jacques crues ? Paf : daïkon, vinaigre de sureau. Le tartare de veau se laisse joliment emboutir par une mousseline maltaise et du togarashi, un mélange d'épices japonaises se maniant comme un nunchaku : piment rouge, zeste de mandarine, graines de sésame et de pavot. Quant à la poêlée de choux de Bruxelles, elle se fait délurer illico par des anchois, piment, raisins de Corinthe. les plats fonctionnent donc à la paire de baffes et laissent à chaque fois le visiteur sur le derrière, position du reste procédant même de l'essence de la nature du restaurant, les tables disposant de chaises. Chez Soces, il se dégage de la cuisine, protégée d'une verrière, un vrai ronronnement d'acharnés. Ça marne sec en continuité au travail d'arrache-pied des assiettes. Toutes ont le nez dans le guidon et pédalent jusqu'à l'arrivée. La salle quant à elle trompe joliment son monde avec un décor petit-bourgeois de parquet ayant vécu, de moulures duchesse et d'une disposition en L. Service féminin tenant son monde, additions charnues mais pas détestables. Moment ravi.
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