Chômage de longue durée : le calvaire des seniors

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Le taux de chômage des seniors s’accroît en effet de 0,5 point en 2018, tout en restant inférieur de 0,8 point au point haut de la mi-2015 souligne la Dares.
"Le taux de chômage des seniors s’accroît en effet de 0,5 point en 2018, tout en restant inférieur de 0,8 point au point haut de la mi-2015" souligne la Dares. (Crédits : Charles Platiau)
En dépit d'un taux d'activité record, les personnes âgées sont en proportion bien plus souvent en situation de chômage de longue durée que le reste de la population (60,2% contre 41,8%).

Les difficultés des seniors sur le marché du travail restent bien ancrées. Selon la dernière étude du ministère du Travail publiée ce lundi 18 mars, la proportion de chômeurs de longue durée reste nettement supérieure chez les plus âgés par rapport au reste de la population active. Ainsi, 60,2% des plus de 55 ans étaient au chômage depuis plus d'un an en 2018 contre 41,8% pour l'ensemble des chômeurs de 15 à 64 ans.

Cet écart persistant révèle les difficultés des personnes plus âgées à retrouver un emploi alors que le taux de chômage en France demeure à des niveaux élevés. Les dernières prévisions de la Banque de France publiées en fin de semaine dernière signalent que la baisse du chômage devrait se poursuivre dans les années à venir, mais à un rythme relativement lent. L'institution bancaire prévoit en effet que le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) devrait atteindre 8,7% en 2019 contre 8,3% en 2020, et 8% en 2021 après 9,1% en 2018 sur la France entière. Avec le ralentissement de la croissance tricolore, l'objectif d'Emmanuel Macron de ramener le chômage en dessous de la barre des 7% avant la fin de son quinquennat s'éloigne un peu plus.

> Lire aussi : 8,7% en 2019 contre 8,3% en 2020, et 8% en 2021 après 9,1% en 2018 sur la France entière.

Le chômage des seniors repart

Sur le front du chômage, la situation des personnes les plus âgées se dégrade à nouveau. Le taux de chômage pour les plus de 55 ans a atteint 6,5% en 2018. Au cours de cette année, le taux de cette catégorie a bondi de 0,5 point alors qu'il a légèrement fléchi pour les autres actifs (-0,2 point). Au niveau des disparités entre les femmes et les hommes, le taux de chômage est plus faible pour les premières (6,2% contre 6,8% chez les hommes) dans le groupe des plus de 55 ans. L'embellie de 2017 liée notamment à une importante amélioration de la conjoncture française et mondiale a été de courte durée.

> Lire aussi : Le chômage au plus bas depuis 10 ans

Explosion du nombre de chômeurs chez les seniors depuis la crise

La crise économique de 2008 a eu des effets dévastateurs chez les personnes plus âgées. D'après les chiffres relayés par le service de statistiques du ministère (Dares), le nombre de chômeurs a explosé sur la décennie 2008-2018 de 179% pour les 55 ans contre 21% pour les 15-64 ans. Plusieurs facteurs peuvent expliquer un tel contraste. Outre les conséquences terribles de la baisse de l'activité sur le marché du travail, les auteurs de l'étude avancent des évolutions démographiques très contrastées et "comportements d'activité de ces deux tranches d'âge". Ainsi, la Dares souligne que le nombre de seniors a considérablement augmenté sur cette période (+9% chez les 55-64 ans) tandis que la population des 15-54 ans a légèrement diminué (-2%). Par ailleurs, la participation au marché du travail des plus âgés s'est accrue (18,8 points pour le taux d'activité sous-jacent des 55-64 ans. Cet indicateur permet "de gommer les poids démographiques inégaux des tranches d'âge inclus dans le taux" comme l'arrivée de la génération du baby-boom à la retraite) alors qu'elle est restée stable pour les plus jeunes.

Un taux d'activité en hausse

En dépit d'une hausse du chômage, le taux d'activité (*) s'améliore pour les plus âgés. Ainsi, cet indicateur a atteint 56% des personnes âgées de 55 à 64 ans en France hors Mayotte. "Cette moyenne résulte d'un taux d'activité élevé à 55 ans qui décroît rapidement à partir de 59 ans . Alors que 77,2% des 55-59 ans sont actifs, ils ne sont plus que 33,5 % parmi les 60-64 ans" résument les auteurs de la note. Le taux d'activité a ainsi bondi de 20,6 points entre 2003 et 2018.  Cette évolution s'explique en grande partie par la multiplication de réformes visant à repousser l'âge de départ à la retraite sur les 25 dernières années. Les experts de l'administration ont ainsi recensé pas moins de 9 mesures visant à retarder l'âge de départ et favoriser les situations de cumul d'emploi et de retraite depuis 1993.

Outre ces réformes, plusieurs dispositifs visant à limiter les cessations anticipées d'activité ont également été supprimés ou limités. Ainsi, la proportion de personnes bénéficiant de départs anticipés a quasiment été divisée par trois entre fin 2006 (9,4%) et fin 2012 (3,3%). Cette part s'est légèrement redressée à partir de 2014 (4,2%) avec l'augmentation des retraites anticipées pour carrière longue.

Des emplois à temps partiel

Un des résultats marquant de l'enquête est que les seniors occupent en proportion plus souvent des emplois à temps partiel que le reste de la population active occupée. Ainsi, près d'un quart (25,5%) des plus de 55 ans occupaient un emploi de ce type en 2019 contre 18,5% pour les autres personnes en emploi. L'étude souligne néanmoins que le temps partiel est plus souvent choisi que subi contrairement à d'autres populations encore plus sensibles à la précarité.

L'autre signe de difficulté visible dans les résultats de la Dares est que le halo du chômage pour les personnes plus âgées s'amplifie. Cette notion, souvent mal connue, regroupe les personnes qui ne sont même plus inscrites à Pôle emploi, soit parce qu'elles ne recherchent pas d'emploi par découragement, soit parce qu'ils ne sont pas disponibles rapidement pour travailler ou n'y trouvent pas un intérêt financier. "En moyenne en 2018, 2,6% des 55-64 ans font partie du halo autour du chômage, une part quasi stable depuis 2015" explique la Dares, mais cette part a évolué à la hausse depuis le début des années 2000 d'après les chiffres rapportés par le ministère. Cette catégorie, relativement difficile à mesurer, est souvent concernée par un phénomène marqué de pauvreté. Ainsi, selon une récente présentation du conseil d'orientation des retraites (COR), le taux de pauvreté pour les personnes de 50-69 ans faisant partie du halo était de 41,3% contre 5,3% pour les personnes à la retraite.

> Lire aussi : Près d'un senior sur quatre travaille à temps partiel

(*) Le taux d'activité  est le rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) et l'ensemble de la population correspondante selon la définition de l'Insee.

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a écrit le 19/03/2019 à 15:44 :
Il y avait _ jusqu' à 2008 un dispositif qui permettait à tout senior licencié après 57 ans et demi d'etre indemnisé bien au delà des 3 ans puisque jusqu'à l'age ou il avait acquis tous ses trimestres pour la retraite à taux plein avec une borne à 65 ans . Et en 2007 il y avait plus de 400 000 personnes inscrites au chomage bénéficiant de cette mesure .
SARKO l'a supprimé ; pas étonnant que le nombre de départs volontaires soit divisé par 3 car ces "ruptures conventionnelles " avec l'accord du salarié étaient administraivement des licenciements .
a écrit le 19/03/2019 à 13:45 :
Quel est l'indice d'employabilité d'un senior? En fait il ne lui reste plus qu'à raconter sa vie, sa guerre. Mais le terrain a complètement changé et la croyance que tout homme peut s'adapter jusqu'à sa mort a disparu. Et le jeunes qui n'ont ni racine ni croyance, eux déshérites, que peuvent-ils?
a écrit le 19/03/2019 à 11:50 :
La question n'est pas l'âge de la retraite mais la rareté des emplois en raison des délocalisations massives…"Le fondement de la crise: l'organisation du commerce mondial" - Maurice Allais...Notre seul prix Nobel d'économie..
Réponse de le 19/03/2019 à 14:50 :
on est passés à l'ère de l'automatisation, les emplois délo sont robotisé en chine. Si relocalisation, ça ne sera jamais le même nombre d'emplois. Faut se mettre à la page....
Réponse de le 26/03/2019 à 20:18 :
... avec Jean Tirole également prix Nobel d'économie en ... 2014 je crois ?
a écrit le 19/03/2019 à 11:16 :
les boites preferent svt des jeunes ' car ils sont reactifs' ( ca veut dire ' car ils sont moins chers', en novlangue)
quand elles doivent commencer a se battre avec des generations xyz qui passe plus de temps sur facebook instagramm et consors qu'a travailler, que chaque effort est de trop, on commence a rentrer dans le dur
on se rend alors compte que pas cher ca veut pas dire grand chose quand y a pas la productivite
en Allemagne, les vieux ( les gens entre 35 et 65, donc) ne sont pas traites de la sorte, le pragmatisme est de mise; chacun a ses qualites et ses defauts
a écrit le 19/03/2019 à 10:25 :
Le plus gros problème est qu'il y a une discrimination sociale envers les seniors qui est devenue une culture d'entreprise dans beaucoup de boites : dynamisme, effectifs jeunes, , on est dynamique, moyenne d'age de 28 ans...( certaines entreprise l'affichent carrément sur leur site...!)
Sans nier aussi les difficultés des "jeunes" à trouver un job, il n'y a aucune condamnation ni jurisprudence concernant des cas de discrimination à l'embauche ou en entreprise à propos des seniors, même pour des seniors qui on fait leurs preuves dans le passé, et avec des compétences....
Dans d'autre pays cela coute très cher, en France rien, nada, niente, nothing, que dalle....ça n'existe pas et c'est juste normal.
a écrit le 19/03/2019 à 8:45 :
LE chômage le truc complètement délaissé comme si c'était fait exprès par nos serviteurs des marchés financiers.

Logique puisque permettant de faire pression sur les salaires et les conditions de travail qui comme on le voit se dégradent continuellement.
Réponse de le 20/03/2019 à 10:31 :
Effectivement, le chômage de masse organisé par le dumping permet de justifier des "réformes" impopulaires et inéquitables. Mais cela se retourne inexorablement contre notre économie.
a écrit le 19/03/2019 à 8:31 :
Une difficulté du senior qui n'est pas mentionné est celle de sa reconversion. Il n'est pas facile quand on a travaillé longtemps dans un même domaine de s'adapter à un nouveau métier. D'une entreprise à une autre, les méthodes de travail n'ont rien de commun. Les capacité intellectuelles n'ont plus la même plasticité. Le corps a aussi subit des transformations qui le rendent inapte à d'autres activités. Même si on vit plus longtemps, la trop forte productivité française fait qu'on devient vite moins rentable quand on vieilli, car moins performant, sauf à occuper des postes d'encadrement. Mais contrairement au passé, ce sont des jeunes managers qui assurent aujourd'hui le management, pour le plus grand mal de notre économie puisque la productivité baisse inexorablement...
Réponse de le 19/03/2019 à 11:28 :
Je me permets de mettre un bémol sur la plasticité cérébrale surtout entre 55 et 60 ans . l'on peut parfaitement être senior, avoir une certaine agilité et s'adapter et compenser par l'expérience ( un peu comme certains joueurs de foot moins véloces que des jeunes mais qui compensent avec une meilleure lecture du jeu, un sens de l'ancitipation ....)
Autrement je partage largement ce constat et notamment sur des personnes qui ont "roupillé" dans des paquebots très confortables
Reste la question du salaire qu'il faut accepter de baisser sans 'se mettre à poil" non plus (je pense ici à des cadres)
c'est un vrai problème de société
Réponse de le 23/03/2019 à 8:34 :
Comment veux-tu que ton expérience t'aide dans la reconversion dans un métier que tu ne connais pas ? Le fait d'être familiarisé avec monde de l'entreprise ne suffit plus, car les technologies sont pointues et demande des spécialistes immédiatement opérationnels. On ne laisse plus au salarié le temps de se former, et c'est ce temps qui joue contre les seniors. Je ne remet pas en cause leur capacités, mais plutôt notre modèle économique qui impose le turn-over et génère des laissés pour compte. Vu l'impact sur notre économie, il serait temps de redresser la barre.
a écrit le 18/03/2019 à 23:45 :
Le chomage des seniors augmente, le gouvernement a pour projet d'augmenter l'age de départ à la retraite au nom de la justice sociale !!!
Il faut trouver de l'argent pour remplir les caisses de l'Etat et accueillir toujours plus de migrants.
Réponse de le 19/03/2019 à 9:04 :
bonjour, je ne comprend pas le rapport avec les personnes en exil, il me semble que l'article décrit la situation des séniors. Les caisses de l'état comme vous dites ne sont pas concernées pas les caisses de retraites, celles ci ne sont pas alimentées par l'impôt mais par les cotisations sociales. De plus le problème des séniors à plus à voir avec un système économique que de la venue de personnes sur le territoire qui ne représente qu'une infime part de la charge sur l'état. Se retourner contre de plus faibles ne changera en rien la situation des séniors.
Réponse de le 19/03/2019 à 10:20 :
des migrants qui accepterons de travailler à pas cher (donc cotiser peu).

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