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ÉconomieFrance

Croissance : après l'euphorie l'économie française au ralenti

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 04 octobre 2018 à 16:01 - Mis à jour le 04 octobre 2018 à 22:54

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L'Insee a légèrement révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018 à 1,6 % au lieu de 1,7 % comme évoqué dans sa précédente note de conjoncture. Malgré un rebond du pouvoir d'achat attendu, les tensions sur la scène internationale pourraient peser sur la confiance des entreprises.

L'économie française va-t-elle connaître un sursaut en fin d'année ? D'après les dernières estimations de l'Insee, publiées ce jeudi 4 octobre, la croissance du PIB pourrait retrouver des couleurs sur les deux derniers trimestres. Après une année 2017 exceptionnelle (2,3 %), l'activité a nettement freiné au cours du premier semestre marqué par un repli de la consommation et une baisse du pouvoir d'achat. Pour les économistes de l'institut de statistiques, "le trou d'air de la première partie de l'année" est passé mais "les incertitudes internationales persistent."

Pour l'année 2018, les prévisionnistes anticipent une croissance de 1,6 % (1,7 % lors de sa dernière note de conjoncture cet été) et s'alignent sur les projections de la Banque de France et de l'OCDE alors que le gouvernement table sur un PIB à 1,7 %. Lors la présentation du budget, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a tout de même baissé ses prévisions de croissance après avoir longtemps maintenu un taux à 2 %. Pour l'exécutif, l'optimisme du début d'année est retombé.

Rebond du pouvoir d'achat....

L'organisme anticipe une croissance du PIB à 0,5 % au troisième trimestre et 0,4 % au dernier trimestres après 0,2 % sur les six premiers mois de l'année. Parmi les facteurs avancés pour expliquer ce rebond, l'Insee prévoit un regain du pouvoir d'achat des Français jusqu'à fin décembre. La suppression des cotisations chômage prévues par le gouvernement et la réduction de la taxe d'habitation pour une grande partie des ménages seraient favorables pour le porte-monnaie des Français.

Par ailleurs, les salaires par tête dans le secteur privé devraient également s'élever à 2 % en 2018 contre 1,7 % en 2017 sous l'effet notamment des difficultés de recrutement. Les entreprises sont obligées de revoir les salaires à la hausse face à la hausse de l'activité et à la pénurie de main d'oeuvre dans certains secteurs. L'institut indique que le pouvoir d'achat croîtrait de 0,5 % au troisième trimestre puis 1,7 % entre octobre et décembre après un début d'année morose.

...qui ne se traduit pas dans la consommation

En revanche, ce rebond du pouvoir d'achat ne se traduirait pas forcément par une hausse de la consommation des ménages, moteur traditionnel de l'activité en France. Si la consommation des Français a rebondi au troisième trimestre (+ 0,4 % alors qu'elle reculait au trimestre précédent), elle pourrait ralentir au cours des trois derniers mois de l'année. "La consommation des ménages progresserait toutefois plus modérément que le pouvoir d'achat au dernier trimestre 2018", résume la note. "Les ménages ne semblent pas encore avoir intégré dans leurs anticipations la hausse à venir de leur pouvoir d'achat : leur comportement de consommation pourrait donc surprendre, à la hausse comme à la baisse."

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Lire aussi : Climat des affaires : la confiance des chefs d'entreprise se redresse

Les Français seraient plus enclins à épargner selon les premières estimations pour le troisième trimestre avant de consommer davantage en fin d'année. Entre janvier et juin, les Français ont moins consommé en raison notamment de la hausse des prix du pétrole, de la fiscalité grandissante sur les carburants et le tabac. L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix à forte volatilité comme le pétrole, serait en hausse en 2018 (0,8 % contre 0,5 % en 2017) tout comme l'inflation  (1,9 % contre 1 % en 2017).

Coup de mou pour l'investissement des ménages

Après deux années très dynamiques, l'investissement des ménages devrait augmenter de 1,6 % contre 5,6 % en 2017. Les experts de l'Insee expliquent ce coup de frein par un repli des mises en chantier de logements individuels et une stabilisation des transactions de logements anciens. Ils anticipent une quasi stabilité pour la fin de l'année (0 % au troisième trimestre et - 0,1% au quatrième trimestre).

Du côté des entreprises, l'investissement resterait soutenu (0,9 % pour les deux derniers trimestres) contre 0,1% au T1 et 1,2% au T2. Sur l'année, l'investissement augmenterait de 3,5%. "L'investissement des entreprises en services reste particulièrement dynamique, tandis que l'investissement en produits manufacturés a retrouvé une croissance solide au deuxième trimestre après un repli ponctuel durant l'hiver" soulignent les auteurs de la note. Le taux d'investissement continuerait d'accélérer en 2018 (23,8% contre 23,5%) tandis que le taux de marge perdrait de la vitesse (31,7% contre 32 en 2018).

Malgré plusieurs mois de baisses consécutifs, le moral des entrepreneurs demeure à un niveau élevé. En septembre dernier, le climat des affaires s'établit à 106 nettement au dessus de sa moyenne long terme (100). "Il a cependant nettement baissé depuis décembre 2017 où il avait atteint à 111 son sommet depuis 10 ans" indique l'Insee.

Le taux de chômage stagne

Sur le front de l'emploi, le marché du travail reste nettement moins dynamique que l'année précédente. Le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) s'établirait à 8,9% cette année au même niveau qu'en 2017 et 10% en 2016. D'après les premières estimations, l'Insee prévoit 129.000 créations nettes pour cette année contre 342.000 en 2017. Le travail temporaire a connu un net ralentissement après avoir connu plusieurs trimestres très favorables.  D'après les derniers chiffres du ministère du Travail, le nombre d'intérimaires est passé de 813.911 à la fin du premier trimestre à 810.998 à la fin du second trimestre. Pour la première fois depuis l'été 2014, le travail intérimaire a reculé de 0,4% après une hausse de 0,3% au trimestre précédent. Dans les services, les créations seraient également moins dynamiques qu'en 2017 alors que l'industrie devrait détruire des postes d'ici la fin de l'année.

> Lire aussi : Pour la première fois depuis 2014, l'intérim recule

La baisse du nombre de créations d'emploi résulte en partie de la diminution des contrats aidés dans le secteur non-marchand. Pour le second semestre, "cette diminution serait atténuée par la montée en charge graduelle du nouveau dispositif de contrats aidés 'parcours emplois compétences'" anticipent les rédacteurs du document. Avec ce net ralentissement des créations d'emplois, le pari d'Emmanuel Macron de ramener le taux de chômage à 7% d'ici 2022 semble de plus en plus compliqué à tenir. Les promesses de la flexilibilisation du marché de l'emploi permises par la réforme du code du travail par ordonnances sont loin d'aboutir. Dans leur enquête menée auprès des chefs d'entreprise sur les difficultés à recruter, l'Insee a signalé que les interrogés mentionnent plutôt un manque de compétences. Cette thèse est d'ailleurs corroborée par une étude du ministère du Travail réalisée fin 2017 qui indiquait que "le manque de main-d'œuvre compétente disponible parmi les barrières à l'embauche, ce qui en fait la principale difficulté parmi celles évoquées."

> Lire aussi : Formation : l'OCDE déplore la pénurie de compétences en France

Montée des tensions internationales

La conjoncture internationale s'assombrit pour l'Insee. Si les conséquences des mesures protectionnistes annoncées par l'administration Trump ont été relativement limitées sur la scène du commerce international, un renforcement de ces dispositifs pourrait avoir des effets néfaste sur les échanges commerciaux. Au niveau des pays émergents, les crises monétaires comme en Argentine font peser des risques importants sur l'activité de ces pays mais l'Insee n'évoque pas encore d'effet de "contagion". "Les plus endettés pourraient être en difficulté en cas de remontée sensible des taux d'intérêt ou de dépréciation de leur monnaie plus marquée face au dollar."

> Lire aussi : En Argentine, des mesures d'austérité pour répondre à la crise du peso

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En Europe, les tensions persistent notamment autour du Brexit. Les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne tardent à se préciser et les rumeurs sur un "no deal" se renforcent. Du côté de l'Italie, la coalition de la Ligue et du M5S au pouvoir ne cessent d'inquiéter les marchés et la présentation récente du budget a suscité des inquiétudes dans les institutions européennes. A quelques mois des élections européennes, le niveau des aléas politiques sur le Vieux continent ne semble pas redescendre.

Grégoire Normand

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