Taux : statu quo attendu par la Fed malgré les menaces de Trump
latribune.fr
Le président de la Fed, Jerome Powell, tiendra une conférence de presse mercredi soir (heure de Paris) pour expliciter la décision de l'institution monétaire sur les taux.
Les responsables de la banque centrale américaine ont entamé ce mardi leur première réunion sous la nouvelle présidence de Donald Trump. Le républicain a prévenu qu'il se manifesterait en cas de désaccord sur les taux d'intérêt.
Première réunion de l'année 2025 pour le Comité de politique monétaire de la Fed. Celle-ci a démarré ce mardi à 8h30, heure locale (14h30 heure de Paris), « comme prévu », a indiqué un porte-parole à la presse. Pour rappel, la Fed se réunit toutes les six semaines pendant deux jours pour ajuster ou non ses taux d'intérêt. Ces derniers guident le coût des crédits accordés par les banques aux particuliers et aux entreprises. La banque centrale cherche à les fixer à un niveau qui évite la surchauffe de l'économie et l'inflation, sans casser la dynamique au risque de voir le chômage augmenter.
Les discussions actuelles devraient déboucher sur un maintien des taux d'intérêt à leur niveau actuel, selon les prévisions des marchés. L'institution monétaire publiera sa décision mercredi 29 janvier à 14 heures locales (soit 19 heures, heure de Paris). Son président, Jerome Powell, tiendra, comme à son habitude, une conférence de presse 30 minutes plus tard.
La Fed a systématiquement abaissé ses taux lors de ses trois dernières réunions, pour un total d'un point de pourcentage. Elle a été motivée par la baisse de l'inflation, qui a fortement reculé par rapport à son plus haut niveau atteint en juin 2022, alors à 9,5 % en rythme annuel. Elle s'est ainsi affichée à +2,9 % en décembre. Mais comme elle est toujours supérieure à l'objectif de 2 % fixé par la Fed, et en accélération ces trois derniers mois, les marchés financiers jugent peu probable qu'une nouvelle baisse intervienne avant mars, au plus tôt, selon l'outil de veille du groupe CME, FedWatch.
Sauf qu'un maintien des taux à leur niveau actuel - entre 4,25 % et 4,50 % - risque de fâcher le nouveau locataire de la Maison Blanche. Donald Trump, qui a pris ses fonctions la semaine dernière, a « exigé » dans la foulée que les « taux d'intérêt baissent immédiatement ». « Je les laisse faire mais si je ne suis pas d'accord, je le ferai savoir », a encore prévenu le chef de l'État.
Donald Trump ne cache pas son hostilité envers Jerome Powell, le président de la Fed, qu'il a accusé lors de la campagne pour la dernière présidentielle d'agir au bénéfice des démocrates. « Je connais bien mieux les taux d'intérêt qu'ils ne les comprennent », a-t-il encore affirmé. Et mieux que « celui qui en est le principal responsable », a-t-il appuyé.
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Le mandat de Jerome Powell à la tête de la Fed court jusqu'en 2026. Ironie de l'histoire : c'est Donald Trump qui lui avait proposé ce poste lors de son premier mandat (2016-2020). Et rien ne lui permet de le démettre de ses fonctions, les statuts de l'institution la mettant théoriquement à l'abri du pouvoir politique. Le républicain a néanmoins promis d'échanger avec le dirigeant de la Fed « au bon moment », sans plus de détails.
Le retour au pouvoir du milliardaire républicain fait aussi craindre à de nombreux économistes une reprise de l'inflation, en raison de mesures que Donald Trump compte mettre en place. À commencer par la hausse des droits de douane sur l'ensemble des produits entrant sur le sol américain. Il a ainsi promis de les augmenter entre 10 % et 20 %, et même jusqu'à 60 % voire 100 % sur ceux venant de Chine.
Nouvelle baisse attendue sur le Vieux continent
Les décisions de Donald Trump inquiètent aussi sur le Vieux continent, où la Banque centrale européenne (BCE) va tenir sa première réunion de l'année cette semaine. Elle est prévue pour jeudi. Contrairement à la Fed, une baisse des taux se profile en Europe. Ce serait alors la quatrième d'affilée, marquant la confiance de l'institution dans le retour de l'inflation à un objectif là aussi fixé à 2 %. La baisse est estimée à 0,25 point de pourcentage. Si bien que le taux de dépôt, qui fait référence, serait ramené de 3 % à 2,75 %.
Cette baisse a pour but de réduire le coût du crédit pour stimuler l'investissement et la consommation. Car, depuis un an, les inquiétudes des gardiens de l'euro se sont déplacées d'un risque d'inflation trop élevé à celui d'une croissance trop molle. Mais cette confiance dans la stabilisation de l'inflation pourrait être remise en cause par la « politique imprévisible » de Donald Trump, selon les économistes de la Deutsche Bank. Et notamment par sa volonté d'augmenter les droits de douane : cette mesure pourrait freiner la croissance et obliger la BCE à accélérer ses réductions de taux pour stimuler l'activité.
Le programme protectionniste du 47e président américain pourrait aussi relancer l'inflation en incitant l'Europe à réagir par des mesures de rétorsion. Une guerre commerciale avec les États-Unis « est très probable » sous la présidence de Donald Trump, avec des conséquences négatives pour l'activité et les prix, a ainsi averti Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE.
La présidente de l'institution européenne, Christine Lagarde a tenté de minimiser les inquiétudes. Elle a ainsi estimé la semaine dernière que toute « reprise de l'inflation aux États-Unis (...) sera un problème pour les États-Unis ». L'avenir montrera si elle a raison ou tort.