C'est un Manuel Valls tendu qui a affronté, mercredi soir, son ancien ministre Benoît Hamon, lors du deuxième et dernier débat de la primaire de la gauche française. Arrivé second lors du premier tour des primaires, qui ont mobilisé 1,6 million de sympathisants selon les derniers chiffres, l'ex-Premier ministre français a défendu une vision sévère et rigoureuse de la gauche, face à un Benoît Hamon plus optimiste dans sa vision du monde, et qui tente de s'affirmer comme un challenger crédible de la présidentielle française.
Durant l'essentiel du débat, la discussion a porté sur les propositions de Hamon, qu'il s'agisse de revenu universel, de laïcité ou d'environnement, alors que Manuel Valls se tenait sur la défensive.
Les deux candidats se sont opposés sur leur vision du monde du travail, l'ancien Premier ministre défendant mordicus la valeur travail, alors que Benoît Hamon doit sa première place au premier tour des primaires en partie à sa proposition de revenu universel d'existence.
Mais, pour Benoît Hamon, le travail se raréfiant doit être partagé, tout comme les revenus. Selon lui, on devrait assister, dans le futur, à un bouleversement du travail à cause de la révolution numérique, qui nécessite de réduire le temps de travail à 32 heures par semaine. Au contraire, Valls souhaite certes défiscaliser les heures supplémentaires, mais propose au contraire un statu quo à 39 heures par semaine.
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Mis sur le gril en raison de sa proposition d'un revenu universel d'existence, dont le coût risque d'être énorme, Benoît Hamon a indiqué qu'il se chiffrait à 45 milliards. Un montant qui pourrait selon lui être financé par un impôt unique sur les actifs nets, et des impôts sur les robots responsables finalement de la disparition d'une partie de l'emploi.
Benoît Hamon a aussi donné l'impression de mener le débat en insistant sur les thèmes des risques sanitaires et environnementaux ou encore des perturbateurs endocriniens. "On négocie avec des banquiers, pas avec la nature ! », a-t-il assuré face aux journalistes qui lui reprochaient de plus s'inquiéter d'environnement que d'économie, tout en défendant des positions rigoureuses pour interdire les perturbateurs endocriniens et limiter le recours aux produits phytosanitaires.
Le fardeau de la dette française, sujet d'inquiétude pour Bruxelles, et les partenaires européens de la France, a été effleuré, sans qu'aucun des candidats ne se montre très préoccupé par le sujet. « Il faut en finir avec le dogme des 3% du déficit », a tranquillement déclaré Benoît Hamon, marchant dans les pas de François Hollande qui avait envisagé durant la campagne présidentielle de 2012 de revisiter la contrainte budgétaire, avant de tenter de s'y plier durant son quinquennat.
Manuel Valls ne s'est pas non plus posé en Père la rigueur en matière de gestion budgétaire. Estimant à 16 milliards par an les nouvelles dépenses qu'il envisageait, en matière de sécurité, de défense, de justice, il déclarait:
Défense et Opex : Hamon veut retirer les dépenses du calcul du déficit
En matière de politique internationale, Valls a insisté sur l'importance de la coopération entre pays européens et de la surveillance des frontières y compris intérieures, mais refusé la proposition d'un FBI européen.
Allant encore plus loin, Hamon a demandé à ce que ces dépenses ne soient pas comptabilisées dans le déficit. « Il faut, comme pour les dépenses consacrées à la transition écologique, les retirer du calcul du déficit », a-t-il insisté.
Après l'élection de Trump, Valls a souligné la nécessité d'une Europe forte et unie face à Trump. « Il faut convoquer une réunion de tous les Européens qui le souhaitent pour construire une Europe de la défense », a évoqué l'ex-Premier ministre, rappelant le risque de dislocation de l'OTAN.
Mais, plus que leurs propres divergences, ce sont bien les divisions internes à leur famille politique que les deux candidats devront surmonter dans le futur. Selon les experts, Hamon part largement favori pour remporter la primaire de la gauche, lors du scrutin qui se tiendra dimanche.
Les deux candidats, qui sont deux apparatchiks du parti socialiste, risquent d'avoir du mal à rassembler au-delà de leurs cercles. Quel que soit le candidat choisi par les votants dimanche, il devra au moins partiellement assumer le bilan du gouvernement sortant, qui n'est pas rutilant notamment sur la question du chômage qui n'a pas baissé ou si peu.
Il devra surtout gérer la candidature d'Emmanuel Macron, dont le mouvement « En Marche » commence à sérieusement ringuardiser les partis à l'ancienne comme le Parti socialiste, et suscite plus de vocations de militantisme qu'aucun nouveau mouvement ne l'a fait depuis longtemps.
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Par Aline Robert, EurActiv.fr
(Article publié mercredi 25 janvier 2017, mis à jour jeudi 26.01 à 8:29)
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