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Le trading à haute fréquence menacé de limitation de vitesse

Sophie Rolland

Publié le 24 avril 2012 à 14:30 - Mis à jour le 24 avril 2012 à 14:35

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le "trading haute fréquence" est à nouveau sur la sellette, à la veille de l'ouverture du débat sur la le projet de révision de la directive sur les marchés d'instruments financiers (MiFID 2) au Parlement européen. Ses défenseurs crient au "retour à l'âge de pierre", tandis que pour ses détracteurs, "ce n'est pas parce que l'on sait construire une Formule 1 que l'on doit la laisser circuler en ville ou sur l'autoroute".

Faut-il interdire le trading haute-fréquence ? A la veille de l'ouverture du débat sur le projet de révision de la directive sur les marchés d'instruments financiers (MiFID 2), la proposition de l'Allemand Markus Ferber fait beaucoup parler dans les couloirs du Parlement européen. Bien sûr, il ne s'agit pas pour le rapporteur du texte de demander l'interdiction de ce type d'opération, mais d'imposer un temps de latence minimum pour les ordres boursiers. Autrement dit, si la proposition est retenue, les ordres devront rester au minimum une demi-seconde dans les carnets d'ordres. Cela n'a l'air de rien, mais quand on sait qu'en moyenne avec le trading haute fréquence les ordres y restent plutôt 3 millisecondes, l'on réalise l'impact considérable qu'une telle mesure pourrait avoir sur les volumes échangés...et sur les profits des banques d'investissement et autres fonds spéculatifs qui opèrent sur ce marché.

Des échanges ultra-rapides et automatisés souvent accusés de déstabiliser les marchés
Peu connu du grand public, le trading haute fréquence est extrêmement répandu. Plusieurs études, ainsi que quelques épisodes malheureux, comme le décrochage du Dow Jones le 6 mai 2010, ont mis en évidence son caractère hautement déstabilisateur. Pourtant, le trading haute fréquence représente environ 40 % des transactions réalisées sur les marchés actions en Europe (60 % aux Etats-Unis) et il est de plus en plus utilisé sur les marchés de matières premières, de devises, de dettes ou encore de produits dérivés.

« Il ne faut pas confondre volume et liquidité »
Un rapport publié cette semaine par Finance Watch, une association bruxelloise créée l'année dernière pour « remettre la finance au service de la société » - autrement dit, faire contrepoids au lobbying de l'industrie financière -, enfonce le clou. Dans ce rapport, intitulé "Investing not betting", Finance Watch balaye l'argument favori des défenseurs du trading haute fréquence. Le trading haute fréquence apporterait de la liquidité au marché et participerait ainsi à son efficacité ? Pas du tout, estime Finance Watch. « Il ne faut pas confondre volume et liquidité », prévient l'auteur du rapport, Benoît Lallemand. « Lorsqu'il s'agit de stratégies suiveuses, les algorithmes accroissent les déséquilibres au lieu de les résorber », explique-t-il. Les autres intervenants ont alors d'autant plus de difficultés à trouver des contreparties à un prix normal de marché. Or, un marché liquide est censé produire exactement l'effet inverse.

La rentabilité des fonds de pension serait meilleure sans le trading haute fréquence
Autre argument fréquemment avancé par les partisans du trading haute fréquence, le volume important d'opérations leur permettrait d'avoir un rôle de « teneurs de marché » (market makers). « C'est totalement faux, estime Benoît Lallemand. Les véritables teneurs de marché sont non seulement capables de proposer des fourchettes de prix serrées - et encore, ce bénéfice attribué au trading haute fréquence est-il discuté -, mais ils permettent surtout aux différents acteurs de trouver facilement une contrepartie même pour des volumes importants, ce qui n'est pas le cas avec les high frequency traders, car la profondeur de chaque ordre pris individuellement est très faible - difficile dans ces conditions de trouver une contrepartie à un prix donné pour un volume important - et d'autre part, le temps de présence dans le carnet d'ordres est tellement réduit que les prix sont extrêmement instables ». De quoi créer un marché à deux vitesses.

« En fait, avec leur rapidité, ils sont capables de prendre uniquement les ordres qui les intéressent », déplore-t-il. Poussant plus loin la comparaison avec les market makers traditionnels, l'analyste de Finance Watch remarque que ces acteurs ne conservent aucune position au-delà de quelques secondes « alors que les teneurs de marché sont censés être capables d'amortir les chocs par exemple si besoin en gardant des titres en stock pour les revendre plus tard, le temps que la situation se normalise ». Conséquence directe de cette distorsion de concurrence sur les marchés, les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension acceptent des prix moins intéressants. « Leur rentabilité pourrait être meilleure sans le trading haute fréquence », affirme Benoît Lallemand.

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Le trading haute fréquence inquiète aussi l'Autorité des marchés financiers
Il y a quelques semaines, l'Autorité des marchés financiers avait déjà donné de la voix sur le sujet. Mais en plus de s'interroger sur l'existence d'un marché à deux vitesses, le régulateur français s'était aussi inquiété de ne pas pouvoir surveiller les manipulations de cours de manière exhaustive. Les ordinateurs peuvent en effet entrer beaucoup d'ordres, mais bon nombre sont passés sans réelle intention d'être exécutés. Il est alors très difficile pour le régulateur de différencier les ordres qui vont être annulés - parce que le contexte a évolué -de ceux qui n'ont été que des leurres.

Sophie Rolland

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