Le trading à haute fréquence menacé de limitation de vitesse

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Le "trading haute fréquence" est à nouveau sur la sellette, à la veille de l'ouverture du débat sur la le projet de révision de la directive sur les marchés d'instruments financiers (MiFID 2) au Parlement européen. Ses défenseurs crient au "retour à l'âge de pierre", tandis que pour ses détracteurs, "ce n'est pas parce que l'on sait construire une Formule 1 que l'on doit la laisser circuler en ville ou sur l'autoroute".

Faut-il interdire le trading haute-fréquence ? A la veille de l'ouverture du débat sur le projet de révision de la directive sur les marchés d'instruments financiers (MiFID 2), la proposition de l'Allemand Markus Ferber fait beaucoup parler dans les couloirs du Parlement européen. Bien sûr, il ne s'agit pas pour le rapporteur du texte de demander l'interdiction de ce type d'opération, mais d'imposer un temps de latence minimum pour les ordres boursiers. Autrement dit, si la proposition est retenue, les ordres devront rester au minimum une demi-seconde dans les carnets d'ordres. Cela n'a l'air de rien, mais quand on sait qu'en moyenne avec le trading haute fréquence les ordres y restent plutôt 3 millisecondes, l'on réalise l'impact considérable qu'une telle mesure pourrait avoir sur les volumes échangés...et sur les profits des banques d'investissement et autres fonds spéculatifs qui opèrent sur ce marché.

Des échanges ultra-rapides et automatisés souvent accusés de déstabiliser les marchés
Peu connu du grand public, le trading haute fréquence est extrêmement répandu. Plusieurs études, ainsi que quelques épisodes malheureux, comme le décrochage du Dow Jones le 6 mai 2010, ont mis en évidence son caractère hautement déstabilisateur. Pourtant, le trading haute fréquence représente environ 40 % des transactions réalisées sur les marchés actions en Europe (60 % aux Etats-Unis) et il est de plus en plus utilisé sur les marchés de matières premières, de devises, de dettes ou encore de produits dérivés.

« Il ne faut pas confondre volume et liquidité »
Un rapport publié cette semaine par Finance Watch, une association bruxelloise créée l'année dernière pour « remettre la finance au service de la société » - autrement dit, faire contrepoids au lobbying de l'industrie financière -, enfonce le clou. Dans ce rapport, intitulé "Investing not betting", Finance Watch balaye l'argument favori des défenseurs du trading haute fréquence. Le trading haute fréquence apporterait de la liquidité au marché et participerait ainsi à son efficacité ? Pas du tout, estime Finance Watch. « Il ne faut pas confondre volume et liquidité », prévient l'auteur du rapport, Benoît Lallemand. « Lorsqu'il s'agit de stratégies suiveuses, les algorithmes accroissent les déséquilibres au lieu de les résorber », explique-t-il. Les autres intervenants ont alors d'autant plus de difficultés à trouver des contreparties à un prix normal de marché. Or, un marché liquide est censé produire exactement l'effet inverse.

La rentabilité des fonds de pension serait meilleure sans le trading haute fréquence
Autre argument fréquemment avancé par les partisans du trading haute fréquence, le volume important d'opérations leur permettrait d'avoir un rôle de « teneurs de marché » (market makers). « C'est totalement faux, estime Benoît Lallemand. Les véritables teneurs de marché sont non seulement capables de proposer des fourchettes de prix serrées - et encore, ce bénéfice attribué au trading haute fréquence est-il discuté -, mais ils permettent surtout aux différents acteurs de trouver facilement une contrepartie même pour des volumes importants, ce qui n'est pas le cas avec les high frequency traders, car la profondeur de chaque ordre pris individuellement est très faible - difficile dans ces conditions de trouver une contrepartie à un prix donné pour un volume important - et d'autre part, le temps de présence dans le carnet d'ordres est tellement réduit que les prix sont extrêmement instables ». De quoi créer un marché à deux vitesses.

« En fait, avec leur rapidité, ils sont capables de prendre uniquement les ordres qui les intéressent », déplore-t-il. Poussant plus loin la comparaison avec les market makers traditionnels, l'analyste de Finance Watch remarque que ces acteurs ne conservent aucune position au-delà de quelques secondes « alors que les teneurs de marché sont censés être capables d'amortir les chocs par exemple si besoin en gardant des titres en stock pour les revendre plus tard, le temps que la situation se normalise ». Conséquence directe de cette distorsion de concurrence sur les marchés, les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension acceptent des prix moins intéressants. « Leur rentabilité pourrait être meilleure sans le trading haute fréquence », affirme Benoît Lallemand.

Le trading haute fréquence inquiète aussi l'Autorité des marchés financiers
Il y a quelques semaines, l'Autorité des marchés financiers avait déjà donné de la voix sur le sujet. Mais en plus de s'interroger sur l'existence d'un marché à deux vitesses, le régulateur français s'était aussi inquiété de ne pas pouvoir surveiller les manipulations de cours de manière exhaustive. Les ordinateurs peuvent en effet entrer beaucoup d'ordres, mais bon nombre sont passés sans réelle intention d'être exécutés. Il est alors très difficile pour le régulateur de différencier les ordres qui vont être annulés - parce que le contexte a évolué -de ceux qui n'ont été que des leurres.
 

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Commentaires
a écrit le 25/04/2012 à 15:14 :
Le trading haute fréquence n'apporte rien au marché. Les arguments utilisés pour le défendre (une soi disant liquidité, dont on se passerait sans problème) ne sont que des arguments marketing vides et sans fondement. Limitons la vitesse comme proposé, et le public retrouvera un peu plus de confiance dans la bourse. Il est anormal que certains acteurs profitent de conditions de vitesse etc de façon privilégiée, limitons ces excès de vitesse dont ils profitent pour plumer les petits épargnants.
a écrit le 25/04/2012 à 12:45 :
Les ordres de 3 millisecondes ne sont pas du tout l'essence du trading haute fréquence. C'est une sorte de manipulation de marche, pour l'instant légal. Toutes les activités de trading haute fréquence ne sont pas basées la dessus, heureusement, seule une infime partie l'utilise.

Cet article très mal documenté confond tout.

Ce n'est pas parce que certains roulent á 70 km/h en ville qu'il faut interdire la voiture en ville....
a écrit le 25/04/2012 à 12:32 :
75% du volume de transactions boursièresétait à l'initative de "l'overnight trading" l'été dernier! Quelle marge celà laisse til au petit boursier, ou même aux banques, et autres intervenants financiers locaux? 0, nada, des miettes. Le marché français est arbitré par les volumes électroniques étrangers; Le marché boursier français est totalement moribond.
a écrit le 25/04/2012 à 11:47 :
Tant qu'il s'agit d'un jeu en circuit fermé comme au casino, pourquoi pas!
Le hic c'est que ces joueurs prétendent controler l'économie.
a écrit le 25/04/2012 à 11:34 :
N'y a t-il pas une solution plus simple, et parfaitement libérale ? Il ne faut pas interdire la pratique. Il faut simplement que les auteurs soient responsables des dommages pouvant naître d'un bug, et soient dans l'obligation de s'assurer pour ce risque. Il n'y a aucune raison de faire prendre des risques inconsidérés à des petits épargnants à cause d'irresponsables spéculateurs

Toutes ces spéculations sont rentables, parce que les risques sont pris par les autres (les citoyens au cas particulier). Si le risque était pris en charge par les spéculateurs eux-mêmes, ce serait différent. Or, dans un système libéral, la liberté ne peut pas aller sans la responsabilité.

Citoyen désabusé
a écrit le 25/04/2012 à 8:41 :
passer un ordre pour le retirer sous 3ms, c'est de la manipulation de cours; les ordres ne devraient pouvoir etre annules avant au moins une minute --- dans un marche ' pur et parfait' tous les agents ont la meme info, ce n'est plus le cas ici, ce n'est donc plus un 'marche' au sens de walras --
a écrit le 25/04/2012 à 2:04 :
Le trading à haute fréquence n'est qu'un effet collatéral du vrai problème de fond, c'est à dire la multiplication de plate-formes d'échange boursier( et souvent opaques).
On se rappelle que le premier trading à haute fréquence se faisait au 19ème siècle dans l'arbitrage entre les bourses de New-York et Chicago par le télégraphe ou ensuite, grâce au câble transatlantique entre New-york et Londres.
Depuis 10 ans, les bourses, les banques, de grands opérateurs ont créé de nouvelles bourses et donc autant d'opportunité à arbitrer car le vrai boulot en bourse a toujours été non de savoir s'il fallait acheter ou vendre mais l'arbitrage entre 2 cotations d'un même produit( on vend le plus cher et in achète le moins cher, on ne réfléchit pas, on ne prend pas de risque), et c'est de là que proviennent les bénéfices fabuleux de ces dernières années.
Alors certes avec le trading à haute fréquence, les volumes proposés sont très faibles, et cela est logique, car ils sont en proportion de la prise de risque, les ordres ne sont là que pour arbitrer et donc ne se mettent en place que quand les logiciels trouvent une contrepartie, le but est de conserver les titres et la position( long ou short) le moins longtemps possible.
On arrive à une forme d'absurdité où des logiciels de trading à haute fréquences font du trading entre eux, par un effet de cascade, ce qui crée alors une démultiplication en volume des ordres réels d'achat et de vente au delà de quelques secondes( et crée une course à la vitesse entre ces logiciels), et comme les places boursières gagnent en général leur argent avec le volume d'échange, elles sont contre une régularisation, comme les banques.
En fait, on pourrait essayer de créer une concentration des bourses mondiales pour accélérer de facto la fin de l'arbitrage et fixer ainsi pour chaque produit un prix unique à un moment donné, mais cela serait d'une façon inéquitable car la géographie ferait que certains auraient toujours les prix avant les autres( vitesse de communication variant de 0 à 20000kms de distance), et à la fin l'ensemble du monde financier, du marché( et les taxes qui vont avec) de la planète serait à Londres ou à Hong-Kong.
Il y a sans doute une solution intermédiaire qui serait de constater que c'est un service public et universel de côter un produit( peut-être une nouvelle branche de l'ONU), et donc on aurait des bourses par exemple tous les 4h de fuseau horaire, dont la compensation et l'équivalent du trading à haute fréquence se ferait par une société publique, avec donc la même vitesse partout.
Réponse de le 15/06/2012 à 14:40 :
Bonjour, dans le cadre de mon mémoire sur le trading haute fréquence, j'ai fais un sondage, pouvez vous y répondre s'il vous plait?

https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?formkey=dFZ4M0pZMkpLaTl4TzFiQkEzcjlrWlE6MQ
a écrit le 24/04/2012 à 19:34 :
Le HFT est également associé a un effet encore plus sournois, consistant a annuler les ordres passés , a une aussi grande vitesse. Cela a pour effet de faire faire avaler aux autres des tendances faussées. Donc en prime du retard imposé, on pourrait également pénaliser les traders qui annulent une grande partie de leurs ordres, parce que c'est clairement un outil de manipulation. Il est vraiment temps de remettre la bourse ou elle doit être : un outil d'économie, et pas la laisser dériver en gigantesque casino de voyous.
Réponse de le 15/06/2012 à 14:39 :
Bonjour, dans le cadre de mon mémoire sur le trading haute fréquence, j'ai fais un sondage, pouvez vous y répondre s'il vous plait?

https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?formkey=dFZ4M0pZMkpLaTl4TzFiQkEzcjlrWlE6MQ
a écrit le 24/04/2012 à 18:37 :
Encore une idée stupide de Paul Jorion!!
(second degré bien sûr)

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