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Jérôme Kerviel contre la Société Générale : suivez le procès minute par minute

Benjamin Jullien

Publié le 17 juin 2010 à 07:48

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Poursuite de la deuxième semaine d'audience pour le procès de Jérôme Kerviel contre la Société Générale, qui a commencé mardi 8 juin et se poursuit ce jeudi avec sa huitième journée. Suivez les débats minute par minute avec notre envoyé spécial Benjamin Jullien.

Deuxième semaine du procés de Jérome Kerviel. Suivez en direct le compte-rendu de l'audience de ce jeudi et retrouvez également le compte-rendu de la septième journée d'audience, le compte-rendu de la sixième journée d'audience, le compte-rendu de la cinquième journée d'audience, le compte-rendu de la quatrième journée d'audience,  le compte-rendu de la troisième journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience et le compte-rendu de la première journée d'audience, ainsi que le résumé de toute cette affaire en diaporama animé.

9h35 - Daniel Bouton va devoir témoigner

L'audience est ouverte. Le président annonce qu'il a décidé d'accéder à la requête, émise par des petits actionnaires constitués parties civiles, de faire témoigner Daniel Bouton, l'ancien PDG de la Société Générale. Il viendra à la barre mardi 22 juin à 16h. « Il sera là » assure Me Veil, l'avocat de la banque.

Le tribunal va maintenant entendre Marine Auclair, aujourd'hui responsable de projets à la Société Générale. Elle était, au moment des faits, responsable des « passerelles » de la plateforme Delta One. Sa mission était donc de résoudre les écarts entre les résultats comptable et économique des opérations du desk Delta One.

Visiblement mal à l'aise, elle croise les bras en commençant à parler, et ne les décroise plus que pour se frotter la bouche ou le nez.

« Nous avons 11 jours ouvrés pour résoudre les écarts, mais les données n'arrivent qu'au bout de 4 jours. Nous sommes donc confrontés à une forte pression liée aux délais... »

Elle jette un coup d'?il à une feuille de papier devant elle. Le président l'interpelle en lui disant qu'elle dépose devant un tribunal et qu'elle ne doit pas lire des notes. Elle se justifie : « ce sont juste des notes personnelles, je n'ai pas l'habitude de déposer devant un tribunal
- Je comprends, mais vous déposez comme tout le monde, sans notes.
- D'accord ».

Elle explique que pour résoudre les écarts, elle demande des explications et des justifications aux traders. Si cela est satisfaisant, l'écart est corrigé et c'est réglé.

Vêtu d'un costume sombre et d'une chemise bleue à grosses rayures blanches, Kerviel la regarde en coin en l'écoutant, sur sa chaise, jambes et bras croisés.


9h50 - Des justificatifs... en finnois !

Marine Auclair évoque maintenant les travaux de la fin 2007 relatifs à la résolution des écarts de méthode liés aux activités de Jérôme Kerviel.

"Kerviel a fourni des justificatifs, notamment des « term sheets » (notices de produit) de warrants (contrats d'option) en finnois.
- Il est apparu que Kerviel avait modifié les paramètres de ces warrants dans la base Eliot. Avez-vous contrôlé que les paramètres étaient corrects ?

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Elle explique que non. « A l'époque nous travaillions dans un climat de confiance. Jamais je n'aurais imaginé que j'avais en face de moi quelqu'un qui ne me parlait pas de la réalité »
Le président évoque un email des supérieurs évoquant des écarts de méthode de 88 millions, auquel elle a répondu en parlant d' « opérations fictives »

« Si je devais réécrire ce mail aujourd'hui j'utiliserais plutôt le terme technique, car l'opération avait une justification, puisqu'elle elle servait à ajuster un écart », explique Mme Auclair.

Le président la lance ensuite sur ses déclarations devant les juges d'instruction.
« Vous savez tout !, minaude le témoin, qui a décroisé les bras.
- J'en sais beaucoup, mais vous savez, on apprend parfois des choses à l'audience...il y a parfois des gens qui se contredisent.»

Le témoin recroise les bras.

Le mois suivant, le cas Kerviel pose de nouveau problème, malgré les appels du témoin à la « vigilance » des supérieurs.

« Suivez-vous aussi la trésorerie ? demande le président.
- Nous sommes chargés de rationaliser les écarts de trésorerie.
- Aviez-vous constaté des anomalies concernant les mouvements de trésorerie de M. Kerviel ?
- Non, pas plus que pour d'autres GOP (groupes opératoires).
- Et concernant les écarts de méthode ?
- Kerviel avait des écarts de méthode croissants, mais il a fourni des justifications.
- Ses écarts étaient-il plus importants que la norme
- Oui, il y avait souvent plus de problèmes sur son activité.
- Comment était-il ?
- il était très coopératif, il cherchait à bien comprendre le problème et ce qui pouvait poser problème ou pas, mais il n'était pas toujours très pédagogue. Il parlait vite et utilisait beaucoup de jargon. D'ailleurs, je lui demandais de m'expliquer et je reformulais avec mots pour être sûr que j'avais bien compris.

Derrière elle, Kerviel échange des notes avec ses avocats.

Le président : « vous avez rédigé une attestation sur M. Kerviel...
- Au moment de son premier écart, Kerviel avait l'air nerveux, il m'a dit qu'il allait sauter (être licencié) si on ne résolvait pas cet écart, et que si on y arrivait il m'offrirait des bouteilles de champagne".

Le président demande à Kerviel de commenter.
« A ce moment, mon N+3, M. Baboulin, m'avait dit : « tu te démerdes pour régler cet écart », donc j'étais nerveux. Pour les bouteilles de champagne, il faut savoir que les traders en reçoivent beaucoup, notamment des courtiers, et qu'ils n'ont pas le droit de les garder. L'usage est donc de les donner aux membres des fonctions support »

Le président en profite pour faire allusion au courtier de Kerviel, qui a touché 1,4 million d'euros de bonus grâce à lui. « Il avait quelques économies », sourit-il. [en réalité, ces bouteilles sont généralement offertes par les sociétés de courtage et non par les courtiers sur fonds personnels, Ndlr].


10h22 - Des explications "extravagantes"

Le témoin remarque qu'elle se demandait parfois si Kerviel était sincère dans sa volonté affichée de l'aider à régler les écarts, car même s'il s'impliquait à chaque fois dans la résolution des problèmes, d'autres problèmes survenaient la fois d'après.

Le procureur lui demande de réagir aux affirmations de Kerviel selon lesquelles ses explications étaient "extravagantes", et "faites pour préserver les apparences" : "que pensez-vous de ces explications ?
- je ne suis pas d'accord, d'ailleurs nous ne nous sommes pas bornés à écouter ses justifications, nous avons fait des vérifications et sollicité l'équipe "Risk", donc non, je ne suis pas d'accord pour dire que les explications de Kerviel n'étaient pas crédibles".

Me Reinhart (SocGen) interroge le témoin
"Votre pratique professionnelle, dans la résolution des écarts, consistait-elle plutôt à soupçonner une fraude ou à résoudre des problèmes
- à résoudre des problèmes
- quand M. Kerviel est venu vous voir en avril 207, il venait pour vous aider à résoudre un écart ou pour vous rendre complice d'une fraude ?
- pour nous aider à comprendre comment résoudre cet écart
- combien de temps a duré la réunion ?
- moins d'une heure
- et la proposition de vous donner des bouteilles, comment l'avez-vous interprété
- il avait l'air soucieux, il voulait qu'on travaille ensemble pour résoudre ce problème. Je n'ai jamais pensé à une fraude, jamais. Pour moi c'était normal qu'il y ait des difficultés car c'était une nouvelle activité".
- M. Kerviel il semble dire que toute personne qui a cru ses explications sont un peu "neuneu". Avez-vous ce sentiment ?
- je ne pense pas être complètement neuneu, et si je l'étais, on était plusieurs, y compris des membres du service "risk" qui avaient des diplômes plus reluisants que moi".

Le témoin a pourtant indiqué qu'elle possédait un diplôme de 3ème cycle (DESS) en finance. On constate donc à nouveau que dans la conscience collective des membres des activités de marché de la Société Générale, seuls les diplômes des grandes écoles (Polytechnique, Mines, Centrale, Ensae) sont considérés comme "reluisants", et que ceux qui ont un parcours différent affichent un certain complexe d'infériorité.


10h40 - "Sauver des apparences ?"

Me Metzner interroge le témoin : "en mars 2008, devant la police judiciaire, vous parliez d'opérations fictives, et aujourd'hui vous parlez d'opérations techniques. Pouvez-vous m'expliquer ce changement ?
- c'est comme cela qu'on parlait de ces opérations qui n'avaient pas de contrepartie, mais qui représentaient une réalité économique
- donc ces opérations n'avaient pas de réalité au plan juridique, mais au plan économique, oui ?

Elle se lance dans une explication jargonneuse, parlant de "sommation de "forward", de "future" et de warrant...c'est un peu comme si le "future" et le "forward" étaient encapsulés dans le warrant". Dans la salle, certains font les yeux ronds, d'autres sourient ironiquement.

Me Metzner relit ses déclarations sur ces opérations compliquées destinées à "rationaliser les écarts", dont une "servait juste à pallier la défaillance d'Eliot", la base de donnée qui recense toutes les opérations. "Est-ce que cela ne donne pas l'impression de chercher à sauver des apparences ?", demande Me Metzner, en référence aux déclarations de Kerviel sur le sens des fausses explications qu'il a données en réponse aux questions de ses collègues.

"Mon client est poursuivi pour avoir introduit des informations frauduleuses, mais si elles sont techniques, il n'y a pas de délit", argumente Me Metzner. Mme Auclair s'en tient à sa réponse : les opérations "fictives" dont elle parlait étaient de nature technique et non frauduleuses.

Pas de quoi décourager Me Metzner, qui reprend : "les policiers étaient comme moi, ils ne comprenaient pas la différence, puisque l'après-midi, après 1h30 de pause, leur première question était : dans quelle mesure d'autres personnes ont été informées que ces opérations étaient fictives ?"

Il remarque enfin : "le mot technique n'est jamais apparu dans votre déposition, en neuf pages".

L'audience est suspendue pour cinq minutes.


11h05 - "tous coupables"

L'audience reprend après pile cinq minutes de suspension. Kerviel est là, mais il manque Me Metzner, les avocats de la SocGen et les deux représentants du ministère public. Le président prend l'air sévère : "c'est la deuxième fois que le tribunal a à attendre, j'avais bien dit 5 minutes de suspension, les minutes ne sont pas des quarts d'heure. Au tribunal, il n'a a pas de "fat finger", dit-il en référence au terme financier qui décrit les ordres erronés passés par erreur par un trader (en appuyant sur le mauvais bouton avec son "gros doigt"...).

Le témoin suivant est Mme Lubochinsky. Elle tique quand le président lui demande son âge. "C'et la loi, madame, la loi républicaine, et dans cette enceinte nous sommes tous logés à la même enseigne", déclare le président, non sans une touche de grandiloquence.

Le témoin est professeur d'université et dirige le master finance de l'université Paris-8. Elle a écrit un article dans lequel elle exprimait ses doutes qu'une telle fraude ait pu être commise par un homme seul.

"On se demande comment ces milliards ont pu ne pas apparaître dans les comptes. Par exemple, Kerviel a gagné 1,4 milliard fin 2007, où était inscrite cette somme dans les comptes de la banque ? S'il était inscrit, peut-être que quelqu'un l'a vu..."

Derrière elle, Claire Dumas, qui représente la banque, se lève légèrement de sa chaise : elle semble toiser les chaussures vernies de la "prof" de fac, en laissant échapper un regard ironique. Elle regarde ensuite le témoin de haut en bas sans se départir de son petit sourire ironique. Solidarité féminine, sans doute.

Le témoin enchaîne sur la question de la trésorerie de Kerviel, dont les mouvements évoquaient selon elle des prises de positions très importantes. Elle ajoute que sur ces marchés, les positions entraînent des appels de marge quotidiens [ce qui correspond en substance à un dépôt de garantie dont le montant évoluerait en fonction de la valeur de la position, Ndlr] qui n'auraient pas dû passer inaperçus.

"Un supérieur est censé regarder de près les opérations "en suspens"", affirme-t-elle ensuite, en référence à la principale méthode d'opération fictive employée par Kerviel.

Elle explique qu'il est pratiquement impossible de gagner 55 millions en ne jouant que 125 millions, comme il est censé l'avoir fait en 2007, ce qui correspond à un rendement d'environ 45%. "Je pense que même les hedge funds n'arrivent pas à une telle performance sur les marchés".

Elle indique qu'en lisant l'ordonnance de renvoi, elle a constaté un certain nombre d'approximations. Rires dans le public.

Pendant que le procureur l'interroge, Claire Dumas est prise d'un crise de fou rire, et doit essuyer ses larmes avec son foulard et respirer profondément pour reprendre son calme.
"Pour vous, qui est coupable dans cette affaire ?, interroge le président
- ils sont tous coupables, réplique-t-elle du tac au tac. Enfin, les deux parties. Le contrôle n'a pas fonctionné.

Puis : "la Commission bancaire a fait un travail remarquable, et elle a bien montré qu'il y avait des défaillances dans les contrôles".

Elle décrit Société Générale comme une "excellente banque" mais avec un "excès de confiance dans le professionnalisme des membres de son "front office".

Elle explique ensuite qu'à son avis, Kerviel aurait dû être "sorti de la salle des marchés" quand il a été pris sur le fait.


11h30 - Excès de confiance...

Me Veil (SocGen) aborde le témoin avec une question alambiquée lui demandant si sa vision du dossier est plutôt Racine (vision idéale) ou plutôt Corneille (vision réaliste). Elle se met le public dans la poche en répondant, sur un ton digne d'Arletty : "j'savais pas que j'venais parler littérature !"

Plus tard : "moi si je voyais un milliard, je me poserais des questions !"

Me Veil : "pensez-vous que la fraude est consubstantielle avec l'argent ?
- non, elle est consubstantielle avec l'homme".
Plus tard : "avez-vous une idée sur ce que peut être le mobile de Kerviel ?
- à titre très personnel, je pense que son attitude s'explique par un excès de confiance, de même qu'un délinquant qui ne se fait pas prendre peut continuer, et qu'il a perdu la notion de la réalité".

Elle pointe ensuite le rôle de la testostérone, plus concentrée chez les traders, "c'est prouvé par la recherche". Elle pointe au passage le fait que 80% des hommes sont persuadés qu'ils conduisent mieux que la moyenne des femmes.
- et que toutes les femmes, ajoute le président.
- cela, je n'en parle même pas, s'exclame la prof de fac.

Plus tard : "la trésorerie et le résultat, c'est la même chose ?, demande Me Veil
- ah non, vous devez le savoir mieux que moi, à force de plaider dans ce dossier !"

Me Veil fait remarquer que les deux milliards de pertes de Kerviel mi 2007 étaient une perte latente. Elle réplique que pour autant, l'argent était sorti de la banque, puisque Kerviel avait pris des positions. Derrière elle, Claire Dumas opine du chef.

Elle explique ensuite qu'au vu des mouvements de trésorerie de Kerviel, ses positions étaient "loin des 125 millions", qui correspondent à la limite de risque du desk Delta One où travaillait Kerviel.
- Me Veil jette l'éponge : 'je vous remercie, madame'

Me Reinhart tente à son tour sa chance. Il indique qu'il y a 176.00 traders dans le monde, et demande : 'combien de cas de 'rogue trading' [trader délinquant, Ndlr] y a-t-il, à votre avis ?
- il y a ceux qu'on connaît et ceux qu'on ne connaît pas...Il y en a de façon récurrente, plusieurs cas par an, plus tous ceux qu'on ne connaît pas car pour ne pas ternir l'image d'une banque, le trader qui a dépassé ses limites est poussé vers la sortie et se retrouve sur le marché du travail'.

On imagine qu'il est ensuite libre d'aller faire les mêmes bêtises dans une autre banque...
Me Martineau repose sa devinette sur le nombre de cas de "rogue trading".
- "cela dépend comment vous les définissez...par exemple, est-ce que vous comptez l'affaire Sumitomo ?"

Par chance, Me Martineau a cette affaire sur sa fiche. Il fait le malin : "oui, l'affaire Sumitomo. Parlons de M. Tamanaka...
- oh là là, attendez !, s'inquiète le président, qui rappelle régulièrement que le temps du tribunal est compté
- savez-vous quel a été le verdict dans cette affaire ?
- non
- 8 ans pour faux et usage
- et alors ?
- ...
- et alors ?!

Eclats de rire dans l'assistance.

12h10 La marque Société Générale est à la banque d'investissement ce que Ferrari est à l'automobile.

Le témoin suivant est monsieur Blanchet, lui aussi professeur de finance à Paris-2, notamment sur les produits structurés. Le président l'interroge sur la nécessité pour les traders de se reposer, de prendre des vacances.

- "Un trader qui ne s'impose pas un minimum de repos, ce n'est pas raisonnable, d'ailleurs c'est une chose que les managers surveillent de plus en plus", explique-t-il.

Il déclare que la marque Société Générale est à la banque d'investissement ce que Ferrari est à l'automobile, car elle a toujours été en pointe dans la création de nouveaux produits, de nouvelles stratégies.

- "Le fait de ne pas prendre de vacances est-il suspect ? demande le président.

Derrière le témoin, Me Veil et Claire Dumas (SocGen) font oui de la tête.
- Je ne dirais pas suspect, mais ça peut être porteur de dangers
- Un manager doit-il avant tout prévenir les fraudes ?
- Oui, c'est maintenant sa première ou sa deuxième priorité.
- Ce changement est-il lié à l'affaire Kerviel ?
- Non, ça tient plutôt aux crises de marché de 87 et 89.

Me Veil lui demande s'il sait que les syndicats interdisent de surveiller le temps de travail des traders à partir de leur badge, ce que le témoin met en doute.
- "Vous pouvez dire le contraire si vous le voulez, mais moi j'affirme que les syndicats interdisent de surveiller le temps de travail des traders à partir de leur badge, tonne Me Veil.
- Ils peuvent interdire, mais que je sache, les banques ne sont pas dirigées par les syndicats, réplique le témoin.

Le témoin se lance ensuite dans une explication, avant d'être coupé par Me Veil : "ça, ça n'était pas ma question, je vous pose ma deuxième question. Vous dites que le contrôle des fraudes a été renforcé après les crises de 87 et 89, mais je crois il s'agit plutôt du contrôle des risques. Ne confondez-vous pas les deux ?
- Je vous remercie, maître, mais j'ai 24 ans d'asset management [gestion d'actifs, Ndlr] derrière moi et je ne confonds pas encore le contrôle des risques et le contrôle des fraudes !
- Il poursuit : "les contrôleurs des risques ont toujours eu un temps de retard, et je pense qu'ils doivent encore renforcer leur pouvoir pour réduire le retard entre la création des produits et leur contrôle".


12h45. "Apparemment pour toi, l'audience aussi est un jeu !"

Le dernier témoin de la journée est Mme Rozenthal, aujourd'hui responsable ressources humaines à la Société Générale, mais qui était la supérieure de Kerviel lors de son passage au middle-office.

- Comment était M. Kerviel à l'époque où il travaillait au middle-office ? demande Me Veil.
- Jérome était particulièrement investi, sérieux, mais au plan personnel, c'était quelqu'un d'assez distant.
- Plutôt introverti ?
- A l'époque, oui.
- Et pensez-vous que les relations qu'il a pu tisser à cette période avec des gens du middle-office et la connaissance qu'il avait acquise des procédures a pu l'aider dans sa fraude, comme l'affirme la Société Générale ?
- Oui, je peux imaginer que le fait d'avoir des relations de confiance a pu faciliter le fait que les gens du middle office s'orientent plutôt vers de la résolution de problème que vers la recherche de fraude ».

Me Veil lui fait ensuite dire que les opérations fictives ou techniques évoquées plus tôt sont « comme la lettre blanche au Scrabble, qui permet de remplacer n'importe quelle lettre pour compléter un mot. Elle aquiesce.

"Et vous êtes d'accord que le Scrabble est un jeu ? intervient Me Metzner
- Apparemment pour toi, l'audience aussi est un jeu », le tance Me Veil.


Un incident imprévu avec un royaliste

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L'audience se termine par un incident des plus imprévus. Le président donne lecture d'une « requête de constitutionnalité » adressée par un individu qui s'est porté partie civile en cours de procès. Présent au fond de la salle, l'homme se lève pour exiger que le tribunal « sursoit à statuer ». Le président lit sa requête, adressée au conseil constitutionnel, dans laquelle il affirme que cette cour n'est pas légitime, pas plus que la constitution actuelle, et que « la seule constitution légitime est celle de 1791 » (élaborée après la fuite de Louis XVI à Varenne et instaurant la monarchie constitutionnelle). Le président précise que le tribunal traitera cette requête dans son jugement, mais l'homme exige que le tribunal « sursoit à statuer ». Le président estime alors que « ça suffit » et demande aux gendarmes de « faire évacuer la salle ». Le royaliste exalté prend la porte en criant « vous n'êtes même pas juges, vous n'êtes que des usurpateurs, des faussaires ! »

Fin de l'audience. Rendez-vous lundi matin pour la suite du procès.

Benjamin Jullien

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