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Jérôme Kerviel contre la Société Générale : suivez le procès minute par minute

latribune.fr

Publié le 13 juin 2010 à 23:27

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Deuxième semaine d'audience pour le procès de Jérôme Kerviel contre la Société Générale, qui a commencé mardi 8 juin. Suivez les débats minute par minute avec notre envoyé spécial Benjamin Jullien.

Le quatrième jour du procès de Jérôme Kerviel contre la Société Générale a donné lieu à de nouvelles passes d'armes. Voici le compte-rendu de cette demi-journée d'audience. Retrouvez également  le compte-rendu de la troisième journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience et le compte-rendu de la première journée d'audience ainsi que le résumé de toute cette affaire en diaporama animé.

9h55. Premier témoin à sensation.

Le premier témoin de la journée fait sensation. Benoît Tailleux est un ancien trader (de 1999 à 2006 et qui occupait jusqu'en 2004 le poste d'Eric Cordelle (N+1 de Kerviel). Il déclare être « retiré du monde de la finance », donc libre de ses paroles. Il dit avoir remarqué lors de la présentation des témoins que « tous ceux qui auraient eu des choses à dire ont refusé de témoigner », ce qu'il trouve « extrêmement dommageable ».
Il attaque très fort : « A mon sens, la hiérarchie directe de Kerviel ne pouvait ignorer totalement les agissements de Jérôme Kerviel, même si je ne pense pas qu'on ait pu valider une position de 50 milliards ». Pour lui, c'est clair : "la hiérarchie cautionnait les prises de positions directionnelles, à risque, de Jérôme Kerviel".

10h05. Engagements "ubuesques et grotesques".

Il qualifie les engagement nominaux que la banque a laissé Kerviel prendre de « ubuesques et grotesques », et s'interroge aussi sur la gestion du cash au sein de la banque. Au 1er avertissement, la hiérarchie aurait du l'arrêter, sauf à cautionner le fait que Kerviel dépasse ses limites, en tout cas ses limites officielles ».

Il souligne aussi que la performance déclarée par Kerviel fin 2007, avec un résultat de 55 millions d'euros, est « exceptionnelle » et aurait dû attirer l'attention. De quoi faire entrer Kerviel dans « le cercle des 10 ou 15 traders les plus profitables du groupe SocGen dans le monde, et je n'ai pas peur de me tromper en le disant ». Il rappelle que lui avait gagné 10 millions dans une équipe de 4 traders.

10h12. "Une grande injustice".

Il raconte avoir écrit à la banque en apprenant l'affaire. Il a été reçu à la banque, où il a tenu les mêmes propos qu'aujourd'hui au tribunal, on lui a répondu qu'une enquête interne était en cours et qu'elle était déjà au courant de tout cela. « circulez, y'a rien à voir », en somme, grince l'ancien trader.
« Depuis deux ans, je me rends compte que le scénario du trader isolé est le moins inquiétant pour la banque, les salariés et les actionnaires, en tout cas celui qui sied le mieux à la direction

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Il conclut : "C'est une grande injustice que Kerviel soit jugé seul".

10h17. T-Shirt Trader fou

Le président l'interroge sur les pratiques des salles de marché.
« Il y a plusieurs techniques qui permettent d'arranger un résultat, de façon cosmétique, comme de cacher un peu de résultat...ça se faisait, mais pas de façon massive ».
Il évoque diverses techniques permettant de faire cela.
Dans le public, un jeune homme arbore fièrement un T-shirt avec l'inscription « Trader fou », et une cible tracée en rouge.

10h23. Qui était au courant ?

« Si j'avais eu connaissance de tels actes, [en tant que supérieur] je n'aurais pas pris sur moi de les couvrir, j'en aurais parlé à mon supérieur », explique-t-il. Mais il se refuse à essayer d'imaginer ce qu'il aurait fait dans cette situation.
Il explique que jamais il n'a pris de telles positions en 7 ans de trading. Il précise n'avoir jamais dépassé quelques millions d'euros : « ça n'a aucun sens d'engager de tels montants dans cette activité ».
Plus tard :
« Je n'ai aucun contact avec qui que ce soit [la banque ou Kerviel]. Je suis en contentieux contre la banque aux prud'hommes. J'ai dit à mon avocat ce que je pensais de l'affaire » (et c'est lui qui a fait le lien avec la défense, ce qui amène l'ancien trader à témoigner aujourd'hui).
« Je suis allé voir la banque en février ou mars 2008 en étant persuadé que les hauts dirigeants de la banque n'étaient pas au courant des dépassements, mais à ce moment là j'étais persuadé que M. Morlat (le N+4 de Kerviel) était au courant des dépassements »

10h30. "Je pense que vous faites erreur".

Le président propose à Jean Veil d'interroger l'ex-trader, mais il préfère passer en dernier. C'est donc le procureur qui s'y colle. Il veut savoir si le témoin pense que la banque a validé les positions de 50 milliards.
« Comme je ne peux pas imaginer que Kerviel ait tout fait à l'insu de ses supérieurs, je ne peux pas croire que quelqu'un ait validé une position de 50 milliards ». « Je ne pense pas que M. Morlat ait pu valider 50 milliards ».

Jean Veil prend la parole et remercie Tailleux pour son témoignage.

« Vous faites assez bien la part du feu...Avez-vous lu l'ordonnance de renvoi ?
- non.
- est-ce que vous imaginez que Morlat ait pu accepter une position de 10 milliards ?
- non.
- de 1 milliard ?
- non.
- de 100 millions ?
- oui, c'est même la seule façon de réaliser un tel résultat (55 millions).
- saviez-vous qu'en fait son résultat était de 42 millions et non de 55 millions. Ce chiffre vous semble-t-il aussi ridicule ?
- oui.
- savez-vous ce qu'est un « gopmaster » ?
- non.
- c'est un outil qui fait que la trésorerie des traders est agrégée.
-j'ai une remarque : comment un trader sur cette activité peut-il gérer son activité sans connaître sa trésorerie ?
- j'ai commis une erreur, il ne s'agit pas de la trésorerie mais des appels de marge.
- mais les appels de marge ont un impact sur la trésorerie...

Plus tard :
- alors, pouvez-vous imaginer que la trésorerie de Kerviel ait été moins remarquable au niveau agrégé ?
- Je pense que vous faites erreur. Je vais vous expliquer. Chaque équipe doit connaître ce qu'il engage et sa trésorerie fait partie des éléments essentiels.

Plus tard, il explique que plus on descend dans la hiérarchie, plus on doit voir clairement ce qu'il en est.
Maître Veil lui demande ensuite s'il est au courant que le profit des activités de marchés a doublé dans les années qui ont suivi son départ (ce qui pourrait expliquer que le résultat de 42 millions n'ait pas attiré l'attention)
« Ca ne m'étonne pas, car ce que j'ai pu voir, c'est une prise de risque croissante dans la salle des marchés. Petit à petit, des cellules et même des hedge funds ont été créées au sein de la banque, donc les profits ont augmenté, et les risques aussi », assène l'ancien trader de la SocGen.

11h02. Un autre monde.

Metzner l'interroge sur les limites fixées aux traders.
Il répond : « A mon époque, il y avait des limites en nominal par opération en plus des limites en écart ». La veille, la banque a expliqué que la pratique de marché était de ne pas avoir de limite en nominal.
Plus tard :
"Pour moi un profit de 1,4 milliard , c'est autre monde.
- Mais il semble que ce soit un monde où l'on peut aller à la SocGen, remarque Maïtre Metzner.
- en tout cas Kerviel y est allé, tout le débat est de savoir qui était au courant.
- je vous remercie".
Maître Reinhart rappelle que le classement des traders est versé au dossier, puis interroge le témoin.
« Avez-vous déjà connu un employé qui commettait des faux pour masquer une position ?
- non.
- êtes-vous surpris que M. Kerviel n'ait pas dévoilé, lorsqu'il a été interrogé par la banque, sa position cachée prise en janvier 2008
- Moi, j'aurais vidé mon sac.
Encore une question de Maître Veil sur les limites, "car la question de la défense n'était pas claire".
« Les limites en nominal étaient-elles unitaires ou aussi en cumul ?
- jusqu'à mon départ je suis formel sur le fait qu'il y avait des limites par opérations, mais pas sur l'existence ou non de limites en cumulé
- vous vous êtes manifestement beaucoup interrogé sur cette affaire. Vous êtes vos demandé à quoi pouvait servir la position de 49 milliards construite par Kerviel en janvier 2008 ?
- non.
- je vous remercie.
10h50. Impossible "sauf à passer sa journée au bar".
Maître Veil continue à cuisiner l'ancien trader de la SocGen : « A ma connaissance, vous avez été débouté aux prud'hommes dans votre procédure contre la banque, et votre avocat s'est désisté de l'appel »
- je vous invite à vous rapprocher de Maître Assous, car ce n'est pas ce que j'ai entendu hier.
Jean Veil souligne en conclusion que Tailleux n'a pas d'information spécifique sur le dossier, hormis ce qu'il a lu dans la presse, et qu'il n'a fait qu' «imaginer».
Metzner (avocat de Kerviel) l'interroge à son tour, d'abord sur le sens de sa décision de témoigner.
« Moi je viens dire ce que je sais jusqu'en 2006, explique l'ancien trader. Hier un seul trader est venu, et il faisait une activité annexe. Pour les 3 autres qui ne sont pas venus, j'ai mon intime conviction sur les raisons de leur absence ».
- Pensez-vous que quelqu'un qui viendrait témoigner ne pourrait plus travailler dans ce secteur ?
- Evidemment. Le monde de la finance est petit, pourquoi hypothéquer sa carrière ? Je suis persuadé que ça a une influence.
Il l'interroge ensuite sur les opération de Kerviel restées en suspens (« pending ») pendant 3 semaines dans la « base tampon » : « pour moi c'est aberrant, on ne peut pas expliquer à des managers expérimentés qu'on a des transactions fictives dans le système, surtout dans de telles proportions.
Et sur sa trésorerie de 1,4 milliard, était-il possible pour le manager de ne pas la voir ?
- Sauf à passer sa journée au bar en bas de la tour, non.

11h39. "Ne pas reconnaître des déficiences internes".

Metzner fait projeter un document saisi à la SocGen dans le cadre de l'affaire Sentier 2 (voir audience de jeudi)
Il comporte une encadré « consignes générales ». On y lit notamment : « ne pas reconnaître des déficiences internes »
Metzner tente de démontrer que Claire Dumas a appliqué ces consignes, notamment en demandant à se présenter avant de parler (c'est le point 1). Le texte conseille notamment de « noyer » l'interlocuteur dans les éléments techniques.
Il comporte un paragraphe « dire » et un paragraphe « ne pas dire »
Dans la paragraphe « Dire » : « Sur la responsabilité de la direction générale :
J'estime qu'elle a rempli ses obligations et je réfute tout grief de négligence (...) »
Metzner qualifie ce document de « mode d'emploi du mensonge devant les tribunaux ». Le président évoque des « éléments de langage », Metzner réplique qu'il appelle cela de la « subornation de témoin ».
Il attaque ensuite, de nouveau, sur les conventions signées entre la SocGen et plusieurs anciens supérieurs de Kerviel. « Ils s'engagent de ne jamais dire aucun mal de la SocGen, et ils reçoivent de l'argent pour ça ! »
Jean Veil : « On ne sait si c'est un projet ou s'il a été effectivement diffusé. Dans la seconde hypothèse, on ne sait pas par qui, quand, ni à qui. Je pense que votre chambre a eu à traiter de cette question, et la banque a été relaxée. Je ne crois pas que cela ait un intérêt quelconque dans cette affaire, pas plus que les conventions signées entre la banque et des employés. De plus, il n'existe pas de modèle de transaction avec un salarié dans lequel il n'y a pas de clause de confidentialité, ou alors c'est que l'avocat est nul. Retrouver des clauses de confidentialité dans un document de transaction, c'est normal et je suis sûr que les avocats de la défense font de même dans d'autres dossier ».
Metzner remarque que plusieurs des témoins qui devaient témoigner mais n'ont pas souhaité le faire sont concernés par ces conventions. La convention dit en substance que les employés concernés s'engagent à ne pas nuire aux intérêts de la banque, et notamment à ne rien dire sur les conditions de leur départ, ne rien dire ou suggérer ou entreprendre qui puisse porter atteinte à l'image ou à la réputation de la banque.
« C'est une interdiction de parler, c'est le prix du silence », s'exclame Metzner.
Veil déplore ces « grands mots destinés au médias » et s'engage à produire d'autres conventions qui comportent le même genre de clause.
Le président conclut en faisant remarquer que ces clauses sont symétriques, au sens où elles protègent aussi l'employé de déclarations négatives de la banque (par exemple à un futur recruteur)

11h15. Kerviel laisse échapper un petit sourire.

Le prochain témoin est Franck Grunewald, Chief operating officier (directeur des opérations) à la SocGen
Il précise que l'outil Proxigen, évoqué précédemment, n'est pas un outil de contrôle des traders, il ne fait que vérifier que les ordres ne sont pas aberrants.
Il s'exprime d'une voix peu assurée, l'assistance se plaint de ne pas comprendre ce qu'il dit.
Les jambes croisées sur sa chaise, Kerviel, vêtu d'un costume sombre et d'une chemise de financier bleue à col blanc, échange des petits mots avec ses défenseurs.
Le procureur et la partie civile renoncent à l'interroger. Metzner s'approche pour l'interroger sur les limites qu'il est possible de fixer sur le poste de travail de Kerviel
"Il y avait un outil perfectionné en la matière ?
- oui.
- d'accord, dit Metzner en se rasseyant.
Le président interroge le témoin.
"Kerviel pouvait-il paramétrer lui-même ses limites ?
- A priori, je doute que Kerviel ait pu paramétrer lui-même les limites car il fallait un fichier spécifique.
- qui donnait les clés ? demande Metzner.
- c'est une bonne question.
- je vous en remercie !
Tout en surveillant le président du coin de l'?il, Kerviel laisse échapper un petit sourire.
Il apparaît que Kerviel ne pouvait normalement pas paramétrer lui-même ses limites, dont la défense a montré la veille qu'elles étaient fixées à zéro concernant le cumul des engagements en nominal, ce qui signifie qu'aucun plafond n'était fixé.

12h00. Des dépassements jusqu'à 50 milliards d'euros.

À lire également

  • Le compte-rendu de la troisième journée d'audience
  • Le compte-rendu de la deuxième journée d'audience
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  • Affaire Kerviel: deux responsables d'Eurex pointent les défaillances de la Société Générale

La banque fait projeter un document qui montre la limite de risque de 125 millions d'euros et les dépassements connus du desk Delta One sur un graphique dont l'échelle va jusqu'à 50 milliards, soit le niveau des engagements de Kerviel. L'objectif est de montrer qu'à l'échelle des risques pris par Kerviel, les dépassements connus sont « totalement écrasés », au sens où on ne les distingue même plus.
Le président lève l'audience. Elle reprendra la semaine prochaine avec deux journées pleines lundi et mardi.

latribune.fr

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