Jérôme Kerviel contre la Société Générale : suivez le procès minute par minute

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Deuxième jour d'audience pour le procès de Jérôme Kerviel contre la Société Générale, qui a commencé ce mardi 8 juin. Suivez les débats minute par minute avec notre envoyé spécial Benjamin Jullien. "Il mourra en étant le trader qui a perdu le plus d'argent au monde" a lancé à Jérôme Kerviel l'ancien patron des activités de marché de la banque, Jean-Pierre Mustier.

13h40  L'audience reprend, il faut chaud, Jérôme Kerviel en chemise de banquier mais sans cravate.

L'audience reprend pour ce deuxième jour du procès. Jérôme Kerviel est assis sur sa chaise devant ses avocats, arborant la chemise typique du banquier, rose à col blanc, mais sans cravate, sans doute pour mieux supporter la chaleur lourde qui règne déjà dans la petite salle des Criées du Palais de justice.

Le premier témoin du jour est Jean-François Lepetit. Mi-homme de marchés, mi-commis de l'Etat, il a débuté sa carrière dans la salle des marchés d'Indosuez. Il a notamment présidé la Cob (Commission des opérations de Bourse), ancien gendarme de la Bourse, qu'il a fusionné avec le Conseil des marchés financiers pour créer l'AMF, l'autorité des marchés financiers. Il a ensuite été rappelé par Bercy pour présider le Conseil national de la comptabilité, et récemment chargé d'une mission sur la régulation du risque systémique. Un vrai expert du fonctionnement interne des marchés et des acteurs qui y évoluent, donc.

Il commence son exposé en rappelant qu'une salle des marchés peut pratiquer trois grand types d'activité: le trading (prise de positions) pour le compte de clients, l'arbitrage (qui permet d'exploiter de petites imperfections de marché pour gagner peu, mais pratiquement à coup sûr) et enfin le fameux "trading pour compte propre", qu'Obama souhaite interdire aux banques américaines, et qui consiste à faire des paris sur la hausse ou la baisse de tel ou tel actif, d'où le terme de "position directionnelle".

13h55 Le témoignage de l'"homme des marchés".

Me Jean Veil, principal avocat de la Société Générale, cite un excès du livre de M. Lepetit, intitulé "Homme des marchés", qui explique que les salles des marchés sont naturellement plus portées sur l'activité pour compte de client et l'arbitrage. Il ajoute qu'il s'est demandé, en prenant connaissance de l'affaire Kerviel, comment le prévenu avait pu passer d'une activité d'arbitrage à des prises de position directionnelles.

Jean Veil interroge ensuite Jean-François Lepetit sur le comportement typique d'une banque qui découvre qu'un de ses traders a pris des positions dépassant les limites de son mandat. Il répond qu'il était "vital que les positions soient coupées le plus vite possible" et que l'AMF a pris la seule décision possible en maintenant le secret le temps que la banque déboucle les positions. Il ajoute : "les traders qui ont pris des positions hors limite et qui sont découverts par leur banque disent toujours que les pertes auraient été inférieures si l'on n'avait pas débouclé, mais une banque ne peut conserver un risque qu'elle n'a pas décidé de prendre".

Il explique que pour une banque, le fait que les positions hors mandat soient gagnantes ou perdantes ne change rien au fait que le trader concerné est fautif.

Il compare ensuite Kerviel à un "funambule dans un champ de tir", expliquant que contrairement à ce Kerviel affirme, il n'était sans doute pas si facile pour ses supérieurs ou les contrôleurs de prendre conscience de ce qu'il était en train de faire : "dans une salle des marchés, il y a des millions d'opérations, des erreurs tout le temps, et la première réaction des services de contrôle n'est pas de penser à une fraude, mais de chercher à expliquer les écarts constatés pour les corriger".

14h1. Accrochage entre les deux ténors du barreau.

Nouvel accrochage entre Jean Veil et Olivier Metzner, qui interroge à son tour Jean-François Lepetit, mais est interrompu par son confrère :

- M. Veil accepte-t-il que d'autres que lui posent des questions au témoin ?

- à conditions qu'elles soient claires

- ma question est très claire

- pas du tout !

- ce n'est pas parce que vous ne la comprenez pas qu'elle n'est pas claire ! tonne Olivier Metzner.

14h25. Un gros gain.

Me Metzner interroge ensuite Lepetit sur le gain de 1,4 milliard engrangé par Kerviel.

Lepetit répond : "j'ai écrit dans mon livre : le jour ou un gain exceptionnel arrive dans une salle des marchés, j'appelle l'inspection".

Me Metzner enchaîne sur le gain de 55 millions déclaré par Kerviel fin 2007.

"Avez-vous déjà vu un arbitragiste réaliser un tel résultat ?"

- c'est gros

- colossal ?

- je n'ai pas dit ça, mais c'est gros.

Il fait ensuite dire à Lepetit qu'il aurait été logique pour la banque d'interroger Kerviel pour comprendre comment il avait pu réaliser un tel résultat. Lepetit acquiesce, mais souligne que tout dépend de l'activité exacte et des limites affectées au trader.

14h35. "Vous ne voulez pas répondre".

A chaque fois que Me Metzner interroge Lepetit sur ce qu'il aurait fait à la place de la SocGen, celui-ci décline en expliquant qu'il ne connaît pas assez le fond du dossier.

"Vous ne voulez pas répondre, je vous en remercie", s'exclame Me Metzner.

Interrogé par l'un des deux magistrats assesseurs sur le caractère "courant" ou non des opérations fictives, Lepetit répond : "dans mon esprit, il n'y a aucune raison d'accepter une position fictive ou dissimulée. En quarante ans de carrière, je n'ai vu cette pratique qu'un fois. Mais sur des milliers d'employés, il y aura forcément de temps en temps un trader qui fait des bêtises".

Me Metzner l'interroge ensuite :

"Est-il normal qu'il n'y ait aucun appel de marge sur une opération de 18 milliards pendant trois semaines ?

- si c'est une opération en suspens...

- pendant trois semaines ? Alors que la banque est en risque sur l'intégralité de la position ?

- encore une fois, la première réaction d'une banque n'est pas de se dire qu'il y a une fraude".

Me Metzner rappelle alors que la banque a reçu 74 alertes, et demande à Lepetit s'il est normal de ne pas réagir, mais Lepetit refuse de répondre, convenant simplement qu'il y a eu "un problème de contrôle".

15h01. Clin d'oeil.

Clin d'oeil entre les deux ténors, qui sont à tu et à toi, ce qui contraste avec le caractère souvent acerbe de leurs échanges. A Me Metzner, qui vient de dire au président qu'il était "représenté" pendant qu'il était sorti de la salle d'audience, Jean Veil envoie : "tu n'es pas représentable. Tu es présentable, mais pas représentable".

15h03. Quinzième arbitragiste.

Revenant sur le profit déclaré par Kerviel fin 2007, Me Veil souligne que le vrai chiffre n'était pas 55 millions mais 43 millions, ce qui plaçait Kerviel en quinzième position parmi les arbitragistes. Il demande ensuite à Lepetit si ce résultat aurait dû attirer l'attention de la banque compte tenu de l'activité de Kerviel, et Lepetit, après avoir précisé qu'il n'avait pas bien compris la question la première fois, répond que non. Lepetit a fini sa déposition, Kerviel est rappelé à la barre.

15h08. Kerviel en "market maker"

Kerviel reprend sa position à la barre, debout, jambes un peu écartées. Ses mains, d'abord jointes devant la ceinture, s'ouvrent de plus en plus souvent vers le président à mesure qu'il explique son activité, tendant l'index pour souligner les points importants. Il précise que de 2005 à 2008, il était "market maker" sur le marché des "turbo warrants", des options d'achat dont la valeur correspond à la différence entre leur prix d'exercice et le prix de l'actif sous-jacent. Le président l'interroge ensuite sur le fonctionnement de ces produits. Il multiplie les termes techniques. A sa droite, le public roule des yeux ronds en signe d'incompréhension.

15h21. Stratégie payante de trading.

Kerviel explique ensuite une stratégie de "trading" qu'il a développée en 2007. Il répète qu'il conteste les déclarations de la banque selon lesquelles il faisait de l'arbitrage. Cette activité consiste en effet à prendre des positions en sens inverse exactement équivalentes, mais avec un écart de prix, ce qui permet de gagner sans risque. Au contraire, Kerviel explique que sa stratégie perdait de l'argent au moment de la prise de position, dans l'espoir dans gagner plus lors du débouclage. Il explique que ses supérieurs, se rendant compte que cette stratégie gagnait beaucoup d'argent, l'ont encouragé développer cette stratégie. Le ministère public lui fait alors préciser que les positions "de plus en plus importantes" que lui demandaient de prendre ses supérieurs se chiffraient "en centaines de millions et pas en milliards".

Kerviel raconte ensuite que, presque chaque matin, il avait dans sa boite d'e-mails un message lui indiquant qu'il y avait un dépassement dans ses positions. Il explique que dans ce cas il a souvent confirmé le dépassement en indiquant que c'était volontaire. C'est en ce sens qu'il jugeait ses limites "poreuses" : "on n'a jamais été embêté pour des questions de dépassement", assure-t-il.

15h40. Au-delà des limites.

Kerviel reconnaît qu'il "existait bien" une limite de risque de 125 millions d'euros fixée collectivement au "desk" Delta One dans lequel il travaillait. Le président rappelle alors que d'avril à décembre 2007, le taux de dépassement a varié de 20% à 50%. Le président interroge alors Kerviel sur la répartition de cette limite entre les huit traders du "desk", et Kerviel affirme que la répartition n'était pas précisée, et que les traders n'étaient informés du dépassement que par e-mail le lendemain matin. Derrière lui, Claire Dumas, qui représente la banque, lève les yeux aux ciels, l'air exaspéré.

15h50. Rappel au code de bonne conduite.

Le président interroge Kerviel sur ses pratiques irrégulières :

- Tout à l'heure vous faisiez référence au "spiel", c'est-à-dire aux positions directionnelles que vous avez prises. Faisaient-elles partie de votre mission ?

- non

- alors pourquoi l'avez-vous fait ?

- cela faisait partie de la stratégie que j'ai développée, je l'ai fait au vu et au su de tous, et notamment du supérieur qui m'a encouragé à développer cette stratégie

- avez-vous déclaré ces prises de position à vos supérieurs ?

- non, car ce n'était pas la coutume, du moins par sur mon desk.

Le président lit ensuite des extraits d'un code de bonne conduite des traders de la Société Générale, et fait dire à Kerviel qu'il n'a pas toujours respecté les principes évoqués.

16h05. Un "spiel" en plein attentats de Londres en 2005.

Le président revient sur l'épisode des attentats dans le métro de Londres en 2005.

Kerviel : on a appris qu'il y avait une coupure d'électricité dans le métro londonien et que le marché chutait. Alain Declerck, dont j'étais alors l'assistant trader, a pris un "spiel" à la hausse, mais peu après on a appris qu'il s'agit d'un attentat, le marché a accéléré sa baisse et la position de Declerck a perdu beaucoup d'argent. Je lui ai alors proposé alors de le "couvrir" (compenser ses pertes) avec mes propres gains, car j'avais parié sur la baisse d'Allianz au cours des jours précédents (et l'attentat a fait chuter le cours de l'assureur).

- Comment as-tu réalisé ce gain ?, lui a demandé Declerck.

- J'ai pris un spiel, affirme avoir répondu Kerviel.

16h16. Pertes latentes.

Le président interroge Kerviel sur ses positions directionnelles dissimulées par des couvertures fictives, et cite les déclarations de Declerck, qui a dit pendant l'instruction qu'il était essentiel que la banque soit consciente des risques pris.

"Ce que je tiens à dire, c'est que je n'ai pas inventé ces pratiques, ce sont des pratiques qui existaient dans la banque", martèle Kerviel

Le président lui demande alors pourquoi il dissimulait ses positions s'il était si confiant dans sa stratégie. Il répond qu'il n'en a pas parlé "directement" à ses supérieurs, mais que ses opérations laissées "en suspens" restaient dans la "base tampon", dont le contenu était censé être contrôlé chaque jour. Le président veut lui faire dire que ses opérations n'étaient qu'une infime partie des opérations présentes dans cette base

- absolument pas, cette base ne contenait que les opérations en suspens (donc il n'y en avait pas tant que cela).

Le président enchaîne alors sur le fait que Kerviel s'est abstenu de parler à ses supérieurs des pertes latentes de 2,5 milliards qu'il affichait en juin 2007.

Kerviel répond qu'il y avait des "appels de marge" (demandes de versement pour couvrir la position) quotidiens sur cette perte latente. Il explique avoir couvert une partie de la somme par un emprunt d'un milliard auprès de la banque. Il affirme que son N+2, informé de cet emprunt, lui a alors seulement demandé pour combien de temps il le faisait, sans s'émouvoir plus que ça, alors que les positions prises étaient sans lien avec sa mission de "market maker".

16h56. "Les difficultés de votre frère..."

Me Jean Veil revient sur le fait que Kerviel s'est mis à prendre de grosses positions en mars 2007, au moment où son frère Olivier, qui travaillait dans une banque, était en délicatesse avec sa hiérarchie, qui le soupçonnait d'être en train de détourner des fonds. Kerviel attaque l'avocat en qualifiant ses insinuations d'"odieuses", comme la veille lorsque Jean Veil s'était interrogé sur un éventuel lien entre les agissements de Kerviel et la disparition de son père.

"Puisque je suis un personnage ignoble, je vais continuer, répond Jean Veil. Avez-vous su les difficultés de votre frère à ce moment là ?

- absolument pas".

Jean Veil lui demande alors s'il ne trouve pas que le dossier de son frère ressemble au sien. Brouhaha dans la salle. Kerviel répond qu'il est là pour parler de son dossier, pas de celui de son frère. Metzner intervient à la volée : "et saviez-vous qu'alors, votre employeur, la Société Générale, était poursuivi pour un détournement de plusieurs milliards ?"

(une référence à l'affaire Sentier 2, dans laquelle la banque et son PDG de l'époque, Daniel Bouton, ont finalement été blanchis).

17h05. Montant stratosphérique.

Le procureur Aldebert interroge Kerviel : "Est-ce qu'à un moment quelqu'un dans la banque vous a dit de prendre des positions directionnelles ?

- Oui.

- Y compris pour les opérations dont M. Lepetit a qualifié le montant de "stratosphérique" ?

- non, mais elles étaient visibles de tous."

Kerviel explique alors que le fait de n'avoir pas contrôlé ces positions est une des raisons pour lesquelles ses supérieurs ont été licenciés, comme en témoigne leur lettre de licenciement.

Le procureur reprend en affirmant que Kerviel était le seul de son équipe à dépasser les limites.

- "Cela je ne peux pas vous le laisser dire, c'est complètement faux, se rebelle Kerviel. Quand nous dépassions la limite collective, je n'étais pas le seul à en être responsable".

Un peu plus tard, Kerviel : "Est-ce que je suis allé trop loin ? Oui."

- "Vous avez donc dépassé votre mandat ?"

Metzner corrige : "allé trop loin, pas dépassé".

La défense tente en effet de faire passer l'idée que Kerviel n'avait pas de mandat personnel et que les limites imposées à l'équipe étaient "poreuses".

17h15. Une nuée de caméras fixe le même point.

Suspension d'audience avant le clou de la journée, l'audition de Jean-Pierre Mustier, ancien patron de la banque de financement et d'investissement de la Société Générale, cité par la banque et par le parquet. Dans les couloirs du palais, les deux avocats vedettes, Jean Veil (SocGen) et Olivier Metzner (Kerviel), répondent aux questions des journalistes. Pendant ce temps, sur les marches du palais, une nuée de caméras fixe le même point. Derrière quatre gendarmes, c'est Jérôme Kerviel qui fume une cigarette.

17h37. Une information accessible à 1300 personnes.

Reprise de l'audience. Me Olivier Metzner interroge Kerviel, avec l'intention de montrer que le départ début 2007 d'Alain Declerck, dont Kerviel était l'assistant trader, n'est pas à l'origine de sa décision de prendre des positions directionnelles, interdites.

"Est-ce sous l'autorité d'Alain Declerck que vous avez passé vos premiers ordres directionnels ?

- oui.

- cela veut dire que pendant trois ans, vous avez pris des positions directionnelles alors que cela vous était interdit ?

- oui.

- et vous a-t-on demandé des explications ?

- non.

-aviez-vous le sentiment qu'on vous laissait faire ?

- oui.

- vos supérieurs pouvaient-ils voir vos opérations ?

- oui, en trente secondes.

- y compris celles qui étaient en suspens ?

- oui.

- et pouvaient-ils les classer par ordre de grandeur ?

- oui.

- combien de personnes avaient accès à cette information ?

- 1.300 personnes.

- à quoi servait votre N+1, s'il ne consultait pas l'information disponible sur les opérations de ses traders ?

- on peut se le demander.

- toute votre hiérarchie, en avril 2007, connaissait donc vos positions ?

- oui.

- et vous ont-ils demandé d'arrêter ?

- non, on m'a demandé de me "démerder" pour régler le problème de valorisation que cela créait."

17h50. Une pièce essentielle du dossier... envoyée à New York

Me Metzner, en interrogeant Kerviel, lui fait dire que ses opérations en suspens (sans contrepartie désignée) sont restées jusqu?à trois semaines dans la banque, sans que celle-ci ne cherche à savoir qui est la contrepartie. Il souligne qu?il s?agit d?une obligation légale dans le cadre des règles anti-blanchiment. Dans une nouvelle allusion à l?affaire Sentier 2, il en profite pour souligner que la Société Générale a été mise en cause pour des négligences dans la connaissance de ses clients (procédure dite "know your customer" (KYC), c'est-à-dire "connaître son client").

Sur la question des limites, Kerviel affirme que les limites nominales fixées à son automate ont été désactivées.

Me Jean Veil veut faire réagir Claire Dumas (qui représente la banque), mais Metzner s?y oppose, voulant continuer à interroger Kerviel sur la question des limites : "elle a déjà fait l?instruction, elle ne vas pas aussi faire le procès", cingle-t-il.

Le président donne la parole à Claire Dumas, qui revient sur quatre points.

Sur les limites formalisées, dont Kerviel nie l?existence : c?est faux, il y a des limites écrites pour chaque groupe de traders. C?est une pratique qui était courante dans les banques d?investissement, même si elle est en train d?évoluer.

Sur la capacité des managers à identifier les opérations frauduleuses : il est certes possible de voir les opérations frauduleuses, à question de savoir ce que l?on cherche. Elle explique que les managers ne pouvaient suivre chaque opération de chacun des traders sous leur autorité.

Elle explique qu?en 2007, les achats-ventes d?actions ont varié entre 7.000 et 28.000 opérations par mois. Metzner l?interrompt : "plutôt que de parler de chiffres abstraits, apportez-nous la base tampon, qui a été transférée à New-York".

Sans se démonter, Claire Dumas affirme que le volume des opérations empêchait les managers de tout voir.

"Et lorsque la banque a reçu 74 alertes, n?aurait-il pas été logique d?aller chercher dans la base les opérations de Jérôme Kerviel ?

- je précise que les 74 alertes n?ont été rassemblées qu?après la découverte de la fraude, mais elles avaient été reçues par différents services de la banque, localisés dans des tours différentes et qui ne communiquaient pas forcément entre eux. De plus, ces alertes apparaissaient simplement comme des incidents qui appelaient explication.

Quant à l?e-mail évoquant des "opérations fictives" sur le périmètre de Kerviel, elle affirme que ce terme était utilisé de façon abusive pour désigner des opérations "techniques" servant à corriger des anomalies. Metzner s?insurge contre cette nuance surprenante.

Claire Dumas semble déstabilisée : "je ne voudrais pas admettre que je perds mes moyens, je vais me ressaisir?mais non, on va dire que j?ai fini", avant de résumer brièvement ses propos.

Me Metzner résume à sa façon : "on apprend qu?une alerte n?en est pas une, qu?une opération fictive n?est que "technique", et qu?on a envoyé à New-York une pièce essentielle du dossier", avant d?intimer à la partie civile de produire cette pièce dès le lendemain.

 

18h25. "Il mourra en étant le trader qui a perdu le plus d'argent au monde".

"Jérôme Kerviel ce n'est pas le Robin des Bois. C'est le trader qui a perdu le plus d'argent au monde. Il mourra en étant le trader qui a perdu le plus d'argent au monde", dit Jean-Pierre Mustier, ancien patron des activités de marché de la SocGen, cité comme témoin. "On ne prend pas de telles positions pour qui ce soit. 50 milliards d'euros, c'est quelque chose d'inouï, d'énorme, d'inhumain", explique-t-il, écartant l'argument selon lequel la SocGen connaissait les positions de Jérome Kerviel. "Vous m'avez menti. Vous m'avez menti tout le temps", lance Jean-Pierre Mustier à Jérôme Kerviel. "Aux Etats-Unis, on parlerait de risques criminels..."

(Fin de notre compte-rendu, découvrez le récit complet de cette deuxième journée d'audience dans la Tribune de ce jeudi 10 juin).

A noter que Jean-Pierre Mustier a déclaré en marge de l'audience que le comité des sanctions de l'AMF allait recommander demain jeudi sa mise hors de cause au sujet des soupçons de délit d'initié le visant. Il avait démissionné de la Société générale après avoir été mis en cause pour délit d'initié par l'AMF.

Revivez le premier jour de ce procès hors-normes comme si vous y étiez

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