Affaire Icesave : après trois ans de feuilleton financier, le "happy end" en vue

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Une décision de justice pourrait enfin déclencher le remboursement des 300.000 clients étrangers de la banque islandaise Icesave, et ainsi résoudre un différend majeur entre le Royaume Uni, les Pays-Bas, et l'Islande.

C'est un véritable feuilleton qui pourrait se terminer avec les dernières informations provenant de Reykjavik. Après la validation par la Cour suprême des mesures d'urgences prises en 2008 par le gouvernement islandais, c'est la dernière barrière au remboursement des 340.000 clients européens de la banque en ligne Icesave qui vient de se lever.

"Grâce à cette décision, il est clair que tous les déposants, quelque soit leur nationalité, leur lieu de résidence, la nature ou le montant de leur épargne, tous recupèreront en intégralité leur argent", a déclaré le ministre des finances islandais, Arni Pall Arnason, ajoutant que les remboursements devraient débuter dans les semaines prochaines".

Le FSCS, fonds de protection des déposants britannique, devrait être remboursé en premier, tandis que les épargnants hollandais, dont les dépôts étaient couverts jusqu'à 100.000 euros par la banque centrale néerlandaise (DNB), seront pleinement remboursés, après la résolution de quelques "difficultés techniques", a précisé le ministre islandais. Les versements devraient atteindre des sommes importantes, au moins 1,6 milliard d'euros rien que pour les déposants néerlandais, à indiqué la DNB.

Selon Landsbanki, maison mère de Icesave, ses actifs ont été évalués à plus de 7,5 milliards d'euros au 1er septembre 2011, et 40% des réclamations des clients étrangers seraient actuellement disponibles en "cash" dans ses comptes, le reste devant être versé au fur et à mesure que la banque liquide ses actifs.

L'affaire Icesave

Avant sa faillite en 2008, la banque en ligne Icesave opérait principalement en Europe via ses branches britanniques et néerlandaises. Mais, emportée en 2008 par la crise des "subprimes", celle-ci dut cesser ses activités en octobre 2008. C'est alors que, pour ne rien arranger, le gouvernement islandais gela les actifs de la banque et laissa planer le doute auprès de ses homologues britanniques et néerlandais quant à sa volonté et sa capacité de rembourser les déposants. Dans le contexte de l'époque, marqué par la mise en faillite quelques jours plus tôt de Lehman Brothers et la panique qui s'en est suivie, Londres et Amsterdam décidèrent alors de rassurer immédiatement les épargnants. Pour cela, les deux pays décidèrent alors de rembourser leurs ressortissants clients de Icesave via leur propre fonds de garantie des dépôts... Avant bien sûr de se retourner vers le gouvernement islandais afin d'exiger la restitution des sommes débloquées.

Pressions sur le gouvernement islandais

S'en suivirent alors de nombreuses péripéties, allant de l'utilisation de la loi anti-terroriste par le gouvernement britannique afin de geler les actifs des branches britanniques de Icesave, aux menaces du FMI de ne pas verser une tranche de prêt lié au plan de sauvetage financier de l'île nordique, jusqu'au chantage de certains dirigeants européens de faire barrage à l'entrée de l'Islande dans l'Union européenne si l'Islande ne remboursait pas. Mais c'était sans compter la pugnacité du peuple islandais, qui refusa  à deux reprises les plans de remboursement négociés entre le gouvernement islandais et leurs homologues britanniques et hollandais.

Après le second rejet du plan de remboursement par référendum, nombreux sont ceux qui avaient alors pensé que les Islandais ne paieraient pas, mais c'est en vérité un peu plus complexe. Les plans de remboursements en question visaient à reconnaitre une dette de l'Etat islandais d'environ 4 à 5 milliards d'euros envers les Pays-Bas et le Royaume-Uni, assorti d'un échéancier de remboursement d'une quinzaine d'années. Or, la logique des choses aurait plutot voulu que la maison mère de la banque Icesave, Landsbanki, rembourse par elle même les clients de sa filiale, via la cession de ses actifs. D'autant que Landsbanki avait toujours dit qu'elle serait en mesure de le faire, moyennant un certain délai.

Les investisseurs contre-attaquent

En septembre dernier, Landsbanki a d'ailleurs confirmé sa capacité à rembourser au moins partiellement les clients européens de son ancienne filiale Icesave. Mais un dernier obstacle devait être levé : la plainte de 64 investisseurs contre le parlement islandais qui, après avoir nationalisé les trois banques de l'île, avait fait passer des lois en urgence afin que les épargnants soient remboursés en priorité face aux créanciers obligataires ou actionnaires afin de protéger son économie nationale.

En confirmant ces décisions le 28 octobre dernier, la cour suprème islandaise a infligé un sévère coup dur aux hedge funds, fonds de pension, banques et compagnies d'assurances qui avaient assigné l'Islande en justice.

"Compte tenu du risque pour l'économie, le parlement n'avait pas seulement l'autorisation de le faire, mais était constitutionnellement obligé de protéger l'intérêt général", affirme l'arrêt de la cour islandaise, qui ajoute que le parlement n'a pas outrepassé son autorité.

C'est donc finalement un dénouement logique qui est en train de se dérouler : une sortie de crise dans laquelle des investisseurs qui prennent des risques en espérant obtenir des gains subissent parfois des pertes, tandis que les déposants, à qui l'on promet des dépôts garantis, récupèrent leurs mises.

 Voilà un "happy end" un peu trop rare dans le monde de la finance.

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Commentaires
a écrit le 03/11/2011 à 4:11 :
Vive la démocratie!
Une preuve de plus s'il en était que lorsque les peuples s'expriment "mal", il convient d'utiliser tous les artifices pour les remettre dans le droit chemin, et que si cela n'est pas possible, on les ignore.
Le plus choquant dans cette affaire est qu'on présente cette décision comme juste. Elle ne l'est pas. Ou conforme au capitalisme ou au libéralisme. Ce n'est pas le cas non plus. Si les pertes ne sont plus assumées mais prises systématiquement en charge, le risque ne doit plus être rémunéré non plus.
Il serait temps que les peuples européens, mais pas seulement, réalisent qu'ils ont mis en place un système qui permet à leurs représentants de se défaire de leurs obligations vis à vis d'eux. Nous élisons des responsables politiques, mais ceux-ci une fois élus ne se considèrent plus tenus par les termes de leur mandat. Et encore, doivent-ils se présenter aux électeurs. La situation est bien pire concernant les bureaucrates non élus, souvent les véritables initiateurs et en tout cas rédacteurs des textes et directives qui nous gouvernent.
a écrit le 01/11/2011 à 13:26 :
C'est quand même la moindre des choses que ceux qui ont pris des risques assument ces risques. Et que les contribuables ne paient pas pour les risques et les erreurs des autres. Un exemple trop rare, en effet.
a écrit le 01/11/2011 à 12:57 :
pitoyable et couru d'avance: "utilisation de la loi anti-terroriste par le gouvernement britannique"
a écrit le 01/11/2011 à 12:56 :
Quel beau pays. "investisseurs qui prennent des risques en espérant obtenir des gains subissent parfois des pertes" amen.

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