Crédit Agricole, BNP Paribas..., les banques misent sur la biométrie pour assurer l’avenir des cartes bancaires

Après BNP Paribas, c’est au tour de Crédit Agricole de se lancer dans la commercialisation, à la rentrée prochaine, d’une carte bancaire à capteur d’empreinte digitale. L’intégration des technologies de biométrie permet de réaliser des paiements sans contact de plus de 50 euros, sans taper le code PIN sur un terminal de paiement. Les banques entendent profiter de l’emballement du paiement sans contact pour proposer un nouveau mode d’authentification, lui-même popularisé par les smartphones. Une façon aussi de générer plus de chiffre d’affaires et de répondre aux appétits des Gafa dans le paiement mobile.

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La carte biométrique permet de réaliser en magasin des paiements sans contact de plus de 50 euros.
La carte biométrique permet de réaliser en magasin des paiements sans contact de plus de 50 euros. (Crédits : BNP Paribas)

A l'heure où MasterCard vient d'annoncer la fin progressive de la piste magnétique sur ses cartes, après plus de cinquante ans de bons et loyaux services, les principaux schemes (réseaux d'acceptation) et les banques misent désormais sur la biométrie pour assurer une meilleure sécurité et fluidité des transactions par carte bancaire.

« Toutes les grandes banques dans le monde se lancent dans les cartes biométriques. Nous sommes dans un changement massif, à l'image de ce que l'on observe pour les smartphones », constate Roger Carriço, responsable des paiements chez Fingerprints, leader mondial des capteurs biométriques intégrés aux smartphones.

L'idée est de remplacer le code PIN de la carte à puce par une identification biométrique via un capteur d'empreinte digitale, intégré dans le support plastique de la carte. Cette technologie présente un avantage clé : elle ne suscite aucune modification dans la chaîne de traitement du paiement et elle est compatible avec tous les terminaux de paiement qui acceptent le « sans contact ».

Fluidifier au maximum les paiements

Les avantages promis au porteur de carte et au commerce sont multiples : accélérer les paiements aux caisses, permettre des achats « sans contact » au-delà du plafond européen des 50 euros, renforcer le sentiment de sécurité du paiement sans contact (même si les banques s'engagent à rembourser les paiements sans contact frauduleux).

« Il existe une forte demande de sécurité de la part des consommateurs, notamment pour les transactions sans contact », souligne Roger Carriço. Pourtant, ce sentiment d'insécurité n'est guère justifié : le taux de fraude du paiement sans contact a touché un plus bas historique en 2020 (à 0,013%) malgré l'explosion de ce mode de paiement (46% des paiements par carte), selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP).

La biométrie relancée par la crise sanitaire

La biométrie n'est pas une technologie nouvelle. Les premières expérimentations dans le paiement remontent aux années 2013-2014, notamment avec l'initiative de MasterCard avec le norvégien Zwipe. Mais jusqu'ici, les risques, notamment en matière de protection des données, et les coûts de fabrication induits ont rebuté bien des banques, d'autant que l'avantage utilisateur n'était pas évident. Il aura fallu la révolution de la lecture d'empreinte introduite par Apple sur l'iPhone (ID Touch) en 2015, mais surtout la popularité croissante du paiement sans contact à l'aune de la crise sanitaire, pour inciter les banques à se lancer dans la carte biométrique.

En France, pays où le paiement sans contact est le plus répandu en Europe (avec le Royaume-Uni), BNP Paribas a ouvert le bal l'an dernier, avant une commercialisation sur l'ensemble du réseau au premier semestre 2021, en proposant à la clientèle premium une carte Visa Premier biométrique.

Cette option est payante, à raison de 24 euros par an, « compte tenu du coût des innovations qu'il a fallu intégrer », précise un porte-parole de la banque. « Le lancement se déroule très bien, comme prévu. Cette offre répond à une attente de nos clients, notamment dans un contexte de crise sanitaire où les tendances du sans contact se sont accélérées », précise cette même source.

Crédit Agricole se lance à la rentrée

A la rentrée, Crédit Agricole devrait lui emboîter le pas dans un grand nombre de caisses régionales. La carte biométrique a été testée depuis juin 2019 dans la caisse régionale de Touraine et de Poitou et les résultats se sont avérés suffisamment concluants pour un lancement à grande échelle. Ce service, grâce auquel les clients pourront payer avec une authentification dès le premier centime d'euro, sera également facturé autour de 24 euros par an.

En revanche, Société Générale, qui mène différents pilotes depuis l'automne 2018, « au premier centime d'euro », estime que les « conditions ne sont pas réunies aujourd'hui pour une commercialisation à grande échelle », selon une porte-parole du groupe, en raison notamment du coût des technologies. « La seconde génération de produits nous semble en revanche très prometteuse en termes de fonctionnalités, de performances et de tarifs », poursuit la porte-parole.

Les hésitations de la banque sont d'autant plus grandes que le succès de la carte à cryptogramme dynamique (lancée en 2017 à 12 euros par an), qui remplit peu ou prou les mêmes objectifs de la carte biométrique pour les achats en ligne, a été au rendez-vous, avec 1,4 million de cartes crypto vendues depuis quatre ans (avec une croissance de 15 % l'an). Ces cartes cryptos ont cependant moins rencontré leur public dans le réseau BNP Paribas, avec environ 400.000 unités commercialisées.

« Les cartes cryptos dynamiques comme les cartes biométriques témoignent de la capacité des banques à créer des services autour de la carte bancaire, qui reste un lien privilégié entre la banque et son client. Cela permet de justifier encore davantage le prix du service, en y ajoutant des fonctionnalités », avance Frédéric Bois, consultant chez Sémaphore Conseil.

Répondre aux Gafa

L'intérêt des banques pour ce nouveau type de carte est clair : générer du chiffre d'affaires supplémentaires; c'est la priorité du moment pour les réseaux en quête de rentabilité, alors que les taux d'intérêt restent durablement bas, comprimant d'autant la marge d'intermédiation, principale recette de la banque de détail.

La carte biométrique peut être également une réponse des banques face à l'offensive des Gafa, en particulier Apple, dans le paiement mobile, qui commence réellement à décoller, mais aussi dans les cartes avec les initiatives d'Apple (Apple Card) ou encore Google (Plex Card). Au final, il n'y a guère de différence entre un paiement sans contact par carte biométrique ou par un smartphone.

C'est peut-être là le principal écueil des futures cartes biométriques : le consommateur sera-t-il prêt à payer un coût supplémentaire pour un paiement sans contact en magasin alors que le smartphone représente une alternative gratuite et donc plus intéressante ? L'échec relatif du virement instantané payant (à 1 euro) montre les limites de l'exercice. Mais, a priori, BNP Paribas et Crédit Agricole semblent convaincus du contraire, au nom de la sécurité et de l'hygiène.

Roger Carriço est également convaincu du potentiel de la carte biométrique qui représente, selon lui, le futur de la carte. « Il n'existe pas de conflit entre les différentes technologies. Les études montrent que les utilisateurs adoptent plusieurs technologies en même temps, selon les circonstances. Mais la carte bancaire reste, à une écrasante majorité, le moyen de paiement jugé le plus sûr par les clients ». Le mouvement serait donc lancé, et ce partout dans le monde. BBVA Mexique ne vient-elle pas de proposer à l'ensemble de ses 20 millions de clients une carte biométrique ?

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Commentaires 4
à écrit le 25/08/2021 à 10:28
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et le jour ou il y aura une fuite de donnees, vos donnees biometriques seront dans la nature et pourront etre copiees. C est pas comme un mot de passe qui prend 1 seconde a change. comment changer ses empreintes digitales ?

le 25/08/2021 à 14:02
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L'enjeu n'est pas la sécurité, mais le contrôle et la surveillance des populations. Ça s'appelle l'initiative ID2020 ou encore CAP 2022, c'est public et disponible le sur le web, et absolument pas complotiste. Ce sont les outils du great reset de Sch...

à écrit le 25/08/2021 à 9:48
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C'est n'importe quoi, sécurité et commerce ne font pas bon ménage enfin pour le citoyen bien sûr.

à écrit le 24/08/2021 à 19:21
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A quand la puce RFID sous-cutanée intégrant une empreinte du génotype du porteur? Ce serait nettement plus fiable qu'une étoile jaune ou QR code...

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