La Banque Postale veut liquider ses 1,2 milliard d'actifs liés aux énergies fossiles

La banque publique française a annoncé vouloir couper ses financements et investissements liés aux énergies fossiles d'ici 2030. Les entreprises qui ont entamé une transition "crédible" et "publique" pourront continuer à bénéficier des services financiers de la Banque Postale. Toutefois, les activités d'assurance et de gestion d'actifs sont pour le moment exclues de l'ambition de sortir du pétrole et du gaz.

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(Crédits : Mal Langsdon)

Mise à jour le 15/10/2021 à 8:31 (ajouts des réactions des ONG).

La Banque Postale va se délester de l'ensemble de ces actifs liés aux énergies fossiles  - conventionnelles et non-conventionnelles - d'ici 2030, soit 10 ans plutôt que prévu, a annoncé ce jeudi l'institution financière à capital public, filiale du groupe La Poste. En septembre 2020, la banque s'était engagée à atteindre le zéro émission nette d'ici 2040 et à ne plus être exposée aux secteurs fossiles sur ce même horizon.

Pour soutenir cette stratégie, ce sont donc 1,2 milliard d'euros d'investissements et de financements qui vont être cédés ou coupés d'ici 2030 : 500 millions d'euros dans le secteur du charbon et 700 millions d'euros dans les secteurs du pétrole et du gaz. La banque promet toutefois d'accompagner les entreprises concernées vers la transition de leur modèle.

Cette annonce concerne uniquement l'activité bancaire, et non pas la filiale Asset management (gestion d'actifs) et la filiale CNP Assurances. "Les activités
d'assurances et de gestion d'actifs pour compte de tiers sont exclues à date", peut-on lire sur un document interne. La filiale assurance a adopté cette année un plan de sortie définitive du charbon thermique d'ici 2030 dans les pays de l'Union européenne.

"Nous sommes aujourd'hui la première banque européenne et parmi les premières institutions financières au monde, à avoir une stratégie de décarbonation conforme aux ambitions de l'Accord de Paris », estime Philippe Heim, président du directoire de La Banque Postale, cité par l'AFP.

Dans un communiqué publié jeudi 14 octobre, l'ONG Reclaim finance salue "cette annonce inédite de la Banque Postale, 1er acteur financier français à traduire l'appel de la communauté scientifique et de l'AIE en mesures concrètes pour laisser les pétrole et gaz dans le sol". Alexandre Poidatz, chargé de plaidoyer Finance et Climat à Oxfam France, estime de son côté que "si toutes les banques faisaient un copier-coller de la politique de La Banque Postale, le climat serait largement épargné."

Pour rappel, les secteurs du pétrole et du gaz sont responsables de 51% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Or, les grandes banques mondiales ont augmenté les financements accordés aux producteurs d'énergies fossiles de près de 5,9 % entre 2016 et 2020, dénoncent plusieurs ONG dans une étude publiée en mars 2021 par Reclaim Finance. Loin des promesses liées à l'Accord de Paris, signé en 2015.

La majorité de la chaîne de valeur est concerné

Dans les faits, au delà de ces certains désinvestissements, il s'agit pour la banque française de supprimer l'accès à ses services bancaires et son soutien financier à la majorité des entreprises de la chaîne de valeur des énergies fossiles : les producteurs mais aussi les fabricants d'infrastructures (gazoduc, oléoduc, nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié) ou encore les projets énergétiques basés sur le pétrole ou le gaz.

Le périmètre s'étend même aux acteurs "activement impliqués dans le lobbying en faveur du pétrole ou du gaz, ou ralentissant ou bloquant les efforts en matière d'une sortie de ces secteurs d'ici 2040 pour le pétrole et pour le gaz au plus tard, conformément aux recommandations scientifiques", peut-on lire dans un document interne publié le 5 octobre.

Reconnaissance scientifique

Pour piloter sa politique de sortie des énergies fossiles, la banque publique se basera sur la liste Global Oil and Gas Exit List (Goge) de l'ONG Urgewald. Dans un message transmis à La Tribune, la Banque Postale rappelle que ces entreprises listées "représentent 90 % de la production mondiale annuelle d'hydrocarbure, 90% des projets d'expansion, 90 % des projets d'exploration, et 90 % des pipelines et nouveaux terminaux de GNL en construction.

L'institution bancaire exclura donc de ses dispositifs les entreprises présentes dans cette classification. Toutefois, pour celles inscrites dans le document mais qui se sont engagées publiquement et de façon "crédible" dans une stratégie de transition vers des énergies décarbonées, l'institution financière maintiendra ses relations commerciales.

Ces entreprises ciblées ne doivent toutefois plus développer de nouveaux projets "d'exploration gazière ou pétrolière" ni développer "de nouvel actif" dans ces secteurs. La Banque postale pourra également maintenir ses services financiers "si les projets" sont "basées exclusivement sur le développement d'énergies renouvelables, ou concernent exclusivement leur(s) filiale(s) de développement des énergies renouvelables."

Dynamique environnementale

Les financements ou investissements attribués aux entreprises présentes dans la liste "noire" seront soumis à la direction engagement et citoyenneté de la Banque Postale. Cette direction étudiera les dossiers en fonction de la stratégie de l'entreprise détaillée par actif, les ambitions de l'accord de Paris et l'engagement de la banque pour tenir sa stratégie zéro émission nette. Elle s'appuiera notamment sur la liste des entreprises ayant une stratégie de décarbonation validée par Science-Based Targets initiative (SBTi), pilotée par quatre grandes organisations internationales, le CDP (Carbon Disclosure Project), le WRI (World Resources Institute), le Pacte mondial des Nations unies (UNGC) et le Fonds mondial pour la nature (WWF).

La Banque Postale a déjà lancé plusieurs initiatives visant à lutter contre le réchauffement climatique, à l'instar du crédit consommation à impact. Par exemple, si un consommateur achète une voiture électrique ou hybride, le taux de crédit appliqué sera bonifié. Autre outil, le développement d'un indice d'impact global visant à incorporer dans l'analyses financière la mesure des impacts environnementaux, territoriaux et sociaux de l'activité en quête d'argent frais.

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Commentaires 5
à écrit le 15/10/2021 à 15:18
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C'est surtout le bon moment pour vendre les actifs de l'énergie, et en même temps ils peuvent un petit coup de greenwashing.

à écrit le 15/10/2021 à 10:27
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ayons une alternative : tourner le dos à toutes ces institutions qui se disent précurseurs de notre manière de vivre et gardons une part de liberté

à écrit le 15/10/2021 à 8:20
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Ça frise l'hysterie collective, ce truc ! Et la société à deux vitesses, où sont qui n'iraient pas dans le sens souhaité par les decideurs n'ont que la mort sociale comme unique horizon. L'Europe va finir par ressembler à l'URSS d'après guerre !

à écrit le 14/10/2021 à 18:04
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Et moi je veux acheter un cheval.

le 15/10/2021 à 11:46
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A chaque époque sa vérité. A l'apparition des automobiles, les gens s'étaient réjouis de se débarrasser de la pollution des crottins de chevaux.

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