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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Brexit : Paris face à une rude concurrence pour l'Autorité bancaire européenne

Photo de Sasha Mitchell

Sasha Mitchell

Publié le 03 octobre 2017 à 14:20 - Mis à jour le 04 octobre 2017 à 12:18

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Installée à Londres, l'Autorité bancaire européenne va quitter le Royaume-Uni avant la mise en œuvre effective du Brexit, au printemps 2019. Paris, aux côtés de sept autres villes, est sur les rangs pour accueillir ses 190 employés. Certaines candidates ont dégainé les avantages fiscaux ou en nature.

Bruxelles, Paris, Luxembourg, Francfort, Varsovie, Vienne, Prague ou bien Dublin ? Dans moins de deux mois, l'Autorité bancaire européenne (EBA), chargée de garantir le bon fonctionnement du secteur bancaire dans l'UE, saura dans quelle ville se situera sa nouvelle adresse. Actuellement à Londres, l'EBA devra quitter la tour Canada One du quartier d'affaires de Canary Wharf une fois le Brexit devenu effectif, au printemps 2019.

Si l'ABE n'emploie "que" 190 personnes, contre près de 900 pour l'Agence européenne du médicament qui doit aussi déménager, huit capitales ont posé leur candidature pour l'accueillir. Toutes examinées par la Commission européenne, qui a rendu publiques ses conclusions samedi 30 septembre. Pas de note ni de classement, mais une évaluation selon six critères permettant d'en savoir un peu plus sur les chances de chacune.

Le désir de continuité favorise la proximité géographique ?

La première exigence élémentaire, à savoir la présence de locaux suffisamment grands, est respectée par toutes les candidatures. Varsovie propose la plus petite superficie de bureaux (4.150 mètres carrés, soit la surface actuelle de l'EBA). Paris a prévu deux options, l'une dans le quartier de la Défense et l'autre dans le centre-ville, dans un lieu gardé secret, "qui correspondent aux souhaits de l'EBA". Les prétendantes se distinguent assez rapidement sur la manière d'assurer une transition fluide, critère de la plus haute importance pour la Commission européenne.

Les villes les plus riches et proches de Londres, comme Francfort, Paris et Luxembourg, ont prévu une voire plusieurs stratégies en vue du transfert des activités de l'autorité. Toutes trois, au même titre que Bruxelles et Dublin, mettent également en avant leur place centrale au sein du continent et l'accessibilité en un temps réduit depuis Londres et de nombreuses autres capitales. Deux critères centraux qui semblent donner une longueur d'avance à ces candidatures, au détriment de Prague, Varsovie et même Vienne, plus éloignées et donc moins pratiques pour mettre en oeuvre une transition fluide avant mars 2019.

"La possibilité [pour l'autorité] de maintenir ses effectifs actuels est également essentielle pour la continuité", affirme la Commission. Dans cette optique, les villes les plus attractives d'un point de vue géographique, de la taille et du patrimoine culturel partent avec un avantage. Dublin, par exemple, profite du partage de la langue anglaise avec le Royaume-Uni, tandis que Paris met l'accent sur la présence d'écoles internationales et la volonté de soutenir les conjoints des employés dans leur installation et leur recherche d'emploi.

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Avantages fiscaux ou locaux gratuits

Les capitales plus éloignées et moins bien dotées, comme Varsovie et Prague, compensent avec des avantages fiscaux et en nature : une exemption de TVA, pour la première, et une contribution gouvernementale pendant cinq ans aux coûts des transports et des loisirs pour la capitale Tchèque.

Enfin, certaines candidatures tentent de convaincre les chefs d'Etats, qui voteront lors de trois tours successifs pour élire la ville hôte, en promettant des coûts de location très bas, voire nuls. Des manœuvres qui ne devraient pas laisser insensibles, si elles permettent à l'UE d'économiser de l'argent. Ainsi, Luxembourg promet purement et simplement de mettre les locaux gratuitement à la disposition de l'EBA et le gouvernement autrichien prévoit, lui, de payer le loyer pendant 25 ans. De son côté, Paris assure que l'Etat accordera 1,5 million d'euros pour couvrir les frais de prise à bail et d'aménagement des nouveaux locaux.

Les capitales proches géographiquement de Londres et proposant d'ores et déjà des locaux aménageables semblent donc tenir la corde. À première vue, Paris, qui remplit la grande majorité des critères, apparaît en bonne position. Mais ses concurrents disposent d'arguments de poids. Y compris des candidatures comme celle de Prague, qui détaille la manière dont l'EBA restera fonctionnelle lors du déménagement, au contraire de la capitale française.

Equilibre géographique

Surtout, la Commission européenne souhaite rééquilibrer géographiquement la distribution de ses grandes agences, ce qui pourrait pénaliser Paris.

En effet, la France dispose déjà de trois agences européennes décentralisées (l'Office communautaire des variétés végétales, l'Agence de l'Union européenne pour les chemins de fer et, surtout, l'Autorité européenne des marchés financiers, l'ESMA), soit davantage que les autres pays candidats. L'Allemagne n'en a "que" deux, mais non des moindres, l'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA, Cologne) et l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (l'EIOPA, Francfort). Sans compter la Banque centrale européenne (BCE), installée à Francfort : dans un contexte de relocalisation de certaines équipes des grandes banques internationales dans la plus grande ville du land de Hesse, l'EBA aurait toute sa place dans un grand "hub" réglementaire européen.

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Présentée comme un atout dans la candidature de Paris, la présence d'autres agences européennes est susceptible de refroidir les chefs d'Etat de l'UE. De plus, dans l'hypothèse d'une victoire de Lille dans la course à l'obtention de l'Agence européenne du médicament (EMA), l'Hexagone ne pourra pas accueillir les deux institutions.

Les ministres des 27 Etats membres voteront le 20 novembre lors d'un scrutin à plusieurs tours et à bulletin secret.

Sasha Mitchell

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