Comment une banque « corrompue jusqu'à la moelle » a fait faillite en Afrique du Sud

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En 2016, la banque VBS avait accordé au président Jacob Zuma (au centre de la photo) un prêt de 7,8 millions de rands (soit 460.000 euros), qui devait servir à rembourser à l'État une partie des fonds ayant permis la rénovation de sa résidence privée.
En 2016, la banque VBS avait accordé au président Jacob Zuma (au centre de la photo) un prêt de 7,8 millions de rands (soit 460.000 euros), qui devait servir à rembourser à l'État une partie des fonds ayant permis la rénovation de sa résidence privée. (Crédits : Reuters)
Une banque régionale, la VBS Mutual Bank, qui avait accordé un prêt avantageux à l'ex-président Jacob Zuma accusé d'abus de biens publics, a perdu plus de 110 millions d’euros à cause d’un "pillage organisé" par des dizaines de cadres et de personnalités, selon un rapport d'enquête commandé par la banque centrale sud-africaine. La mise sous tutelle de cette banque, détenue par des intérêts noirs, divise la population.

Les scandales s'enchaînent en Afrique du Sud. Après une affaire de corruption qui a mené mardi 9 octobre à la démission du ministre des Finances, Nhlanhla Nene, et qui fait suite à la démission en février de l'ex-président, Jacob Zuma, un rapport commandé par la banque centrale sud-africaine vient accabler une cinquantaine de personnalités, dont une figure du parti de l'ANC, qui auraient profité de largesses accordées par VBS Mutual Bank, qui a fait faillite.

Dans un rapport intitulé "L'immense casse de la banque", les auteurs, qui étaient chargés d'établir ce qui avait précisément précipité l'effondrement de la banque sud-africaine, sont arrivés à la conclusion que la cause était « un pillage organisé ». La première banque mutualiste sud-africaine, quinzième établissement du pays en termes d'actifs (2,4 milliards de rands, soit environ 140 millions d'euros), aurait autorisé certains clients (dont son auditeur) à avoir des découverts très importants et soudoyé des fonctionnaires municipaux pour qu'ils déposent des fonds des collectivités dans VBS. Ces collectivités risquent de ne pas pouvoir récupérer leur argent.

« Mon rapport va révéler que les auteurs du pillage chez VBS sont repartis avec presque 2 milliards de rands [soit 110 millions d'euros environ] », a écrit dans le document l'avocat Terry Motau, qui a dirigé l'équipe d'enquêteurs.

Le rapport recommande la fermeture de la banque et des poursuites judiciaires contre des dizaines de responsables de l'établissement.

VBS Mutual Bank a été placée sous tutelle le 11 mars dernier, après s'être retrouvée à court de liquidités, à la suite du retrait des dépôts de plusieurs collectivités, sur consigne du Trésor, car la banque ne disposait pas de la licence commerciale nécessaire. Sur la page d'accueil de son site, VBS indique depuis le mois de juillet à ses principaux clients, particuliers, tontines (stokvels) et entreprises de pompes funèbres, qu'ils peuvent récupérer leurs fonds via la Nedbank, dans la limite de 100.000 rands (près de 6.000 euros).

Un système de Ponzi

La banque avait défrayé la chronique pour avoir accordé un prêt de 7,8 millions de rands (460.000 euros) au président Jacob Zuma pour qu'il rembourse à l'État les rénovations dans sa propriété privée, à l'origine d'une vaste affaire d'abus de biens publics.

La mise sous tutelle de VBS a suscité un vif débat en Afrique du Sud, une partie de la population accusant la banque centrale d'avoir puni ce petit établissement régional, détenu par la communauté noire, parce qu'il avait prêté de l'argent à Jacob Zuma, dénonçant un mauvais coup porté "à la participation des Noirs au contrôle des institutions financières" a par exemple réagi le parti d'extrême gauche EFF.

Le document soutient que VBS avait lancé une véritable « campagne pour attirer des dépôts substantiels de la part des municipalités ». Au total, 14 villes sont impliquées. L'ancien PDG de la banque, Andile Ramavhunga, cité dans le rapport, a affirmé qu'il n'y avait « absolument rien de surprenant » dans le fait de verser des commissions à des intermédiaires.

« Cependant, il a nié vigoureusement être au courant que des pots-de-vin avaient été versés à des fonctionnaires municipaux pour les persuader de faire des dépôts chez VBS », a ajouté l'auteur du rapport.

VBS aurait aussi approché plusieurs entreprises publiques. Une employée d'une société de transport ferroviaire a révélé aux enquêteurs que la banque sud-africaine avait sollicité un dépôt de 1 milliard de rands, et déclaré que « VBS n'était ni plus ni moins qu'un système de Ponzi ».

De grosses sommes d'argent auraient également été versées, sous forme de récompenses, à certains dirigeants de VBS ayant participé au système ou pour acheter le silence de ceux qui étaient au courant de ces pratiques.

« L'enquête a révélé un large éventail de criminalité [...] La banque est corrompue et pourrie jusqu'à la moelle. En effet, il n'y a quasiment personne parmi les employés [de VBS] qui ne soit pas, d'une manière ou d'une autre, complice », a affirmé Terry Motau.

Le rapport met en cause « des comptables reconnus et des avocats. Ils ne sont pas compétents pour ces postes qui exigent la plus grande honnêteté et intégrité », selon le document, qui cite KPMG South Africa parmi les responsables. En 2017, VBS avait été condamnée à une amende de 500.000 rands (environ 30.000 euros) après des manquements en lien avec ses mesures de contrôle en matière de prévention du blanchiment argent et de lutte contre le financement du terrorisme.

La banque centrale sud-africaine souligne dans un communiqué cependant que les éléments du rapport ne préjugent pas de la culpabilité ou de l'innocence des parties citées.

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