Les fonds de LBO collés par leurs investissements des années folles

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40% des entreprises rachetées par des fonds de capital-investissement entre 2004 et 2008 valent aujourd'hui moins que le prix payé à l'époque, selon Bain & Co. Copyright Reuters
40% des entreprises rachetées par des fonds de capital-investissement entre 2004 et 2008 valent aujourd'hui moins que le prix payé à l'époque, selon Bain & Co. Copyright Reuters (Crédits : Photo Reuters)
Nombre de fonds de capital-investissement ne parviennent pas à vendre les participations achetées au prix fort en 2006 et 2007, et qui arrivent aujourd'hui à maturité. 30% à 50% des gérants de fonds pourraient mettre la clé sous la porte, dans les cinq prochaines années.

"A vendre", "for sale", "en venta"... Partout en Europe, c'est la même histoire pour les fonds de capital-investissement : il leur faut aujourd'hui céder les nombreuses participations achetées au prix fort en 2006 et 2007, en pleine bulle du crédit, mais les acquéreurs potentiels ne se bousculent pas au portillon. Or, contrairement aux groupes industriels, qui ont tout loisir d'ajourner leurs cessions d'actifs en attendant des jours meilleurs, les fonds de private equity doivent revendre leurs participations au bout de cinq à sept ans, afin de rémunérer les investisseurs institutionnels qui sont leurs actionnaires.

Désaccord sur les valorisations

Si nombre de fonds se trouvent aujourd'hui collés avec leur "vintage 2006/2007" - c'est-à-dire les sociétés achetées durant cette période d'argent facile -, c'est parce que la crise financière et économique a rebattu la carte des valorisations. "Les vendeurs ont toujours en tête les multiples élevés de 2006 et 2007, alors que les acquéreurs potentiels se basent sur les valorisations actuelles", s'amuse un banquier d'affaires français, spécialisé dans les PME. Or, avec un indice Dow Jones Euro Stoxx 50 qui affiche un ratio cours sur actif net inférieur à 1, les valorisations des entreprises européennes sont aujourd'hui au tapis.

Les exemples d'Iglo et de But

Illustration de cette dichotomie entre cédants et acheteurs, les fonds BC Partners et Blackstone ont récemment offert de racheter Iglo pour 2,5 milliards d'euros, au lieu des 2,8 milliards espérés par Permira. Le fonds britannique, qui avait acquis le fabricant de produits surgelés en 2006 pour 1,7 milliard, a décliné la proposition et remis la vente d'Iglo à plus tard. Dans la même veine, Colony Capital, Goldman Sachs et OpCapita, actionnaires de But, souhaiteraient retirer 450 à 500 millions d'euros de la cession de l'enseigne de distribution, dont ils ont déjà vendu 25 magasins en novembre, pour 200 millions. Il faut dire que les trois fonds avaient acheté But au prix de 550 millions d'euros début 2008. Seulement voilà, les cinq fonds français qui avaient récemment manifesté un intérêt pour But ne sont pas disposés à allonger une telle somme. L'affaire ne s'est donc pas faite. Mais des discussions sont de nouveau en cours "avec plusieurs candidats - industriels et financiers - au rachat de But", assure un proche du dossier.

Faire une croix sur le « carried interest »

Des exemples similaires, on peut en trouver des centaines. Car, à l'échelle mondiale, pas moins de 40% des entreprises rachetées par des fonds de capital-investissement entre 2004 et 2008 valent aujourd'hui moins que le prix payé à l'époque, selon le cabinet Bain & Co. Dans ces conditions, les gérants de fonds peuvent faire une croix sur leur "carried interest", c'est-à-dire sur le pourcentage (souvent 20%) qu'ils prélèvent sur la plus-value de cession afin de se rémunérer. Surtout, en l'absence de plus-value, il leur sera difficile de séduire des investisseurs afin de lever un nouveau fonds, condition sine qua non pour poursuivre leur activité. Duke Street en sait quelque chose, lui qui, en février, a reporté sine die la levée d'un fonds de 850 millions d'euros, après un an de recherches vaines.

30% à 50% des gérants de fonds pourraient disparaître

Certaines sociétés de capital-investissement sont donc condamnées à disparaître, à l'image du britannique Candover, en liquidation depuis deux ans. Fin 2008, le Boston Consulting Group avait estimé que 20% à 40% des fonds de LBO (Leverage Buy-out : acquisition par endettement), dans le monde, pourraient mettre la clé sous la porte au cours des prochaines années, faute de pouvoir lever de nouveaux véhicules d'investissement. Antoine Dréan, fondateur et directeur général de la société de conseil en levées de fonds Triago, est plus pessimiste encore : "30% à 50% des gérants de fonds disparaîtront au cours des prochaines années", confiait-il à La Tribune Hebdo du 4 mai. "Nous sommes une industrie darwinienne, comme les autres, il faut s'adapter ou mourir", assène Gilles Mougenot, président de la société de capital-investissement Argos Soditic.

Faire des sacrifices sur les prix

S'adapter, c'est notamment s'obliger à céder des participations, "quitte à faire des sacrifices sur le prix", au lieu de geler les processus de vente, estime Gilles Mougenot. Le patron d'Argos sait de quoi il parle : sa société vient de vendre le réseau de pompes funèbres Roc Elec, une opération qui lui aurait davantage rapporté il y a deux ans, avant l'éclatement de la crise financière, reconnaît-il. Mais "nous sommes mandatés pour retourner de l'argent à nos actionnaires", rappelle Gilles Mougenot. Et un peu d'argent, c'est toujours bon à prendre, pour les actionnaires des fonds de private equity.

Les valorisations des PME chutent 

Et de deux! Pour le deuxième trimestre d'affilée, les valorisations des PME non cotées de la zone euro ont baissé, selon l'indice élaboré par la société de capital-investissement Argos Soditic et publié ce mardi. Elles ne valent plus que 7 fois l'excédent brut d'exploitation, en moyenne, contre 7,2 au premier trimestre, période qui avait marqué la première baisse depuis 2009.

En cause : l'atonie du marché des fusions et acquisitions et les difficultés de financement des fonds de LBO. Au total, la valorisation des PME non cotées de la zone euro a chuté de 9,1% depuis le 1er janvier.

 

 

 

 


 

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Commentaires
a écrit le 24/07/2012 à 18:48 :
Un bon gestionnaire achètera une usine ?ou de l?immobilier- pour la qualité réelle ou potentielle de son exploitation. Il l?achètera à crédit si le coût de ce crédit est couvert par le rapport de production. En bonus, et en bonus seulement, il pourra même espérer une plus value de revente s?il sait améliorer la production.
Mais que se passe-t-il si la production n?est pas de qualité à la suite d?incompétences ou d?erreurs de management ou si cette production n?a pas les débouchés à la suite d?une crise ? Comme au poker, il perd.
Normal et prévisible : de trop nombreux gestionnaires ne sont que des flambeurs qui surfent sur les bulles avec des fonds d?emprunt ( penser pour demain à l?immobilier)
a écrit le 24/07/2012 à 18:28 :
Les LBO OXO etc ... ne sont rien d'autre que des opérations financières à but spéculatif.
Je ne vois véritablement pas pourquoi on s'en inquièterait tant que les fondamentaux des entreprises reprises sont bons ?

Au vu des pressions salariales et productives que font endurer les fonds spéculatifs aux entreprises acquises je ne vois vraiment pas en quoi leur disparition serait un mal. De toutes les manières la nature ayant horreur du vide les fonds en faillite seraient rachetés à l'euro symbolique par des investisseurs, des États ou des fonds de soutiens publiques tel que la caisse des dépôts. (En tout cas la partie congrue jugée comme rentable)
a écrit le 24/07/2012 à 17:39 :
Des "equity tanks", riche idée.. ou plutôt, idée de riche !
Je m'explique : après avoir créé dans le monde entier des bad banks pour reprendre les actifs pourris de la crise du crédit et ainsi nationaliser les pertes des banques, et après avoir laissé les "banquiers" (ceux, bien trop nombreux, qui touchent plus d'un demi-million par an, pas les conseillers en agence évidemment) s'adjuger des bonus et stock-options indécents et verser de plantureux dividendes, le tout en ayant aussi, pour faire bonne mesure, abaissé les taux d'imposition sur les hauts revenus et le capital dans à peu près tous les pays dits "avancés" depuis 20 ans, on devrait maintenant créer des "equity tanks" pour faire la même fleur aux fonds de PE et notamment aux LBO. Mon c&#!, oui ! Qu'ils prennent leurs pertes et qu'ils aillent chialer en Suisse !
Une chose est sûre : si on créait des "réservoirs à cynisme", ils seraient remplis dans la journée !
a écrit le 24/07/2012 à 16:32 :
C'est un problème considérable qui risque de dégrader toute la place européenne. Il n'y a pas que les LBO comme technique mais les OBO, OXO et autres qui plombent nombre de fortunes en les clouant sur place. Ceci a pour effet de rigidifier la capacité du private equity et d'en éloigner les meilleurs acteurs sans qu'ils puissent même reconfigurer leurs offres selont la nouvelle donne puisque les banques ont "oublié" de refinancer des lignes. L'on compte alors sur des opérations secondaires pour obtenir un peu de liquidité et continuer à porter les gros dossiers. L'industrie française la plus performante se trouve stérilisée en cascade par le mécanisme, obligée de revoir ses plans. Il est impératif de créer 3 ou 4 "Tanks Equity" ou réservoirs d'actifs pris en pourcentage à dire d'expert afin que des regroupements puissent se faire en sortant par le haut au moyen d'IPOs qui seraient alors enfin rendues possibles. Une urgence.

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