Les "zinzins" boycottent de plus en plus les entreprises qui manquent d'éthique

Les investisseurs institutionnels boycottant les entreprises coupables de violation des grandes conventions internationales représentent 2.340 milliards d'euros d'actifs gérés, en Europe, selon l'organisme Eurosif. Un montant qui a bondi de 54% depuis 2009. En France, l'encours a été multiplié par dix, au cours des deux dernières années.
Le géant américain de la distribution, Wal-Mart, est exclu des portefeuilles de 14 investisseurs institutionnels européens, sur un total de 19, selon une étude de Novethic. . Copyright Reuters
Le géant américain de la distribution, Wal-Mart, est exclu des portefeuilles de 14 investisseurs institutionnels européens, sur un total de 19, selon une étude de Novethic. . Copyright Reuters (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)

Le point commun à Wal-Mart, Total, Alstom, Tepco et Yahoo ? D'après une étude présentée mercredi par Novethic - un centre de recherche sur l'investissement socialement responsable, filiale de la Caisse des dépôts -, ces groupes figurent sur les listes noires d'une vingtaine de grands investisseurs internationaux. Parmi ces derniers, qui gèrent 1.500 milliards d'euros d'actifs, au total, figure notamment le fonds souverain norvégien, le plus riche du monde. Plus précisément, ces « zinzins » - du moins une partie d'entre eux - ont exclu de leurs portefeuilles de titres les Wal-Mart, Total, Alstom, Tepco et autre Yahoo, au motif que ces sociétés se sont rendues coupables de violation des droits humains. C'est-à-dire d'absence de respect des droits des peuples autochtones, d'activités exercées dans des pays où les autorités publiques commettent des exactions, ou bien encore de manquements au droit du travail, comme c'est le cas dans des usines de textile au Bangladesh.

Total et Alstom accusés de complicité dans le déplacement forcé de populations

C'est précisément en raison du peu de cas que Wal-Mart fait de la liberté syndicale, et des mauvaises conditions de travail chez ses sous-traitants, que le géant américain de la distribution a été exclu par 14 des 19 investisseurs institutionnels figurant dans le panel de Novethic. Le groupe d'électricité japonais Tepco, lui, est boycotté pour avoir violé le droit des salariés de la centrale nucléaire de Fukushima à travailler dans un environnement sain. Le cas de Yahoo est encore différent : le géant américain de l'Internet est blacklisté par certains investisseurs car des organisations non gouvernementales (ONG) l'accusent d'être impliqué dans l'arrestation de dissidents chinois. Quid des griefs à l'encontre de Total et d'Alstom, les deux seuls groupes français figurant dans les listes noires de la vingtaine d'investisseurs européens ? Le groupe pétrolier est accusé de complicité dans le déplacement forcé de populations par l'armée, en Birmanie. Une accusation qui vaut également pour Alstom, mais au Soudan.

Une pratique d'investissement qui se développe fortement en France

Plus globalement, l'exclusion « normative », cette pratique qui consiste à boycotter des entreprises violant les grandes conventions internationales, « est une pratique d'investissement récente et qui se développe de façon très considérable », indique Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic. En Europe, les investisseurs pratiquant l'exclusion normative représentaient 2.340 milliards d'euros d'actifs gérés en 2011 (dernières données disponibles). Un montant qui représente un bond de 54% par rapport à 2009, selon l'organisme Eurosif. Si ce type de gestion est surtout le fait des « zinzins » scandinaves et néerlandais, il se développe fortement en France, avec un encours multiplié par dix en deux ans, à 1.300 milliards d'euros fin 2012.

Une amende de 18 milliards de dollars pour Chevron

Si les grands institutionnels sont de plus en plus nombreux à boycotter les entreprises peu soucieuses d'éthique, c'est parce qu'ils prennent conscience qu'il en va de leurs performances financières. Etre investi dans un Chevron menacé par un tribunal équatorien d'une amende de 18 milliards de dollars, au titre de la pollution du fleuve Amazone, présente en effet un sacré risque financier. A quoi s'ajoute une nouvelle menace pour les investisseurs, celle d'être eux-mêmes accusés par les ONG de manquements aux principes éthiques, via leurs placements. Le fonds souverain norvégien et le fonds de pension néerlandais APG font ainsi l'objet de plaintes de la part d'une ONG sud-coréenne, au titre de leurs investissements dans le groupe minier Posco, accusé de violation des droits humains en Inde.


 

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Commentaires 5
à écrit le 17/06/2013 à 7:28
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Le développement de la finance éthique et islamique en France http://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/43-le-developpement-de-la-finance-ethique-et-islamique-en-france.html

à écrit le 06/06/2013 à 11:28
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Sous vos applaudissements SVP !!!!

à écrit le 06/06/2013 à 11:21
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L'absence d'éthique est tout d'abord inquiétant pour l'investisseur lui-même. Peut-il faire confiance à moyen ou long terme à des dirigeants sans éthique? De plus ces entreprises sont leaders dans le dénie du réchauffement climatique, tentent de limi...

à écrit le 06/06/2013 à 3:31
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C'est vraiment n'importe quoi. Le fond souverain norvégien, le plus riche du monde boycotte Total ? Et ça vous étonne ? L'Etat norvegien contrôle une bonne partie du secteur pétrolier via l?entreprise Statoil. Pas étonnant qu'il n'achètent pas d'acti...

le 06/06/2013 à 7:54
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Si on adopte votre mode de pensée, c-à-d que le fond souverain norvégien est "de mèche" avec Statoil, le fond norvégien devrait au contraire investir dans Total afin de tenter de prendre le contrôle ou du moins de peser sur la stratégie d'un concurre...

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