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De Washington à Moscou en passant par Londres et Mexico, la hausse des taux est enclenchée pour combattre l'inflation

latribune.fr

Publié le 18 décembre 2021 à 15:17 - Mis à jour le 19 décembre 2021 à 14:40

Etats-unis: la chambre va voter sur les financements federaux pour eviter un "shutdown"

Photo d'illustration

ELIZABETH FRANTZ

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Alors que la Banque centrale américaine pourrait relever ses taux au printemps, le Royaume-Uni, la Norvège, la Russie, le Chili, la Turquie ont tous annoncé cette semaine une hausse de leur taux directeurs pour lutter contre la hausse des prix. La BCE en revanche n'envisage de remontée des taux en 2022.

C'est le moyen le plus efficace pour tempérer la poussée inflationniste : augmenter les taux d'intérêt pour augmenter les coûts d'emprunt et ralentir la demande. Et l'utilisation de cet outil se précise de plus en plus. Pour lutter contre la hausse des prix, qui était en novembre (+6,8%) au plus haut depuis 1982, la banque centrale américaine (Fed) pourrait en effet à commencer à relever ses taux directeurs au printemps, après avoir au préalable ramené à zéro ses achats d'actifs, a priori en en mars, a indiqué vendredi Christopher Waller, l'un des gouverneurs de l'institution. Soit avec trois mois d'avance sur le calendrier initial. Pour rappel, ces achats d'actifs s'élevaient à 120 milliards de dollars par mois depuis le début de la crise et jusqu'en novembre. Ils ont permis de soutenir l'économie américaine, mais ont gonflé le bilan des réserves de la Fed. L'étape suivante sera donc, pour l'institution, de réduire son bilan, notamment en laissant ces bons du Trésor et MBS (produits financiers adossés à des prêts immobiliers) atteindre leur maturité sans les renouveler.

"Compte tenu de mes prévisions en matière d'inflation et de conditions du marché de l'emploi, je pense qu'une hausse (...) sera justifiée rapidement après la fin de nos achats d'actifs", a déclaré Christopher Waller lors d'un discours en ligne au club des prévisionnistes de New York. Et de poursuivre :

"Nous devrions être prêts pour une hausse (lors de la réunion du comité monétaire) en mars ou en mai", a-t-il souligné, précisant néanmoins que "le moment approprié pour la première hausse (...) dépendra de l'évolution de l'activité économique".

Mercredi, à l'issue de sa réunion de politique monétaire, la puissante Réserve fédérale avait annoncé qu'elle allait accélérer le rythme de réduction de ses achats d'actifs, afin de lutter contre l'inflation. Cette accélération "nous donne de la flexibilité pour d'autres ajustements dans la politique monétaire, si besoin, dès le printemps, pour s'adapter à l'évolution des perspectives économiques", a souligné Christopher Waller, en mettant notamment en avant les risques posés par le variant Omicron, lequel "pourrait ralentir la reprise ou exacerber les pressions inflationnistes, donc nous devons être prêts dans les semaines à venir pour nous adapter".

Chute des marchés financiers

Cette perspective d'un resserrement plus rapide et plus fort de la politique monétaire américaine a contribué vendredi à faire baisser les marchés financiers. Les grands indices européens ont en effet fini dans le rouge à l'exception de Londres (+0,13%). Paris a rechuté de 1,12%, Francfort de 0,67% et Milan 0,64% alors que le variant Omicron poursuit sa propagation à un rythme inquiétant. La Bourse de New York a prolongé sa baisse de la veille : le Nasdaq, à forte coloration technologique, qui avait chuté de 2,47% jeudi, s'est stabilisé (-0,07%). Mais l'indice Dow Jones a lâché 1,48% et le S&P 500 1,03%.

"Le paysage de la politique monétaire mondiale se transforme en un patchwork", note Jochen Stanzl, analyste chez CMC Markets. "S'il semble y avoir accord entre les banques centrales mondiales sur un assouplissement si nécessaire, il y a en revanche un grand décalage dans la manière dont tous les acteurs envisagent la fin de la politique monétaire expansionniste", une incertitude qui pourrait affecter la confiance des marchés selon lui.

La BCE garde son calme

Car si la BCE a annoncé comme attendu jeudi l'allègement de son dispositif de soutien à l'économie, sans faire miroiter une hausse prochaine des taux directeurs malgré un pic  du niveau des prix attendu en 2022 à 3,2% (qui devraient refluer par la suite), la Fed n'est pas la seule à vouloir resserrer la vis. Jeudi, la Banque d'Angleterre, la première des pays du G7, a surpris en décidant de remonter son taux directeur à 0,25% et en laissant la porte ouverte à d'autres hausses pour contrer une inflation britannique au plus haut en dix ans (+5,1% sur un an en novembre). La dernière hausse de la BoE remonte à l'été 2018. Puis les taux avaient été abaissés à 0,1% au début de la pandémie, un plancher historique. Jeudi également, la Banque de Norvège a, pour la deuxième fois en moins de trois mois, relevé jeudi de 0,25 point son taux directeur, porté à 0,5%, sans se soucier à ce stade de la résurgence de l'épidémie dans le pays nordique. Sauf dégradation de l'économie à cause de la pandémie, « le taux directeur sera très probablement de nouveau relevé en mars", a indiqué la Banque centrale. Hors prix de l'énergie et variations fiscales, l'inflation dite "sous-jacente" était de 1,3% en novembre, c'est-à-dire en fait inférieure à l'objectif officiel d'environ 2%. Selon la Norges Bank, le taux directeur norvégien devrait atteindre 1,75% "au cours des prochaines années".

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Septième hausse des taux en Russie

Vendredi, la Banque centrale de Russie a augmenté pour la septième fois consécutive son taux directeur, d'un point à 8,50%. Objectif : ramener l'inflation à 4%, car l'inflation galopante observée depuis des mois mine le pouvoir d'achat des Russes, qui ont peu d'épargne, et s'avère un casse-tête pour les autorités. Si après le pic de 8,4% annuels enregistré en novembre, les prix à la consommation ont ralenti début décembre, ce sont les anticipations de l'inflation ont explosé. En décembre, elles étaient de 13,5 à 14,8%.

En Turquie, la hausse des taux fait chuter la livre turque

Confrontée à une hausse des prix de 21% sur un an, la Turquie, qui avait refusé jusqu'à présent de relever les taux d'intérêt et d'infléchir sa politique monétaire, a également déclaré mercredi qu'elle allait augmenter ses taux directeurs jeudi prochain. L'annonce a fait baisser la livre turque, déjà en chute libre depuis plusieurs semaines, a atteint de nouveau un record à la baisse mercredi à 14,7 livres pour un dollar à la veille d'une décision de la Banque centrale sur les taux d'intérêt. Depuis le 1er janvier, où elle s'échangeait à 7,43 livres contre un dollar, la monnaie turque a perdu plus de 49% de sa valeur face au billet vert, dont 30% sur le seul mois de novembre. Pour les Turcs, l'effondrement de la monnaie et l'envolée des prix sont devenus insoutenables, le pays étant très dépendant des importations, notamment pour les matières premières et l'énergie.

Cinquième hausse au Mexique

En Amérique centrale, la Banque centrale du Mexique a annoncé une cinquième hausse consécutive de son taux directeur de 0,5% à 5,5%, face à l'inflation annuelle à son plus haut niveau depuis vingt ans dans la quinzième économie mondiale. Les quatre hausses précédentes avaient été de 0,25%. L'inflation (+7,37% sur douze mois) est à son plus haut niveau depuis 2001, tirée par des hausses des prix dans les secteurs de la pêche, l'agriculture et l'énergie, avait relevé il y a une semaine l'Institut national de statistiques (Inegi). Avec une nouvelle hausse des taux, la "politique monétaire s'ajuste à la trajectoire nécessaire pour que l'inflation converge vers son objectif des 3%", a précisé l'institution monétaire dans un communiqué.

En Amérique du Sud, la Banque centrale du Chili a, mardi, une nouvelle fois relevé son taux directeur mardi pour faire face à la flambée de l'inflation, le portant de 2,75% à 4%. C'est la seconde fois que la Banque centrale augmente de 125 points de base son taux d'intérêt, soit la plus importante hausse depuis 2001. En octobre, le taux  directeur était passé de 1,5% à 2,75%. L'inflation annuelle du Chili a continué d'augmenter au cours des derniers mois, atteignant 6,7% en novembre, soit plus du double de sa fourchette cible de 3%. Plusieurs pays d'Amérique latine voient l'inflation s'envoler. Elle est de 45% depuis le début de l'année en Argentine.

Au Brésil l'inflation devrait dépasser les 10% en fin d'année et pour tenter de la contenir la Banque centrale vient de relever son taux directeur à 9,25%, un plus haut depuis juillet 2017, alors qu'il était de 2% en début d'année.

Cette hausse des taux au Chili intervient la veille de la publication du rapport sur la croissance économique du pays. Après avoir enregistré une baisse de 5,8% en 2020 en raison de la pandémie, l'économie chilienne devrait clôturer l'année sur une hausse de 11,5% de son PIB, selon les estimations de la banque centrale.

L'appel à la prudence du FMI

Si le FMI a salué jeudi la décision de la banque centrale américaine, elle a pointé les risques d'une hausse brutale des taux d'intérêts pour les pays émergents.

À lire également

  • Contrairement à la Fed et à la BoE, la BCE voit un reflux de l'inflation en 2022
  • Etats-Unis: face à l'inflation, la Fed débranche plus rapidement ses aides

Un relèvement brutal des taux d'intérêt augmenterait en effet les coûts de refinancement de la dette d'un certain nombre de pays émergents qui sont par ailleurs à la traîne dans la reprise économique.

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