Le projet Bakong, piloté par la banque nationale du Cambodge, n’est pas à proprement parler une nouvelle monnaie numérique. La plateforme vise avant tout à faciliter les paiements mobiles et les transferts d’argent, sous une version tokenisée du dollar et du riel, la monnaie locale. Bakong assure surtout une interopérabilité entre les différents acteurs de paiement du pays.Cela ressemble à une nouvelle monnaie digitale de banque centrale (MDBC) mais ce n'est pas une nouvelle monnaie digitale. A la différence de nombreux projets de MDBC, comme celui de l'euro numérique lancé par la Banque centrale européenne (BCE), la Banque centrale du Cambodge a mis en œuvre une plateforme basée sur la technologie blockchain, baptisée Bakong, du nom d'un temple d'Angkor, pour permettre aux Cambodgiens, bancarisés ou non, d'effectuer des transferts d'argent en P2P (peer-to-peer) ou des paiements mobiles.
Tout l'intérêt de ce projet est de montrer, une fois de plus, comment un pays émergent peut réaliser, dans un délai relativement court, un bond immense en matière d'inclusion financière et de système de paiement grâce aux nouvelles technologies. Cela a déjà été le cas avec la révolution du mobile qui a pu offrir des services financiers de base à des centaines de millions de personnes non-bancarisées en Afrique ou en Asie. Cette fois-ci, la plateforme Bakong offre au pays une amorce d'interopérabilité entre les différentes institutions financières, sans passer par de lourds investissements sur des années comme ce fût le cas par exemple pour construire l'interbancarité en France.
Un système de paiement plutôt qu'une monnaie digitale
«Notre système financier, très fragmenté et peu efficient, avec des banques, des institutions de microcrédit et des prestataires de paiement, qui opèrent de façon indépendante les uns des autres, nous a incité à réfléchir sur les meilleures options technologiques pour assurer une meilleure interopérabilité entre les différents acteurs et permettre aux citoyens d'effectuer des transferts d'argent et de paiement mobile le plus simplement possible et de façon abordable » explique Serey Chea, directrice générale de la Banque nationale du Cambodge, et cheville ouvrière du projet.
Le projet partait d'un taux d'équipement très élevé de la population en téléphone mobile (20 millions de terminaux pour 16,5 millions d'habitants) et de la grande dispersion des acteurs financiers locaux, sans véritable leader sur le marché. La Banque centrale s'est intéressée très tôt à la blockchain, dès 2015, alors même que les autorités du pays se sont résolues à interdire dans le pays le trading sur les cryptomonnaies, au nom de la protection des épargnants. Paradoxalement, c'est bien l'engouement précoce des Cambodgiens pour la spéculation sur les cryptomonnaies qui a poussé la banque centrale à se pencher sur leur fonctionnement.