La Banque du Japon maintient ses taux à zéro, en attendant l'introuvable inflation

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Il faudrait encore trois ans d'attente au Japon pour atteindre son objectif d'inflation de 2%.
Il faudrait encore trois ans d'attente au Japon pour atteindre son objectif d'inflation de 2%. (Crédits : THOMAS WHITE)
La Bank of Japan (BoJ) a confirmé ses positions de politique monétaire prises en juin: taux très bas et politique monétaire accommodante restent au menu, toujours à contre-courant des autres banques centrales, même si la banque centrale japonaise se montre plus flexible dans un contexte économique et commercial instable. L'inflation et la croissance, qui peinent à décoller, sont aussi dans le viseur.

L'annonce de la Bank of Japan (BoJ) ce mardi n'a pas été un coup de tonnerre, même si elle marque un léger virage. La banque centrale du Japon a maintenu la plupart de ses décisions de juin dernier. Le gouverneur Haruhiko Kuroda a de nouveau soutenu les objectifs de taux très bas, inchangés et le programme de rachats d'actifs (quantitative easing ou QE) à contre-courant de la Fed ou de la BCE, en y apportant tout de même de réelles nuances, après cinq années de d'assouplissement quantitatif sans réel résultat.

En effet, l'objectif d'un retour de l'inflation vers 2% est toujours loin d'être atteint. Dans son rapport actualisé, la BoJ a dû encore revoir à la baisse sa prévision de hausse des prix, qui s'élève désormais à 1,1% sur l'exercice d'avril 2018 à mars 2019, puis à 1,5% l'année suivante (en excluant l'impact de la hausse de la TVA en octobre 2019). Malgré un marché du travail très tendu, avec un taux de chômage de 2,4%, au plus bas depuis 25 ans, la hausse des salaires reste limitée, ce qui freine la consommation des ménages et donc l'inflation.

On aurait pu croire à un changement, dans un contexte géopolitique agité par les tensions commerciales et leurs conséquences sur les taux de change : pourtant la Bank of Japan a confirmé son objectif de taux à court terme à -0,1% et son objectif de rendement obligataire à 10 ans autour de 0%. Du côté de sa politique monétaire accommodante, peu de changements pratiques, puisque la banque centrale japonaise continuera à acheter pour 80.000 milliards de yen par an de titres obligataires.

« Les choses ne se sont pas passées ainsi ; même si la Banque du Japon prend en compte la préoccupation exprimée. Et le taux à 10 ans japonais de se positionner ce matin à 0,053%. De fait, la hiérarchie des priorités reste : 1) l'inflation revenant vers 2% et 2) les risques à prendre en compte, au titre desquels la stabilité financière », précisent les stratégistes de La Banque Postale Asset Management.

Des ajustements à la marge

En réalité, ce statu quo de façade cache des inflexions dans la politique monétaire de l'archipel nippon. Sur les taux à 0%, la BoJ a précisé qu'ils pourront « évoluer à la hausse et à la baisse dans une certaine mesure en fonction des développements de l'économie et des prix », introduisant davantage de flexibilité.

« Fort d'un diagnostic économique qui maintient la vue concernant la croissance, mais revoit à la baisse les projections d'inflation, la BoJ a décidé de renforcer son engagement en faveur d'un retour de l'inflation vers la cible en introduisant un guidage prospectif (forward guidance) des taux d'intérêt, tout  en améliorant l'efficacité de « l'assouplissement monétaire quantitatif et qualitatif, avec contrôle de la courbe des taux », analysent les experts de La Banque Postale Asset Management.

Quant à la politique monétaire accommodante, la banque centrale japonaise veut réorienter ses achats d'actifs, en proposant une nouvelle composition privilégiant plus qu'avant les fonds indiciels cotés en bourse (ETF) en particulier ceux de l'indice Topix  (indice élargi) et moins ceux de Nikkei, ce qui permettrait de réduire les risques de distorsions sur les marchés.

La BoJ fait toujours bande à part

La BoJ promet donc une politique accommodante plus flexible. Pour autant, cette politique reste décorrélée de celle des autres banques centrales majeures, puisque la Fed et la BCE ont annoncé, en juin, pour la première un relèvement progressif des taux longs et l'abandon de la politique de QE, pour la seconde l'abandon progressif de cette même politique ainsi que la perspective d'une hausse des taux pour l'été 2019.

prévisions banques centrales politique monétaire

[Calendrier des modifications de politique monétaire, hausse des taux et quantitative easing, pour les banques centrales principales. Crédits: ING]

« Cela signifie que le conseil [de la BoJ] a maintenant confirmé qu'ils acceptaient la désynchronisation entre les taux américains qui remontent et les japonais ancrés autour de zéro, analyse Jesper Koll, spécialiste du Japon chez Wisdom Tree. La BoJ se distingue officiellement de la Fed. »

En cause, la difficulté de se lancer dans de telles réformes dans le contexte géopolitique actuel de tensions commerciales et sur les changes. Les économistes d'ING menés par James Knightley, le chef international, analysent ainsi le retard maintenant creusé avec les autres pays :

« Avec l'environnement commercial général et particulièrement en Asie qui se dégrade, la Chine de plus en plus préoccupante, et les données (économiques) du Japon qui s'essoufflent, la BoJ a certainement reporté ses intentions de politique monétaire à plus tard, au minimum en 2019. »

La Bourse de Tokyo a accueilli très fraîchement la nouvelle. L'indice Nikkei a fini en hausse de justesse (+0,04%), grâce essentiellement à la faiblesse du yen (130,13 yens pour un euro à la clôture mardi contre 129,45 yens pour un euro à la clôture lundi) ; le Topix a lui perdu 0,89%.

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Commentaires
a écrit le 01/08/2018 à 10:55 :
On va imaginer que le Japon est dans la zone euro avec un endettement public à 250% et une BCE qui compte tenu du niveau d’endettement public élevé du pays ne fait aucun quantitative easing pour lui, cas de la Grèce actuellement. Le Japon serait alors sous tutelle européenne, une Grèce géante à aider par les fonds de secours européens ?

Heureusement le problème ne se pose pas pour le Japon qui a la souveraineté monétaire qui et pourra envisager de passer, un jour ou l'autre, à l’annulation de dette pure et simple via la banque centrale qui peut se trouver en fonds propres négatifs, tant que la conséquence n’est pas une crise inflationniste grave (genre Venezuela). Il ne devrait pas y avoir une conséquence de ce type au Japon liée à une annulation de dette publique via la banque centrale car l’économie réelle du Japon n’a rien à voir avec celle du Venezuela.

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