Le chinois Alipay passe au « déploiement massif » en France

Alipay Printemps paiement
Paul Blind/Wirecard AG

Alipay Printemps paiement
Paul Blind/Wirecard AG
Son logo bleu a commencé à fleurir dans les grandes enseignes parisiennes, et même dans les pharmacies du quartier Haussmann : Alipay, la solution de paiement mobile la plus utilisée par les Chinois, avec plus de 600 millions d'utilisateurs actifs et plus de 60% des volumes de transactions, tisse sa toile dans l'Hexagone. À la fois porte-monnaie électronique et application de paiement par code-barres QR à scanner, la marque d'Ant Financial, filiale du géant de l'e-commerce Alibaba, a commencé à nouer toute une série de partenariats afin de se substituer au paiement par carte ou en cash des touristes chinois en visite en France : avec le Printemps, premier grand magasin à l'accepter à l'automne 2016, via l'entreprise allemande Wirecard, puis avec BNP Paribas et les Galeries Lafayette, Sephora, Guerlain.
Il lui fallait construire l'infrastructure technique : c'est chose faite avec le fabricant français de terminaux de paiement Ingenico, leader du marché, qui va lui ouvrir les portes d'un très grand nombre de magasins.
[Alipay a aussi signé avec la Banque Edel, du distributeur E. Leclerc. Crédits Banque Edel]
L'entreprise chinoise travaille aussi avec l'américain Verifone, l'autre fabricant de terminaux de caisses très présent en France, afin d'adapter les machines, conçues pour les cartes bancaires, au paiement par scan de code-barres. Elle a aussi noué des partenariats avec d'autres spécialistes du paiement comme la Fintech néerlandaise Adyen et le français Hipay. Elle discute avec d'autres banques, elle a déjà signé avec la Banque Edel du distributeur Leclerc.
C'est l'acquéreur (l'entreprise qui s'occupe de la collecte de l'argent lors d'un paiement), autrement dit la banque ou le prestataire de services de paiement, qui est chargé du contrat, Alipay étant rémunéré à la commission sur les volumes.
L'objectif de la Fintech chinoise est d'être acceptée le plus largement possible : si la solution est d'abord lancée dans les magasins parisiens, Alipay vise « une couverture nationale » pour suivre l'évolution des comportements des touristes chinois qui s'aventurent de plus en plus en régions, dans les Alpes par exemple, et hors des parcours habituels, jusque dans de petites boutiques signalées par des influenceurs sur les réseaux sociaux. Fin avril, tous les magasins Sephora seront équipés de terminaux compatibles. Alipay, qui a également signé avec des chaînes de pharmacies, espère « cibler beaucoup plus de commerçants » et répondre à « tous les besoins de dépenses », en ne s'interdisant aucun secteur (hôtellerie, loisirs, transports, etc.).
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La filiale d'Alibaba veut capitaliser sur l'ambition de la France d'attirer 5 millions de touristes chinois par an d'ici à 2020, contre 1,8 million l'an dernier (en reprise après un net repli à la suite des attentats de 2015). « Nous apportons des services utiles, par exemple nous facilitons la détaxe, qui est créditée immédiatement dans le wallet au Printemps, et peut être dépensée directement » ajoute le représentant du porte-monnaie électronique chinois.
Alipay n'est pas seul à courtiser cette clientèle parmi les plus dépensières (4 milliards d'euros soit 1.647 euros par visiteur selon les chiffres 2017 de la Banque de France). Très prisé des Millenials, son concurrent WeChat Pay, aux 600 millions d'utilisateurs actifs, a également signé des partenariats en Europe : il a devancé Alipay aux Galeries Lafayette avec BNP Paribas et propose depuis l'automne dernier des tickets mobiles dans huit sites du Centre des monuments nationaux (Arc de Triomphe, Conciergerie, Panthéon, abbaye du Mont St-Michel, château de Carcassonne, etc.).
Alipay affirme grignoter des parts de marché sur l'usage du cash et de la carte bancaire (le réseau chinois Union Pay) et générer des dépenses supplémentaires.
Cependant, le géant chinois se montre très discret sur sa percée en France. « Les chiffres n'étaient pas significatifs jusqu'ici » selon Jean-Cyrille Girardin.
Pour l'instant, sa priorité est « d'accompagner les utilisateurs venant de Chine, ainsi que la communauté chinoise de France » (estimée entre 600 et 700.000 personnes, la plus importante d'Europe) selon Alice Zhan, et non de chercher à convertir les Français, qui disposent déjà de solutions locales de paiement mobile comme Lydia, Paylib ou LyfPay.
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Alipay se concentre sur les pays émergents, sous-bancarisés, en Asie, où son porte-monnaie électronique a été lancé en version locale dans huit pays, en Malaisie, en Thaïlande, aux Philippines, etc., sans oublier l'Inde où Paytm, dont Alibaba et Ant Financial sont actionnaires, enregistre une très forte croissance. Le directeur général d'Ant Financial, Eric Jing, avait déclaré au Forum de Davos l'an dernier que la vision du groupe était de devenir « une entreprise mondiale avec 2 milliards d'utilisateurs dans les 10 ans à venir. »