Le chinois Alipay passe au « déploiement massif » en France

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Un coup de douchette sur le smartphone à la caisse et c'est payé. Le paiement par QR code avec l'application Alipay est accepté au Printemps Haussmann depuis l'automne 2016. Il l'est aux Galeries Lafayette depuis ce mois-ci. L'accord avec Ingenico va lui permettre de toucher de plus petits commerçants.
Un coup de douchette sur le smartphone à la caisse et c'est payé. Le paiement par QR code avec l'application Alipay est accepté au Printemps Haussmann depuis l'automne 2016. Il l'est aux Galeries Lafayette depuis ce mois-ci. L'accord avec Ingenico va lui permettre de toucher de plus petits commerçants. (Crédits : Paul Blind/Wirecard AG)
La solution de paiement d'Ant Financial (groupe Alibaba), qui a démarré au Printemps, aux Galeries Lafayette et chez Sephora, a finalisé un partenariat avec le fabricant de terminaux Ingenico qui lui ouvrira les portes d’une majorité de commerçants en France. Ce géant du paiement, avec plus de 600 millions d’utilisateurs actifs, veut capitaliser sur l’ambition de la France de passer de 2 à 5 millions de touristes chinois dans l’Hexagone d’ici à 2020.

Son logo bleu a commencé à fleurir dans les grandes enseignes parisiennes, et même dans les pharmacies du quartier Haussmann : Alipay, la solution de paiement mobile la plus utilisée par les Chinois, avec plus de 600 millions d'utilisateurs actifs et plus de 60% des volumes de transactions, tisse sa toile dans l'Hexagone. À la fois porte-monnaie électronique et application de paiement par code-barres QR à scanner, la marque d'Ant Financial, filiale du géant de l'e-commerce Alibaba, a commencé à nouer toute une série de partenariats afin de se substituer au paiement par carte ou en cash des touristes chinois en visite en France : avec le Printemps, premier grand magasin à l'accepter à l'automne 2016, via l'entreprise allemande Wirecard, puis avec BNP Paribas et les Galeries Lafayette, Sephora, Guerlain.

Il lui fallait construire l'infrastructure technique : c'est chose faite avec le fabricant français de terminaux de paiement Ingenico, leader du marché, qui va lui ouvrir les portes d'un très grand nombre de magasins.

« Nous venons de finaliser les développements techniques et logiciels avec Ingenico : tous ses terminaux seront capables de lire un QR Code, d'un coup de douchette, pour les plus récents, ou d'en émettre un à scanner par téléphone pour les anciens » nous apprend Jean-Cyrille Girardin, le responsable des partenariats stratégiques en Europe chez Alipay.

« Nous disposons aujourd'hui d'une solution permettant de toucher la vaste majorité des commerçants français. Nous allons entrer dans une phase de déploiement massif et d'industrialisation. 2018 sera une année charnière pour Alipay en France » estime-t-il.

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[Alipay a aussi signé avec la Banque Edel, du distributeur E. Leclerc. Crédits Banque Edel]

Un marché de 5 millions de touristes en France en 2020 ?

L'entreprise chinoise travaille aussi avec l'américain Verifone, l'autre fabricant de terminaux de caisses très présent en France, afin d'adapter les machines, conçues pour les cartes bancaires, au paiement par scan de code-barres. Elle a aussi noué des partenariats avec d'autres spécialistes du paiement comme la Fintech néerlandaise Adyen et le français Hipay. Elle discute avec d'autres banques, elle a déjà signé avec la Banque Edel du distributeur Leclerc.

« Nous voulons plus de partenaires bancaires. Nous n'avons pas d'exclusivité avec BNP Paribas et certains commerçants, notamment ceux de proximité, les TPE, ne veulent pas ouvrir de compte dans une autre banque que la leur » indique Jean-Cyrille Girardin.

C'est l'acquéreur (l'entreprise qui s'occupe de la collecte de l'argent lors d'un paiement), autrement dit la banque ou le prestataire de services de paiement, qui est chargé du contrat, Alipay étant rémunéré à la commission sur les volumes.

L'objectif de la Fintech chinoise est d'être acceptée le plus largement possible : si la solution est d'abord lancée dans les magasins parisiens, Alipay vise « une couverture nationale » pour suivre l'évolution des comportements des touristes chinois qui s'aventurent de plus en plus en régions, dans les Alpes par exemple, et hors des parcours habituels, jusque dans de petites boutiques signalées par des influenceurs sur les réseaux sociaux. Fin avril, tous les magasins Sephora seront équipés de terminaux compatibles. Alipay, qui a également signé avec des chaînes de pharmacies, espère  « cibler beaucoup plus de commerçants  » et répondre à « tous les besoins de dépenses », en ne s'interdisant aucun secteur (hôtellerie, loisirs, transports, etc.).

La filiale d'Alibaba veut capitaliser sur l'ambition de la France d'attirer 5 millions de touristes chinois par an d'ici à 2020, contre 1,8 million l'an dernier (en reprise après un net repli à la suite des attentats de 2015). « Nous apportons des services utiles, par exemple nous facilitons la détaxe, qui est créditée immédiatement dans le wallet au Printemps, et peut être dépensée directement » ajoute le représentant du porte-monnaie électronique chinois.

Concurrence de Wechat Pay

Alipay n'est pas seul à courtiser cette clientèle parmi les plus dépensières (4 milliards d'euros soit 1.647 euros par visiteur selon les chiffres 2017 de la Banque de France). Très prisé des Millenials, son concurrent WeChat Pay, aux 600 millions d'utilisateurs actifs, a également signé des partenariats en Europe : il a devancé Alipay aux Galeries Lafayette avec BNP Paribas et propose depuis l'automne dernier des tickets mobiles dans huit sites du Centre des monuments nationaux (Arc de Triomphe, Conciergerie, Panthéon, abbaye du Mont St-Michel, château de Carcassonne, etc.).

« Nous avons démarré dans l'e-commerce et sommes très utilisés dans la vente. WeChat Pay vient de la communication, des réseaux sociaux : il s'agit plutôt de petits montants, dans la vie quotidienne » répond Alice Zhan, directrice du business développement en Europe chez Alipay.

« Le débat n'est pas Alipay ou WeChat Pay. La concurrence est saine. Notre enjeu est de convaincre les commerçants de la valeur que nous apportons. Notre avantage c'est notre écosystème complet, nous faisons du crédit, nos clients peuvent puiser dans leur compte d'épargne. Grâce au big data d'Alibaba, nous savons qui vient en France et quand. Nous pouvons communiquer sur une offre promotionnelle avant même la venue des touristes en France » met-elle en avant.

Alipay affirme grignoter des parts de marché sur l'usage du cash et de la carte bancaire (le réseau chinois Union Pay) et générer des dépenses supplémentaires.

« Nous offrons le meilleur taux de change par rapport à Visa, Mastercard et Union Pay dans 95% des cas chaque jour » assure la représentante d'Alipay.

Cependant, le géant chinois se montre très discret sur sa percée en France. « Les chiffres n'étaient pas significatifs jusqu'ici » selon Jean-Cyrille Girardin.

Pour l'instant, sa priorité est  « d'accompagner les utilisateurs venant de Chine, ainsi que la communauté chinoise de France » (estimée entre 600 et 700.000 personnes, la plus importante d'Europe) selon Alice Zhan, et non de chercher à convertir les Français, qui disposent déjà de solutions locales de paiement mobile comme Lydia, Paylib ou LyfPay.

Alipay se concentre sur les pays émergents, sous-bancarisés, en Asie, où son porte-monnaie électronique a été lancé en version locale dans huit pays, en Malaisie, en Thaïlande, aux Philippines, etc., sans oublier l'Inde où Paytm, dont Alibaba et Ant Financial sont actionnaires, enregistre une très forte croissance. Le directeur général d'Ant Financial, Eric Jing, avait déclaré au Forum de Davos l'an dernier que la vision du groupe était de devenir « une entreprise mondiale avec 2 milliards d'utilisateurs dans les 10 ans à venir. »

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Commentaires
a écrit le 27/03/2018 à 10:52 :
il faudrait plutot obliger les chinois a faire des co entreprises ou ils detiennent 49% et ou ils vont faire des transferts de technologies.......... c'est comme ca que ca se passe en chine, non?
Réponse de le 28/03/2018 à 8:20 :
C'est vrai mais si finalement les chinois décident d'être plus souples les délocalisations vers la Chine vont accélérer.

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