Pourquoi la Banque mondiale a émis la première obligation sur la Blockchain

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Baptisé « Bondi » pour Blockchain-operated new debt instrument (nouvel instrument de dette opéré sur la Blockchain), il s'agit de « la première obligation digitale au monde » fait valoir la Banque mondiale.
Baptisé « Bondi » pour Blockchain-operated new debt instrument (nouvel instrument de dette opéré sur la Blockchain), il s'agit de « la première obligation digitale au monde » fait valoir la Banque mondiale. (Crédits : DR)
L’institution internationale a réalisé le tout premier emprunt obligataire émis, alloué et géré grâce à la technologie de registre distribué, dite de « chaînes de blocs ». Une première technologique et financière en partenariat avec la Commonwealth Bank of Australia et Microsoft.

On n'arrête pas l'innovation dans la finance. Une première mondiale a été accomplie cet été : l'émission d'un emprunt obligataire sur la Blockchain, de sa création à son allocation, puis le transfert des titres et leur gestion tout au long de leur durée de vie. C'est la Banque mondiale qui a réalisé cette opération inédite le 23 août dernier : l'institution internationale, acteur majeur du marché obligataire avec 50 à 60 milliards de dollars émis chaque année et une notation d'excellence (Triple A), a travaillé en partenariat avec la Commonwealth Bank of Australia, qui a elle-même développé la plateforme en utilisant une blockchain privée Ethereum, le protocole d'échanges décentralisés considéré comme le plus prometteur, au sein de son centre d'excellence d'innovation Blockchain de Sydney.

L'émission de ces obligations « kangourou » de 110 millions de dollars australiens (environ 68 millions d'euros), d'une durée de deux ans, a été entièrement réalisée sur cette plateforme numérique, alors que la traditionnelle construction du livre d'ordres reste un processus en partie manuel et fastidieux, dans un marché fonctionnant encore avec de nombreux intermédiaires.

« Nous pensons que la Blockchain a un énorme potentiel pour promouvoir la confiance, la fiabilité, la résilience, ce dont les pays que nous aidons ont besoin, et pour transformer les marchés de capitaux, les rendre plus sûrs et plus efficients » a fait valoir Arunma Oteh, responsable de la trésorerie à la Banque mondiale, ce mardi 4 septembre, lors du Blockchain Policy Forum  organisé à Paris par l'OCDE. « Notre objectif est d'en finir avec l'extrême pauvreté et nous pensons que la Blockchain peut nous aider à remplir notre mission. »

L'émission a été réalisée au nom de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l'une des branches de la Banque mondiale.

Banque mondiale Blockchain Arunma Oteh

[Arunma Oteh, la trésorière de la Banque mondiale, au Blockchain Policy Forum de l'OCDE, mardi 4 septembre]

« Première obligation digitale au monde »

Baptisée « Bondi » (prononcer « bondaille ») pour Blockchain-operated new debt instrument (nouvel instrument de dette opéré sur la Blockchain), un clin d'œil à la célèbre plage du même nom près de Sydney, il s'agit de « la première obligation digitale au monde » fait valoir la Banque mondiale.

« En utilisant la Blockchain, au lieu d'enregistrer les transactions dans un système centralisé avec un registre archivé, il y a un seul enregistrement, continu et vérifiable, d'informations, un registre d'actifs distribué résilient, une source unique de vérité. Comme la Blockchain est sécurisée, seuls les participants autorisés peuvent accéder au registre. Ils peuvent détenir et échanger leurs actifs de manière sécurisée en une affaire de secondes » explique l'institution dans une vidéo de présentation.

[Clip de présentation du Bond-i. Crédits : Trésorerie de la Banque mondiale]

Si l'opérateur télécoms russe MTS et la Sberbank revendiquent d'être les pionniers, l'émission de 750 millions de roubles (soit un peu moins de 10 millions d'euros), d'une durée de six mois, réalisée en mai dernier par le biais de « smart contracts » sur une plateforme Blockchain (Hyperledger Fabric 1.1) était de bien moindre ampleur et s'apparentait à des billets de trésorerie, le placement auprès des investisseurs étant privé et les échanges de gré à gré.

« Notre obligation à deux ans à taux fixe, dont le prix a été fixé en ligne avec celui de nos autres émissions en dollars australiens, a attiré de plus grands investisseurs qu'à l'accoutumée et nous avons émis un montant plus important que prévu (100 millions initialement, ndlr) » s'est félicitée la trésorière de la Banque mondiale au Forum de l'OCDE.

Outre des fonds et un assureur australiens, la banque privée américaine Northern Trust a fait partie des investisseurs participants.

« Nous voulions comprendre l'impact potentiel de la technologie Blockchain, à travers une transaction en conditions réelles. Nous avons travaillé avec nos collègues juristes, ceux de l'informatique, et des partenaires, dont Microsoft qui a assuré l'évaluation indépendante du code de la plateforme », a précisé la grande argentière de la World Bank, qui est aussi sa vice-présidente.

L'infrastructure de la Banque mondiale est opérée depuis son siège de Washington et utilise la plateforme cloud de Microsoft Azure. Le cabinet d'avocats King & Wood Mallesons s'est occupé de l'architecture juridique de cette émission obligataire un peu particulière.

La Blockchain au service du développement

Très grosse machine financière, gérant un portefeuille de dettes de 200 milliards de dollars et de 600 milliards de dérivés pour se couvrir des risques, la Banque mondiale espère montrer la voie à d'autres institutions et jouer le rôle de locomotive. Elle a créé en juin 2017 un Blockchain Lab pour étudier les applications de cette technologie dans le champ de l'aide au développement. Sa trésorière a cité l'exemple du Programme alimentaire mondial des Nations unies qui utilise une Blockchain Ethereum pour le transfert d'argent et fournir des coupons aux réfugiés syriens en Jordanie. Ou encore l'initiative TrustChain d'IBM  pour « assurer la traçabilité de la mine à la boutique de joaillerie et garantir qu'il n'y a pas de diamants de conflits mais de l'or responsable. »

« A la Banque mondiale, nous cherchons constamment de nouveaux moyens de rendre les marchés plus efficients et à tirer parti, avec prudence, des nouvelles technologies » a déclaré Arunma Oteh. « La Blockchain a beaucoup de potentiel. C'est à nous de s'assurer que nous l'utilisons pour faire le bien. »

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Commentaires
a écrit le 06/09/2018 à 18:09 :
Réponse à la question du titre : la responsable de la trésorerie de la BM l'a dit : « Notre objectif est d'en finir avec l'extrême pauvreté et nous pensons que la Blockchain peut nous aider à remplir notre mission ". Ensuite les actionnaires des obligs Kangourou iront 2 ans plus tard se dorer à Bondi beach, contents de lutter contre l'extrême pauvreté ...
a écrit le 06/09/2018 à 10:07 :
voui mais attention a ne pas confondre
blockchain et bitcoin

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