Trump et le Brexit, aiguillons des marchés, points d’interrogation en 2017

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Wall Street a été dopée par l'effet Trump depuis début novembre : le Dow Jones, le S&P 500 et l'indice  Nasdaq cotent à leurs plus hauts niveaux historiques.
Wall Street a été dopée par l'effet Trump depuis début novembre : le Dow Jones, le S&P 500 et l'indice Nasdaq cotent à leurs plus hauts niveaux historiques. (Crédits : DC)
Après un premier semestre en dents de scie, les Bourses européennes ont bien encaissé le Brexit : c’est même la Bourse de Londres qui a le mieux performé cette année. L’élection de Donald Trump a fait s’envoler le Dow Jones ces deux derniers mois. Pourtant les incertitudes sur sa politique économique et surtout commerciale pourraient peser sur les marchés actions en 2017.

Le Dow Jones flirtant avec le seuil jamais atteint des 20.000 points, le FTSE 100 londonien à un nouveau record historique de clôture : qui, en janvier dernier, eut cru que l'année allait terminer sur une telle note quasi euphorique ? A la City, où le Footsie caracole au-dessus des 7.100 points et gagne plus de 13% sur douze mois, on évoque un traditionnel (mais pas systématique) « rally de fin d'année » ou « du Père-Noël » ("Santa Claus rally"), dans un marché sans tendance aux faibles volumes d'échanges. A Wall Street, il pourrait encore s'écouler plusieurs dizaines de séances avant de voir le cap symbolique des « 20K » franchi par le Dow : les investisseurs, peu nombreux, prennent leurs bénéfices après six semaines d'effet Trump. Le S&P 500 cote également à ses plus hauts niveaux historiques, tout comme le Nasdaq. Les marchés actions américains sont redevenus « great again ».

Le S&P 500 sur 5 ans

 [Evolution de l'indice S&P 500 des 500 plus grandes valeurs américaines depuis cinq ans. Crédit : Bloomberg]

Volatilité, résistance et rotation

Si l'on y regarde de plus près, à la veille de la dernière séance de l'année, 2016 n'a pas été de tout repos sur les marchés actions. Wall Street a même vécu son pire démarrage annuel, sur fond de craintes d'un ralentissement de la croissance chinoise, et partant, mondiale, avec des cours du pétrole au plus bas depuis 12 ans, sous les 30 dollars le baril. Les grandes places financières ont connu une forte volatilité, des rebondissements en mode montagnes russes et l'amorce d'une « grande rotation » des actifs et sectorielle, au profit des actions et des valeurs cycliques en particulier (luxe, pétrole, métaux, construction), au détriment des obligations et des secteurs considérés comme « défensifs » (télécoms, distribution, agro-alimentaire).

Face aux surprises sorties des urnes, plus que des indicateurs économiques, les investisseurs ont finalement montré un sérieux sang-froid, ou pris le parti de l'optimisme. Car paradoxalement, l'impensable Brexit et l'improbable élection de Trump auront été les principaux moteurs des grands indices.

FTSE 100 depuis 1984

[Evolution historique du FTSE 100 au London Stock Exchange. Crédit : Yahoo Finance]

Effet booster du sterling

Le « oui » au référendum du 23 juin sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne a provoqué le lendemain un plongeon des bourses dans le monde (-8% à Paris, -12% à Madrid, -6% à Francfort, -3,4% à New York et seulement -3,15% à Londres), brutal mais de courte durée. Les marchés ont rapidement rebondi pendant l'été. L'économie britannique a plutôt bien résisté et la Bourse de Londres a profité de la baisse de la livre sterling (en repli de 17% par rapport au dollar et de près de 14% par rapport à l'euro). Cet effet devise, qui accroît mécaniquement les résultats des multinationales british réalisés à l'étranger, a dopé les cours des stars du London Stock Exchange, en particulier les minières, éclipsant totalement les immenses incertitudes pesant pourtant sur les modalités de la séparation et les perspectives économiques du pays à moyen terme.

Aveuglement avant d'entrer dans le vif du sujet en 2017 ou incrédulité à l'égard des inextricables conséquences d'un divorce non préparé ? L'effet booster du sterling se prolongera-t-il ou l'inflation importée rognera-t-elle le pouvoir d'achat et la consommation des ménages britanniques ? Ce sont les gros points d'interrogation de l'année à venir.

Construction, énergie, banques et pharma

En novembre, les investisseurs ont balayé aussi vite les inquiétudes soulevées par une présidence Trump. Les marchés américains ont fortement baissé avant l'élection, le 8 novembre, lorsque l'écart entre l'incontrôlable candidat républicain et Hillary Clinton, la favorite de Wall Street, se resserrait dans les sondages.

La victoire du milliardaire, finalement perçu comme très pro-business derrière ses outrances verbales de campagne, a été accueillie par un record historique et une ruée sur les valeurs pressenties comme les grandes gagnantes d'un futur plan de relance et de grands travaux d'infrastructures, ainsi que d'un allègement de la réglementation : les firmes à l'activité liée à la construction, à l'énergie et au pétrole, les pharmaceutiques et les bancaires. En tête du palmarès du Dow, se distinguent Caterpillar (+38%), Goldman Sachs (la banque d'affaires dont Trump a débauché le patron et un ancien dirigeant) et JPMorgan Chase (33% et 32%), Chevron et Exxon Mobil - dont le PDG a lui aussi rejoint l'équipe Trump (+31% et +16%), ou encore Johnson & Johnson et Merck (+12%).

 Dow Jones depuis Election Day

 [La cavalcade du Dow Jones depuis Election Day le 8 novembre 2016. Crédit : Bloomberg]

En Europe aussi, les derniers mois ont permis de sauver l'année, et l'Euro Stoxx 50 va terminer étal, grâce notamment au redressement des bancaires, qui profitent de perspectives d'un redressement des taux d'intérêt. Le CAC 40 devrait finir sur un gain de 4,5%, moitié moins qu'en 2015, grâce à Arcelor Mittal (+133%), Technip (+48%) et Kering (+35%), Schneider et LVMH. En Allemagne, le DAX, porté par Siemens (+29%) et BASF, devrait faire un peu mieux (+6,8%). Mais l'indice milanais, plombé par ses banques, est en recul de 10% sur l'année, l'Ibex 35 madrilène de 2%.

CAC40 en 2016

[Evolution de l'indice CAC 40 à la Bourse de Paris en 2016. Crédit : Bloomberg]

Ce relatif optimisme est-il justifié ? Pas forcément selon les prévisionnistes, plutôt dubitatifs sur les moteurs de la croissance et des marchés financiers.

Bull market et croissance anémique

Neil Dawne, le stratégiste d'Allianz Global Investors, anticipe ainsi « une croissance économique mondiale durablement atone, anémique et morose ». Y compris aux Etats-Unis, qui comme l'Union européenne, resteront « englués dans l'une des reprises économiques les plus anémiques de l'histoire ».

Quid de l'effet dopant Trump, alors ? Le futur président américain est un énorme point d'interrogation à lui tout seul. Or en huit semaines, les marchés actions américains se sont appréciés de 2.000 milliards de dollars. Et les multiples de valorisation commencent à être élevés (dans les 19 fois les profits à venir pour les indices américains), bien qu'il ne soit pas garanti que les bénéfices suivent. Combien de temps durera encore ce règne du taureau, le symbole des marchés haussiers, qui entre dans sa huitième année ?

Si les baisses d'impôts attendues après la prise de fonctions de Trump, le 20 janvier, et une possible amnistie fiscale sur le cash des multinationales hébergé offshore, seraient très favorables aux entreprises, le durcissement des relations commerciales internationales et le projet de "taxe frontalière" pourraient freiner la croissance, voire entraîner une récession dans certains secteurs industriels. Et ce sans parler des effets indirects sur les marchés émergents.

William Nygren, associé chez Harris Associates (groupe Natixis), souligne « les inconnues de l'administration Trump », alors que le futur président a promis des politiques « à la fois pro-croissance et anti-croissance » pendant la campagne :

« Si la nouvelle administration Trump se concentre sur la réforme fiscale et la réduction du fardeau des réglementations, le résultat serait probablement une augmentation significative de la croissance. Si au contraire elle se concentre sur les restrictions du commerce mondial et l'expulsion des immigrés illégaux, la croissance diminuerait probablement ».

Une politique protectionniste pourrait avoir des effets boomerang dévastateurs pour l'économie américaine et mondiale. Il faut donc se préparer à d'autres montagnes russes  sur les marchés l'année prochaine. Stefan Kreuzkamp, le responsable des investissements chez Deutsche Asset Management, met ainsi en garde :

« Pour l'instant, les marchés jouent le scénario de "la croissance plus élevée avec une hausse contrôlée de l'inflation". Au mieux, cette euphorie engage sa propre dynamique et se reflète dans les données économiques avant même que les mesures du gouvernement (Trump) soient adoptées. Sinon, les marchés américains se prennent au piège d'une potentielle grosse déception. Si la nouvelle administration prend plus de temps que prévu à accepter les réalités du pouvoir, l'enthousiasme du marché pourrait s'interrompre de manière brutale ».

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Commentaires
a écrit le 31/12/2016 à 0:14 :
and what about "haussière" instead of bullish ?
a écrit le 30/12/2016 à 17:10 :
Bien sûr que les marchés financiers, comme le "bon peuple" (les sans dents) voient avec plaisir le brexit et l'annonce par Trump d'un certain protectionnisme . Ah les journalistes nous tournent en boucle l'inverse ; tout cela parce qu'ils répètent depus 20 ans ce qu'ils ont appris à l'école ... la globalisation, la fin des états et des peuples ... au nom d'une finance qui a d'autres moyens .
a écrit le 30/12/2016 à 13:35 :
La peur du changement change de camp!
a écrit le 30/12/2016 à 10:21 :
Votre manque de cynisme est étonnant. Je penche personnellement pour une belle croissance boursière pour deux ans et une belle crise par la suite. Mettez vous dans la tête de M. Trump et dans celle des dirigeants de Goldman Sachs.

Dérèglementation, banquiers habitués aux beaux coups, président milliardaire... Tout est là.

f(x)=-1/x
Réponse de le 30/12/2016 à 17:46 :
Vous avez raison : chez Goldman Sachs, on gagne plus d'argent dans les marchés baissiers, après les avoir bien fait monter.
Le problème : ça ne va pas être de la tarte, cette fois-ci, puisque les marchés ont déjà bien progressé, et sont plutôt chers.
a écrit le 30/12/2016 à 10:14 :
Même la finance profite du fait qu'il y ai moins de finance et c'est logique puisqu'elle n'incarne rien de concret et tous les décideurs pourtant attendent qu'elle guide l'économie alors qu'elle ne fait que la suivre.

Je ne vais pas rappeler le coup du brexit et de nos médias qui voyaient l’Angleterre couler dès le vote pour la sortie de l'UE au final elle s'en sort très bien et tout se passera bien. L'UE n'a même plus les moyens de faire payer les désobéissants c'est une excellente nouvelle en ce qui concerne un futur frexit.

La finance qui voulait Clinton et ne voulait pas du brexit au final est contente d'avoir Trump et que l’Angleterre soit sortie de l'UE, d'ici à affirmer que la finance ne sait absolument pas ce qu'elle veut et où elle va il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement.
Réponse de le 30/12/2016 à 15:10 :
Vous feriez mieux de rappeler que le Brexit n'a pas encore eu lieu et que par conséquent ses effets principaux sont encore à venir. Les anglais ont déjà pu constater une baisse significative de leur pouvoir d'achat car les prix ont fortement augmenté au Royaume-Uni.
Récession, baisse des ressources fiscales, chômage, baisse des investissements étrangers..
Il faut vraiment ne pas lire la presse économique britannique et internationale pour dire que le Brexit est positif pour l'économie britannique.
C'est un choix politique défendable en tant que tel mais destructeur pour l'économie.
Réponse de le 30/12/2016 à 17:18 :
Réponse à Eric

Vous affirme que les Britanniques, depuis le référendum sur le Brexit, ont perdu du pouvoir d'achat , il est bien trop tôt pour le dire . Par contre, depuis des années : les Français , et les autres européens , en ont perdu .
L'UE est une machine à perdre pour les peuples européens .
Réponse de le 30/12/2016 à 17:20 :
Réponse à Eric

Vous affirmez que les Britanniques, depuis le référendum sur le Brexit, ont perdu du pouvoir d'achat ; en fait, il est bien trop tôt pour le dire . Par contre, depuis des années : les Français , et les autres européens , en ont perdu .
L'UE est une machine à perdre pour les peuples européens .
Réponse de le 30/12/2016 à 20:07 :
Je ne parle pas du brexit en lui même je parle du référendum qui a mené au brexit, tous les médias ont annoncé la fin des anglais s'ils votaient pour la sortie de l'UE, l'histoire leur a rabattu leur caquet.

Si vous pouviez mieux me lire et me comprendre avant d'intervenir ce ne serait pas du luxe, merci.

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