Le charbon ? Les banques commencent à lui dire "non"

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Selon les ONG Oxfam et Les Amis de la Terre, « aucune transition énergétique véritable ne pourra se faire, aujourd'hui, sans une réallocation des flux financiers internationaux des énergies fossiles vers une économie non carbonée ».
Selon les ONG Oxfam et Les Amis de la Terre, « aucune transition énergétique véritable ne pourra se faire, aujourd'hui, sans une réallocation des flux financiers internationaux des énergies fossiles vers une économie non carbonée ». (Crédits : REUTERS/Ina Fassbender)
Ces derniers mois, tandis que la COP21 approchait, plusieurs banques, en France et à l'étranger, ont réduit leurs financements de l'industrie du charbon. Sous la pression des ONG, mais aussi en raison d'une prise de conscience des risques écologiques, économiques et... réglementaires liés à cette industrie.

À la veille de la COP21, la conférence internationale sur le climat, qui se déroulera à Paris début décembre, les ONG ne relâchent pas la pression sur les banques. Concernées, les banques ? Certes, les banquiers prennent l'avion plus souvent qu'à leur tour pour rendre visite à leurs grands clients aux quatre coins du monde, mais cela ne fait pas pour autant du secteur bancaire un grand pollueur, contrairement à l'industrie pétrolière, par exemple.

Reste que si les banques ne jouent pas un rôle direct dans le réchauffement climatique, elles y contribuent indirectement, à travers les financements qu'elles accordent aux industries polluantes. Des financements qui, malgré les enseignements qui auraient pu être tirés du grand sommet de Copenhague sur le climat en 2009, continuent d'être très supérieurs aux montants alloués aux énergies renouvelables, dénoncent les ONG Oxfam France et Les Amis de la Terre France, dans un rapport publié le 5 novembre.

D'après cette étude, les 25 plus grandes banques mondiales ont financé les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) à hauteur de 847 milliards d'euros entre 2009 et 2014, à travers des prêts et des émissions d'actions et d'obligations. Une somme près de dix fois supérieure aux 89 milliards d'euros qu'elles ont consentis, dans le même temps, aux énergies renouvelables.

Les cinq premières banques françaises ne sont pas en reste : BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole, le Groupe BPCE (Banque populaire-Caisse d'épargne) et le Crédit mutuel ont financé les énergies fossiles à hauteur de 129 milliards d'euros entre 2009 et 2014, et les énergies renouvelables à concurrence de 18 milliards seulement. Soit un rapport de un à sept en faveur des premières.

« À ce rythme, le soutien des banques françaises aux énergies renouvelables ne dépassera jamais celui apporté aux énergies fossiles », s'inquiètent Oxfam et Les Amis de la Terre, dans leur étude. Or, poursuivent les deux ONG, « aucune transition énergétique véritable ne pourra se faire, aujourd'hui, sans une réallocation des flux financiers internationaux des énergies fossiles vers une économie non carbonée ».

En France, un mouvement amorcé au printemps

Des mouvements encourageants se sont cependant produits au cours des derniers mois. En avril, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit Agricole ont renoncé à participer au financement de très importants projets charbonniers en Australie. Sous la pression, c'est vrai, d'une quarantaine d'ONG, qui redoutaient les conséquences de ces projets pour la Grande Barrière de corail, classée au patrimoine mondial de l'humanité.

Le 13 mai, en amont de son assemblée générale annuelle, le Crédit agricole faisait un pas supplémentaire en décidant de ne plus financer les projets de mines de charbon, l'énergie fossile la plus polluante, ainsi que les exploitants spécialisés dans cette activité. La banque verte est allée plus loin encore le 30 septembre, en annonçant qu'elle ne financerait plus de nouvelles centrales ni d'extensions de centrales électriques au charbon dans les pays à hauts revenus, où des alternatives au charbon existent.

Le 5 octobre, dans le sillage de Bank of America, la banque américaine Citi assurait que ses crédits aux mines de charbon avaient déjà diminué de « manière significative » depuis 2011, et que cette tendance allait « se poursuivre ». Dix jours plus tard, Natixis, la banque de financement et d'investissement du groupe BCPE, jetait un nouveau pavé dans la mare des énergies fossiles en s'engageant à ne plus financer de centrales électriques au charbon, ni de mines de charbon thermique, et ce, dans le monde entier, « en l'état actuel des technologies ». Si la banque a choisi de cesser de financer le secteur du charbon thermique, ce n'est pas seulement par civisme, mais également pour prendre en compte « les risques économiques et réglementaires associés à l'industrie du charbon ».

De fait, limiter à 2 degrés Celsius le réchauffement climatique d'ici à 2050 - un objectif à la base des négociations climatiques en cours -impliquerait de ne consommer que 20 % des réserves mondiales de carbone fossile, d'après une étude publiée en 2011 par l'ONG Carbon Tracker Initiative. Autrement dit, 80 % des réserves d'énergies fossiles dans le monde seraient appelées à perdre leur valeur, avec, à la clé, des conséquences désastreuses pour leurs producteurs et, partant, pour ceux qui les financent. C'est dire si, compte tenu de ce risque financier, couplé au risque d'image ou de réputation, le financement des énergies fossiles semble aujourd'hui bien moins attractif.

Aussi Natixis a-t-elle également décidé de ne plus accepter de nouveaux mandats de conseil ou d'arrangement liés au financement des industries du charbon, et de ne plus financer de sociétés dont plus de 50 % de l'activité repose sur l'exploitation de centrales électriques au charbon ou de mines de charbon thermique.

Discrimination positive pour les pays émergents

Une série de décisions qui complètent celle de ne pas participer au financement du moutaintop removal mining, une forme d'extraction du charbon très agressive, pratiquée dans la chaîne des Appalaches, aux États-Unis. Enfin, coup sur coup, les 18 et 19 novembre, à dix jours de la COP21, la Société générale et BNP Paribas ont annoncé leur intention de réduire la voilure dans le financement de l'industrie du charbon. La Société générale ne consentira plus de crédits aux projets de mines de charbon dans le monde, et arrêtera de financer les projets de centrales thermiques à charbon dans les pays de l'OCDE à revenus élevés. En revanche, elle continuera à financer les centrales à charbon dans les pays émergents comme la Russie, la Chine, l'Inde, ou l'Afrique du Sud, afin d'accompagner leur transition énergétique, ces pays étant encore très dépendants du charbon.

De même, si BNP Paribas ne finance plus l'extraction du charbon ni les centrales à charbon dans les pays à revenus élevés, la banque juge peu réaliste d'arrêter totalement le financement des énergies fossiles, puisque, dans certains pays, il n'existe pour l'heure pas d'alternative d'accès à l'énergie. Et la banque a décidé de doubler ses financements des énergies renouvelables, qui passeront de 6,9 milliards d'euros en 2014 à 15 milliards en 2020 et à soutenir les « obligations vertes ». BNP Paribas veut aussi mettre 100 millions d'euros à destination des startups qui travaillent dans les technologies de stockage de l'énergie et les réseaux intelligents.