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Comment l'Etat français a sauvé deux fois Nexter

Michel Cabirol

Publié le 05 juin 2012 à 16:30

Le Quotidien Numérique

16 juillet 2026

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Après avoir été soutenu financièrement grâce à une recapitalisation massive de l'État de 1 milliard en 2004, le groupe public d'armement terrestre, Nexter (ex-Giat-Industries), a été également porté à bout de bras sur le plan industriel par le ministère de la Défense. C'est ce que révèle un rapport du ministère de la Défense à quelques jours de l'ouverture du salon Eurosatory.

Caesar, Aravis... deux des principaux nouveaux programmes du groupe public d'armements terrestres, Nexter, qui n'ont jamais été inscrits dans une loi de programmation militaire (LPM), ont pourtant in fine été achetés par l'armée de terre. C'est ce que révèle un rapport du ministère de la Défense. L'automoteur, baptisé Canon équipé d'un système d'artillerie (Caesar) a permis de "maintenir l'activité de notre industrie d'armement terrestre au début des années 2000", selon le rapport du ministère de la Défense. Il s'agissait "d'éviter une interruption préjudiciable de l'activité industrielle de Nexter suite à l'arrêt du programme AUF2", explique le rapport.

Pour le véhicule blindé, l'Aravis, l'une des raisons de cet achat réside dans une nouvelle aide industrielle apportée à Nexter. Cette fois "dans la mise au point et l'exportation d'un engin blindé que Nexter avait développé sur fonds propres" dès 2006. Cette acquisition, révèle le rapport, "devait permettre de soutenir l'emploi dans un tissu industriel réparti sur sept régions, et composé, en plus de Nexter, de ses fournisseurs, qui réalisent 65 % du matériel, dont 40 % par des petites et moyennes entreprises françaises", qui étaient très chères au ministre de la Défense d'alors, Hervé Morin. Clairement, au-delà de l'urgence opérationnelle, qui avait été la seule raison évoquée à l'époque, la décision d'acheter des Aravis par la France répondait également à l'objectif d'éviter une noyade de Nexter.

L'Aravis a coûté "relativement" cher à l'Etat

L'Aravis, un blindé de 12,5 tonnes, a d'ailleurs coûté "relativement" cher à l'Etat, estime le rapport du ministère de la Défense. C'est en avril 2009 que la Délégation générale pour l'armement (DGA) conclut avec à Nexter Systems un contrat d'un montant de près de 20 millions d'euros, dont 15 millions au titre du plan de relance, pour répondre à un besoin urgent de protection des soldats contre les explosions de mines ou d'engins explosifs improvisés, les fameux IED, très meurtriers en Afghanistan.. Les 5 millions restants, permettant l'acquisition d'un tourelleau téléopéré sur chaque véhicule, ont été financés par l'Etat-major sur ses propres crédits d'équipement. Pour un coût de 1,19 million d'euros l'unité. Très cher pour un blindé de ce type, son concurrent allemand, le Dingo 2, coûterait autour de 900.000 euros.

"Le coût relativement élevé de l'opération pour un petit nombre de blindés tient, d'une part, à la priorité qui a été donnée à la recherche de la protection la plus grande de militaires particulièrement exposés mais aussi, d'autre part, à la série réduite de véhicules produits", explique le rapport... qui précise que les négociations entre l'industriel et la DGA ont permis de faire baisser le prix de 5 %... Sauf qu'au final, la facture a dérapé de 5,5 % pour atteindre 21,1 millions d'euros, note le rapport. Elle aurait pu même être beaucoup plus salée. Car "par rapport au véhicule développé par Nexter, 120 modifications ont été apportées, sur les 600 demandées afin de répondre au mieux à la fiche d'expression du besoin (FEB) établie par l'armée de terre", souligne le rapport.

Les objectifs atteints

Développé sur fonds propre par Nexter, le ministère de la Défense a dû acheter "sur étagère" l'Aravis. Le coût d'acquisition s'élève à 17,9 millions d'euros pour la construction de 15 véhicules, 1,8 million pour le soutien initial et l'assistance technique pendant un an, 300.000 euros pour la mise au point de la présérie de quatre véhicules, et enfin 1,1 million pour le soutien en opération extérieure (OPEX). A cela il faut rajouter le coût du soutien, qui a été estimé à 1,21 million par an, soit sur une période de 19 ans, à 23 millions d'euros pour l'ensemble du parc. Le coût global de possession de l'Aravis est évalué à 44,1 millions d'euros pour les 20 années de service.

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Pour autant, "les objectifs, opérationnel d'une part, et la recherche du soutien à l'emploi chez le constructeur d'autre part, ont été atteints, le véhicule ayant trouvé sa place dans les forces sur le théâtre afghan alors que la chaîne de production a fonctionné jusqu'en 2010". Depuis Nexter a signé un contrat, tenu secret, avec l'Arabie saoudite pour la vente de 100 à 200 Aravis, selon la DGA, voire 300 exemplaires pour certains. Et Ryad aurait payé les Aravis, mieux équipés que ceux de l'armée française, 1,7 million par blindé, selon certains.

Le Caesar a cumulé deux ans de retard

"Lancé en urgence", le programme Caesar a été mal maîtrisé. Il a cumulé deux ans de retard pour la mise en service opérationnelle, seulement prononcée en janvier 2010. Car "la production des munitions, complément indispensable du système d'arme, a fait l'objet d'une autre opération qui n'a pas été synchronisée avec la première, entraînant un report de la mise en service opérationnelle du canon et des performances inférieures aux prévisions". En revanche ce qui a été supérieur aux prévisions, c'est bien le coût d'acquisition. La dépense totale s'est élevée "à 296,8 millions d'euros pour un devis initial de 291 millions d'euros".

À lire également

  • Nexter, l'ex Giat, a un besoin "vital" d'une alliance
  • Premiers bénéfices pour le groupe Giat
  • Thales prendrait entre 10% et 20% du capital de Nexter
  • Thales et Nexter pourraient s'allier dans les munitions

Résultat, le coût total - acquisition, maintien en service opérationnelle (MCO), munitions - est estimé à 1,18 milliard sur trente ans. Les dépenses de MCO sont évaluées à 390 millions alors qu'une rénovation à mi-vie doit intervenir pour un montant estimé à 51 millions. A l'image de l'Aravis, le Caesar a lui aussi rencontré un certain succès à l'exportation, 106 exemplaires ayant déjà été vendus, notamment à l'Arabie saoudite (76 exemplaires). Un programme qui a finalement tenu ses objectifs en dépit de son lancement dans l'urgence et d'une certaine désorganisation.

Michel Cabirol

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