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Air France respire, les pilotes acceptent la restructuration

Fabrice Gliszczynski

Publié le 16 août 2012 à 17:00

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A l'issue d'un référendum, les pilotes du puissant syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) ont voté favorablement l'accord-cadre qui doit définir les mesures d'amélioration de la productivité pour redresser la compagnie en difficulté. Après le refus des hôtesses et des stewards, un "non" des pilotes aurait catastrophique pour Air France qui aurait pris du retard dans son redressement alors que ses concurrents durcissent leur plan d'économies. Il aurait fallu passer en force, prendre des mesures...

C'est un énorme ouf de soulagement pour la direction d'Air France et pour son PDG Alexandre de Juniac. Les pilotes du SNPL (syndicat national des pilotes de ligne), ultra-majoritaire avec plus de 70% des voix, se sont prononcés favorablement ce jeudi sur l'accord-cadre négocié en juillet par le bureau du syndicat et la direction permettant de réduire les coûts de la compagnie. Et de contribuer ainsi à atteindre les objectifs  du plan de redressement de la compagnie. Baptisé Transform 2015, il vise à réduire la dette d'Air France-KLM (6,5 milliards d'euros aujourd'hui) de 2 milliards d'euros d'ici à 2015, par le biais d'une génération de deux milliards de cash flow (après investissements) au cours des trois prochaines années, obtenue par l'effet combiné de mesures immédiates d'économies en place depuis janvier (gel des salaires, réduction des investissements...) et structurelles par l'augmentation de la flexibilité et de la productivité (+ 20 %) du personnel.

Seuls les PNC ont refusé

Appelés à voter par référendum, les pilotes membres du SNPL ont voté en faveur du plan à hauteur à de 67,13%. Le taux de participation était très élevé  (83,2%), du jamais vu au SNPL. "Cela traduit la volonté des pilotes d'agir pour redresser Air France", déclare à La Tribune Jean-Louis Barber, le président du SNPL Air France.

Les pilotes rejoignent ainsi le personnel au sol, dont trois syndicats dépassant le seuil des 30% voix (obligatoire pour qu'un accord soit valide) ont signé l'accord début juillet. Sa validité est néanmoins contestée par la CGT. Du coup, les hôtesses et stewards (personnels navigants commerciaux, ou PNC) sont donc la seule catégorie de personnel à avoir refusé de signer. Leur accord gérant les conditions de travail et de rémunération arrivant à échéance fin mars 2013, la compagnie a décidé de passer en force en dénonçant les accords d'entreprise. L'Unac, la seule des trois organisations représentatives à s'être dite prête à signer pour éviter de se voir imposer des mesures unilatérales de l'entreprise, demande la réouverture des négociations afin de trouver un nouvel accord et maintenir la politique contractuelle. Mais plus sur la base des 20% d'efficacité économique recherchés. Pour se faire entendre, l'Unac menace de déposer un préavis de grève.

Un refus aurait retardé le plan de redressement

Avec le vote des pilotes, la direction d'Air France respire mieux. Un vote négatif aurait été catastrophique. La compagnie aurait (peut être) dénoncé les accords avec les pilotes. Outre les tensions sociales que ce passage en force aurait engendré, une telle décision aurait retardé jusqu'à 15 mois (conformément à la loi) la mise en œuvre de mesures permettant à la compagnie de se redresser. Certains estimaient avant l'issue du référendum que, pour éviter un bras de fer avec cette puissante corporation, un autre accord aurait été renégocié. Peu importe, dans les deux cas, Air France aurait perdu beaucoup de temps, alors que de grosses échéances en termes de remboursement de dettes sont prévues début 2014 et que les concurrents, comme Lufthansa et Iberia, durcissent leur plan d'économies. L'écart de compétitivité qui oppose Air France aux grands noms du secteur se serait donc creusé. Il aurait fallu prendre des mesures beaucoup plus lourdes, et plus douloureuses pour le personnel, au-delà des 5.000 suppressions de postes (non contraints) dont 2700 à travers un plan de départs volontaires pour le personnel au sol.« Compte tenu de l'impact des nécessaires réductions d'activité et de fermetures de lignes, les départs non volontaires ne pourraient alors être évités », écrivait noir sur blanc Air France en juin dans un communiqué.

Dans le scénario d'un refus de l'ensemble des navigants, les personnels au sol auraient donc été les seuls à répondre favorablement aux efforts demandés par la direction (notamment avec le plan volontaires). Là aussi le climat social aurait été détestable, avec des velléités des syndicats de remettre en cause l'accord.

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Une belle victoire pour le PDG Alexandre de Juniac

De fait, le scrutin des pilotes constitue une très belle victoire pour le PDG de la compagnie Alexandre de Juniac. Il peut mettre en place son plan. Un vote négatif, après celui des navigants commerciaux, aurait pu le fragiliser. Certains observateurs estimaient qu'un échec aurait pu servir de prétexte au nouveau gouvernement pour se séparer de cet ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy. Pas sûr pour autant qu'il en fut ainsi. L'Etat, bien qu'actionnaire d'Air France-KLM, n'est pas représenté au conseil d'administration d'Air France (c'est un administrateur indépendant qui lui rapporte). Aussi aurait-il dû intervenir au niveau Air France-KLM, où il ne compte que trois voix sur 15 au conseil dont les membres auraient pu être réticents à rouvrir une nouvelle crise de gouvernance, moins d'un an après l'éviction brutale de l'ancien directeur général Pierre-Henri Gourgeon.

Bémols

Pour autant, avant de crier définitivement victoire, Air France doit néanmoins attendre le résultat de la contestation par la CGT de l'accord signé avec le personnel au sol. Si la CGT l'emporte, les pilotes seront les seuls à avoir accepté de faire des efforts. Un scénario qui peut les pousser à revenir sur leur signature.

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En effet, selon un pilote, il figure dans l'accord une clause stipulant que les pilotes feront des efforts qu'à partir du moment où toutes les catégories du personnel le feront. Autre bémol, beaucoup d'observateurs estiment que ce plan, même s'il devait se dérouler sans accroc, n'est pas suffisant. Et qu'il débouchera inévitablement sur de nouvelles mesures à l'avenir.

Fabrice Gliszczynski

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