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Quand l'américain SpaceX et son lanceur Falcon 9 sèment la zizanie en Europe

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 06 janvier 2014 à 06:00 - Mis à jour le 07 janvier 2014 à 11:39

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La société américaine SpaceX pourrait effectuer cette semaine son deuxième lancement avec le satellite de télécoms thaïlandais Thaicom-6. Elle bouscule la concurrence, notamment Ariane 5, mais la filière spatiale européenne est loin d'être unie pour répondre à la menace de Falcon 9.

"L'arrivée de Falcon 9 pourrait sinon nous être fatale au moins nous être très préjudiciable", explique un bon connaisseur de la filière lanceur. La menace de l'américain SpaceX, pourtant (trop ?) longtemps ignorée par les industriels de la filière spatiale et les responsables étatiques européens en charge de l'espace, s'est bien matérialisée début décembre avec le premier lancement commercial de Falcon 9.

"Personne n'attendait son arrivée aussi rapidement et ne croyait à une réussite dès la première mission", plaide-t-on dans les milieux spatiaux. Le succès de la mise en orbite du satellite de télécoms SES-8 du luxembourgeois SES a créé "un vent de panique en Europe", explique-t-on même chez le plus grand opérateur de satellites au monde. "Il n'y a pas de vent de panique", assure-t-on chez Arianespace.

"Du jamais vu"

L'irruption de SpaceX sur le marché de lancement des satellites est en train de faire bouger les lignes, sinon de les exploser. "Nous sommes très préoccupés", lâche une source proche de ce dossier. Et peu importe si finalement SpaceX profite de la manne financière de la NASA et du ministère de la Défense américain (DoD) pour faire du dumping et déstabiliser toute la filière européenne. Car les prix de Falcon 9 ne reflètent pas vraiment sa structure de coûts, même si le lanceur américain utilise des technologies déjà éprouvées.

Pourquoi une telle inquiétude ? "SpaceX et son fondateur Elon Musk sont en train de révolutionner la façon de développer un lanceur, explique-t-elle. Ils vont très vite et ont une approche dans l'organisation totalement différente. Le lanceur, qui a volé le 29 septembre, était totalement nouveau par rapport aux versions précédentes. Le seul point commun qu'il avait, c'est le nom Falcon 9. Les moteurs étaient 50 % plus puissants, les étages 30 % plus longs, le système électrique et la coiffe étaient nouveaux. Une nouvelle coiffe développée en neuf mois, là il nous faut cinq ans en Europe. Ce lanceur a volé avec succès. Deux mois plus tard, ils étaient sur le pas de tir(Ndlr, pour SES-8). C'est du jamais vu". D'ailleurs SpaceX est à nouveau sur le pas de tir avec le lancement programmé cette semaine de Thaicom-6.

Guerre commerciale sur les petits satellites

L'arrivée de Falcon 9, un lanceur adapté pour les petits satellites de trois tonnes, a déjà quelque peu ébranlé le système Ariane 5, un lanceur lourd développé pour des lancements doubles et qui peut emporter en orbite géostationnaire jusqu'à 10,5 tonnes (Ariane ECA). Soit un gros satellite de six tonnes et un petit de 3 à 4 tonnes. Le tout est de trouver à chaque lancement deux satellites complémentaires prêts en même temps. Pas toujours facile comme l'illustre le l'exemple de SES qui attend depuis juin 2013 le lancement d'Astra 5B. Ce qui rend son PDG, Romain Bausch, furieux contre Ariane 5 considérée comme pas assez flexible. Une date de lancement est prévue autour du 20 février, selon nos informations.

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Et c'est aujourd'hui toute la difficulté d'Arianespace, qui commercialise les services de lancement d'Ariane 5. SpaceX, en raison des prix très bas (55 millions de dollars pour SES-8) qu'il pratique, a soufflé de nombreux petits satellites à Arianespace. Et la société européenne peine à trouver deux passagers prêts en même temps. "L'effet SpaceX a commencé à se faire sentir en 2013, explique-t-on à La Tribune. Ariane 5 n'a lancé que quatre fois, SpaceX va lancer deux petits satellites en moins de deux mois (Ndlr, SES-8 lancé début décembre et Thaicom-6 en janvier)".

Deux satellites qui ont échappé à Ariane 5. Et cela pourrait continuer comme le prédit un acteur de la filière. "Il est clair qu'avec le succès de SpaceX, les semaines qui viennent vont être compliquées pour Arianespace". D'autant que pour la société européenne, le dumping sur les prix est difficile. "On ne sait pas faire", explique-t-on dans la société. Pour autant, Arianespace fait mieux que de se défendre. En 2013, la société a engrangé quatre petits satellites sur les quatre qui se sont présentés sur le marché, affirme son PDG, Stéphane Israël.

Arianespace reste serein

Chez Arianespace, on calme le jeu. Le contraire aurait été surprenant. Mais la société a de solides arguments à faire valoir. Tout d'abord, elle dispose d'un carnet de commandes très bien fourni, notamment pour les gros satellites, qui lui permet de tenir jusqu'à fin 2017. Arianespace n'est donc pas dos au mur. Loin de là. D'autant qu'Arianespace a en 2014 "jusqu'à quatorze opportunités de lancements", affirme à "La Tribune" son PDG, Stéphane Israël. Dont huit Ariane 5 et quatre Soyuz.

Mais l'objectif de Stéphane Israël "sera, a partir de ce carnet de commande record, de réaliser au moins un lancement par mois en moyenne", précise-t-il. Soit douze lancements en 2014. Cette bonne santé commerciale "va nous permettre d'aller chercher en 2014 les petits satellites en étant plus compétitif, souligne-t-il. Il faut être en mesure de baisser les prix et pour cela, il faut donc aller chercher des économies de coûts".

Le marché des petits satellites va-t-il être stimulé par SpaceX ?

Cette année sera un nouveau test pour la société européenne. Selon le patron d'Arianespace, beaucoup de programmes de petits satellites vont arriver à maturité dans les prochains mois et années. Et puis on souligne au sein de la société, que l'arrivée de SpaceX, qui aspire aujourd'hui de très nombreux petits satellites, va stimuler le marché des petits satellites. Notamment chez Eutelsat, qui a plusieurs projets.

Enfin, en 2012, SES aurait communiqué à Arianespace sa décision de passer d'une situation où il avait deux fournisseurs traités de la même façon - Arianespace et ILS - en raison des trop nombreux échecs de Proton, à une situation où il aura un fournisseur prépondérant, Arianespace et un second fournisseur, SpaceX. "De toutes façons, les opérateurs rechignent à se mettre dans les mains d'un seul opérateur", estime Stéphane Israël. Quoi qu'il arrive, SES ne peut se passer de la société européenne même si le luxembourgeois veut garder le choix entre plusieurs fournisseurs.

Divergences sur la réponse à Falcon 9

Au-delà des querelles sur l'impact de l'arrivée de Falcon 9 sur le marché, il existe surtout des divergences sur la réponse à apporter à l'arrivée de SpaceX : Ariane 5 ME puis quelle Ariane 6. Tout est d'ailleurs lié. D'un côté, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le CNES poussent pour une arrivée rapide d'Ariane 6 sur le modèle low cost de Falcon 9 en dramatisant l'impact de son arrivée. Et puis, les industriels et les Allemands, qui pensent qu'Ariane 5 ME est déjà une première réponse. Arianespace qui ne surestime pas son concurrent sans pour autant le sous-estimer, fait partie de cette école. Qui a raison ? L'avenir le dira.

Tous les arguments sont sur la table. Notamment sur ce que doit être Ariane 6. "Avec Ariane 6, on se rapproche effectivement plus du modèle SpaceX", explique-t-on au CNES. Un lanceur simple, voire rustique, qui réutilise des technologies éprouvées à l'image du moteur Merlin, en service depuis longtemps. "Le modèle a été surtout bâti pour faire un coût d'accès à l'espace inférieur aux prix actuels, constate-t-on au CNES. SpaceX y arrive très bien".

Un chemin suicidaire ?

Pourtant, certains estiment que ce chemin est suicidaire : "si l'Europe rate le train des technologies du futur, la filière lanceur européenne est morte". Leur crainte ? C'est que l'Europe dispose d'un lanceur, en l'occurrence Ariane 6, qui ne serait plus adapté à son arrivée sur le marché dans six ou sept ans. D'autant que le milliardaire et propriétaire de SpaceX, Elon Musk, fait travailler ses équipes sur le développement d'un lanceur réutilisable, qui peut revenir et réatterrir sur terre après un vol. "Elon Musk a la vision du futur que n'a plus l'Europe", s'inquiètent-ils.

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Pour Arianespace, il faut un lanceur le plus flexible possible. "Il doit être le plus résilient possible à différents scénarios de contrats de lancements", explique-t-on à La Tribune. Notamment Ariane 6 devra être capable de faire des lancements doubles. En attendant l'arrivée d'Ariane 6, Arianespace va disposer d'Ariane 5 ME, un programme bien avancé et qui tient toutes les coûts et les performances annoncés. En outre, la nouvelle coiffe plus large que la précédente devrait arriver en mars ou avril 2015.

Michel Cabirol

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