Quand l'américain SpaceX et son lanceur Falcon 9 sèment la zizanie en Europe

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Au-delà des querelles sur l'impact de l'arrivée de Falcon 9 sur le marché des lancements de satellites, il existe surtout de profondes divergences sur la réponse à apporter à l'arrivée de SpaceX
Au-delà des querelles sur l'impact de l'arrivée de Falcon 9 sur le marché des lancements de satellites, il existe surtout de profondes divergences sur la réponse à apporter à l'arrivée de SpaceX (Crédits : Reuters)
La société américaine SpaceX pourrait effectuer cette semaine son deuxième lancement avec le satellite de télécoms thaïlandais Thaicom-6. Elle bouscule la concurrence, notamment Ariane 5, mais la filière spatiale européenne est loin d'être unie pour répondre à la menace de Falcon 9.

"L'arrivée de Falcon 9 pourrait sinon nous être fatale au moins nous être très préjudiciable", explique un bon connaisseur de la filière lanceur. La menace de l'américain SpaceX, pourtant (trop ?) longtemps ignorée par les industriels de la filière spatiale et les responsables étatiques européens en charge de l'espace, s'est bien matérialisée début décembre avec le premier lancement commercial de Falcon 9.

"Personne n'attendait son arrivée aussi rapidement et ne croyait à une réussite dès la première mission", plaide-t-on dans les milieux spatiaux. Le succès de la mise en orbite du satellite de télécoms SES-8 du luxembourgeois SES a créé "un vent de panique en Europe", explique-t-on même chez le plus grand opérateur de satellites au monde. "Il n'y a pas de vent de panique", assure-t-on chez Arianespace.

"Du jamais vu"

L'irruption de SpaceX sur le marché de lancement des satellites est en train de faire bouger les lignes, sinon de les exploser. "Nous sommes très préoccupés", lâche une source proche de ce dossier. Et peu importe si finalement SpaceX profite de la manne financière de la NASA et du ministère de la Défense américain (DoD) pour faire du dumping et déstabiliser toute la filière européenne. Car les prix de Falcon 9 ne reflètent pas vraiment sa structure de coûts, même si le lanceur américain utilise des technologies déjà éprouvées.

Pourquoi une telle inquiétude ? "SpaceX et son fondateur Elon Musk sont en train de révolutionner la façon de développer un lanceur, explique-t-elle. Ils vont très vite et ont une approche dans l'organisation totalement différente. Le lanceur, qui a volé le 29 septembre, était totalement nouveau par rapport aux versions précédentes. Le seul point commun qu'il avait, c'est le nom Falcon 9. Les moteurs étaient 50 % plus puissants, les étages 30 % plus longs, le système électrique et la coiffe étaient nouveaux. Une nouvelle coiffe développée en neuf mois, là il nous faut cinq ans en Europe. Ce lanceur a volé avec succès. Deux mois plus tard, ils étaient sur le pas de tir(Ndlr, pour SES-8). C'est du jamais vu". D'ailleurs SpaceX est à nouveau sur le pas de tir avec le lancement programmé cette semaine de Thaicom-6.

Guerre commerciale sur les petits satellites

L'arrivée de Falcon 9, un lanceur adapté pour les petits satellites de trois tonnes, a déjà quelque peu ébranlé le système Ariane 5, un lanceur lourd développé pour des lancements doubles et qui peut emporter en orbite géostationnaire jusqu'à 10,5 tonnes (Ariane ECA). Soit un gros satellite de six tonnes et un petit de 3 à 4 tonnes. Le tout est de trouver à chaque lancement deux satellites complémentaires prêts en même temps. Pas toujours facile comme l'illustre le l'exemple de SES qui attend depuis juin 2013 le lancement d'Astra 5B. Ce qui rend son PDG, Romain Bausch, furieux contre Ariane 5 considérée comme pas assez flexible. Une date de lancement est prévue autour du 20 février, selon nos informations.

Et c'est aujourd'hui toute la difficulté d'Arianespace, qui commercialise les services de lancement d'Ariane 5. SpaceX, en raison des prix très bas (55 millions de dollars pour SES-8) qu'il pratique, a soufflé de nombreux petits satellites à Arianespace. Et la société européenne peine à trouver deux passagers prêts en même temps. "L'effet SpaceX a commencé à se faire sentir en 2013, explique-t-on à La Tribune. Ariane 5 n'a lancé que quatre fois, SpaceX va lancer deux petits satellites en moins de deux mois (Ndlr, SES-8 lancé début décembre et Thaicom-6 en janvier)".

Deux satellites qui ont échappé à Ariane 5. Et cela pourrait continuer comme le prédit un acteur de la filière. "Il est clair qu'avec le succès de SpaceX, les semaines qui viennent vont être compliquées pour Arianespace". D'autant que pour la société européenne, le dumping sur les prix est difficile. "On ne sait pas faire", explique-t-on dans la société. Pour autant, Arianespace fait mieux que de se défendre. En 2013, la société a engrangé quatre petits satellites sur les quatre qui se sont présentés sur le marché, affirme son PDG, Stéphane Israël.

Arianespace reste serein

Chez Arianespace, on calme le jeu. Le contraire aurait été surprenant. Mais la société a de solides arguments à faire valoir. Tout d'abord, elle dispose d'un carnet de commandes très bien fourni, notamment pour les gros satellites, qui lui permet de tenir jusqu'à fin 2017. Arianespace n'est donc pas dos au mur. Loin de là. D'autant qu'Arianespace a en 2014 "jusqu'à quatorze opportunités de lancements", affirme à "La Tribune" son PDG, Stéphane Israël. Dont huit Ariane 5 et quatre Soyuz.

Mais l'objectif de Stéphane Israël "sera, a partir de ce carnet de commande record, de réaliser au moins un lancement par mois en moyenne", précise-t-il. Soit douze lancements en 2014. Cette bonne santé commerciale "va nous permettre d'aller chercher en 2014 les petits satellites en étant plus compétitif, souligne-t-il. Il faut être en mesure de baisser les prix et pour cela, il faut donc aller chercher des économies de coûts".

Le marché des petits satellites va-t-il être stimulé par SpaceX ?

Cette année sera un nouveau test pour la société européenne. Selon le patron d'Arianespace, beaucoup de programmes de petits satellites vont arriver à maturité dans les prochains mois et années. Et puis on souligne au sein de la société, que l'arrivée de SpaceX, qui aspire aujourd'hui de très nombreux petits satellites, va stimuler le marché des petits satellites. Notamment chez Eutelsat, qui a plusieurs projets.

Enfin, en 2012, SES aurait communiqué à Arianespace sa décision de passer d'une situation où il avait deux fournisseurs traités de la même façon - Arianespace et ILS - en raison des trop nombreux échecs de Proton, à une situation où il aura un fournisseur prépondérant, Arianespace et un second fournisseur, SpaceX. "De toutes façons, les opérateurs rechignent à se mettre dans les mains d'un seul opérateur", estime Stéphane Israël. Quoi qu'il arrive, SES ne peut se passer de la société européenne même si le luxembourgeois veut garder le choix entre plusieurs fournisseurs.

Divergences sur la réponse à Falcon 9

Au-delà des querelles sur l'impact de l'arrivée de Falcon 9 sur le marché, il existe surtout des divergences sur la réponse à apporter à l'arrivée de SpaceX : Ariane 5 ME puis quelle Ariane 6. Tout est d'ailleurs lié. D'un côté, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le CNES poussent pour une arrivée rapide d'Ariane 6 sur le modèle low cost de Falcon 9 en dramatisant l'impact de son arrivée. Et puis, les industriels et les Allemands, qui pensent qu'Ariane 5 ME est déjà une première réponse. Arianespace qui ne surestime pas son concurrent sans pour autant le sous-estimer, fait partie de cette école. Qui a raison ? L'avenir le dira.

Tous les arguments sont sur la table. Notamment sur ce que doit être Ariane 6. "Avec Ariane 6, on se rapproche effectivement plus du modèle SpaceX", explique-t-on au CNES. Un lanceur simple, voire rustique, qui réutilise des technologies éprouvées à l'image du moteur Merlin, en service depuis longtemps. "Le modèle a été surtout bâti pour faire un coût d'accès à l'espace inférieur aux prix actuels, constate-t-on au CNES. SpaceX y arrive très bien".

Un chemin suicidaire ?

Pourtant, certains estiment que ce chemin est suicidaire : "si l'Europe rate le train des technologies du futur, la filière lanceur européenne est morte". Leur crainte ? C'est que l'Europe dispose d'un lanceur, en l'occurrence Ariane 6, qui ne serait plus adapté à son arrivée sur le marché dans six ou sept ans. D'autant que le milliardaire et propriétaire de SpaceX, Elon Musk, fait travailler ses équipes sur le développement d'un lanceur réutilisable, qui peut revenir et réatterrir sur terre après un vol. "Elon Musk a la vision du futur que n'a plus l'Europe", s'inquiètent-ils.

Pour Arianespace, il faut un lanceur le plus flexible possible. "Il doit être le plus résilient possible à différents scénarios de contrats de lancements", explique-t-on à La Tribune. Notamment Ariane 6 devra être capable de faire des lancements doubles. En attendant l'arrivée d'Ariane 6, Arianespace va disposer d'Ariane 5 ME, un programme bien avancé et qui tient toutes les coûts et les performances annoncés. En outre, la nouvelle coiffe plus large que la précédente devrait arriver en mars ou avril 2015.

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Commentaires
a écrit le 07/01/2014 à 21:41 :
Ce qui ne se dit pas (trop) c'est que Falcon menace aussi la position haute Ariane : il suffit que les satellites recourent un peu plus à la propulsion électrique, à poste seulement ou aussi en transfert, et Falcon peut mettre en orbite autant de charge utile telecom qu'Ariane.
Vu l'écart de prix de lancement, tous les oérateurs vont vouloir la compatibilité Falcon, et cela va réduire à néant le marché des 6 tonnes au lancement.
Ariane n'aura pas d'autre choix que de rééquilibrer les masses et prix de lancement en position basse et haute, ce qui agravera son déficit de compétitivité sur Falcon 9. Bye Ariane. cqfd.
Réponse de le 10/01/2014 à 6:51 :
Ou il suffit simplement que SpaceX mette au point sa Falcon Heavy (premier lancement prévu cette année). Dans les deux cas Arianespace se retrouvera pour la première fois de son existence avec une concurrence sévère sur tous les créneaux !
Réponse de le 12/01/2014 à 20:07 :
Oui, Facon Heavy sera une menace supplémentaire pour la position haute, mais moins forte probablement que Falcon 9 en combinaison avec une utilisation (plus extensive) de la propulsion électrique car cette option devrait être bien moins chère pour l'opérateur. N'oublions pas que Falcon Heavy est basée sur TROIS premiers étages Falcon 9 !
a écrit le 06/01/2014 à 23:46 :
Pour l'instant Arianespace a des stats plus rassurantes que SpaceX, certes pas éternellement mais pour un moment encore.

Il n'y a pas de raison de paniquer, SpaceX ne va pas bosser pour le fun, et les lancements se multipliant, le contribuable Américain ne va pas payer sans fin.

Bien sur les prix vont chuter, c'est la loi de l'offre et de la demande, mais la qualité aussi, c'est mécanique, ce qui était imposé avant au client, en terme de délais notamment sera plus difficile à faire passer, travailler plus, plus vite, moins cher... et boum. Le jeu va consister à ne pas salir ses stats, sinon les coûts d'assurance vont plomber l'oeuvre des costkillers, en plus de l'image, de x, y ou z.
a écrit le 06/01/2014 à 19:01 :
Plus d'anathème ? Je vois qu'on se calme, M. Cabirol
a écrit le 06/01/2014 à 18:33 :
Après Boeing-Vs-Airbus, il semble que l'on s'oriente vers une nouvelle guéguerre Europe - USA,... Mais le marché est beaucoup moins important,...
a écrit le 06/01/2014 à 16:10 :
Il n'y a pas que les Américains dans ce marché, vous oubliez (volontiers?) les Chinois, les Russes, les Indiens et dans un avenir prochain les Sud-Américains. L'Europe perd du terrain, c'est sûr, mais ce n'est pas tellement inattendu que cela.
a écrit le 06/01/2014 à 16:03 :
J'attends les livres sur la méthode SapceX.

Curieux de voir comment ils font.... En attendant c'est une bonne et une mauvaise nouvelle.

Bonne parce que les coûts baissent...

Mauvaise parce que la recherche de fond n'est pas là....
a écrit le 06/01/2014 à 13:27 :
ça va nous pousser à revoir nos méthodes de management et de production.
Quelqu'un a des articles sur l'approche de Space X ?
a écrit le 06/01/2014 à 12:24 :
Pourquoi n'attaque t'on pas les USA devant l'OMC pour subventions ? Ils n'hésitent pas à le faire eux!
Ah j'oubliais, cela ne se fait pas chez les X-Mines et les Enarques! Il est vrai que les mots 'coopérer' à l'échelon européen et 'convaincre' sont d'une conjugaison difficile pour eux, qui n'ont appris qu'à décider. Et avoir un Enarque, littéraire et agrégé d'histoire, va plus que faciliter la compréhension du modèle Falcon...
Vive le Marché, la libre Concurrence.... et les subventions d'Etat pour les autres (comme aussi les Chinois); et vive nos élites qui nous demandent d'avancer avec des semelles de plomb!
Réponse de le 06/01/2014 à 15:05 :
Évidemment, en France on fait tout le contraire. Au lieu de subventionner nos industries, on les saigne de multiples taxes ! Pas étonnant qu'on se fasse devancer...
Réponse de le 06/01/2014 à 15:06 :
vous avez helas raison, la première mesure à prendre est de supprimer l'ena, cette école où les élèves se font des crasses innommables dans le seul but du bon classement pour pouvoir ensuite pantoufler à bercy ou ailleurs....la culture d'entreprise, le sens de l'intérêt général, de l'adaptation au monde extérieur... c'est du chinois pour ces caricatures de fonctionnaires
a écrit le 06/01/2014 à 11:11 :
On ne peut pas construire une fusée par mois, les extra terrestres sont dans le coup c'est évident.
a écrit le 06/01/2014 à 10:42 :
A ma droite, un entrepreneur à succés qui bosse pour le fun et le challenge (à ce niveau de patrimoine, la richesse n'est plus qu'un mètre étalon du succès), à ma gauche des petits fonctionnaires et X-mines "qui font carrières". A votre avis, qui va gagner?
Réponse de le 06/01/2014 à 20:01 :
Arrétons de rigoler voulez vous? Reprenez les comptes de SpaceX et faites le calcul de leurs coûts, ne seraient ce que salariaux, sans même tenir compte des investissements et de la supposée R&D. Quelques petits calculs élémentaires montrent qu'ils ne sont absolument pas capables de se financer avec les chiffres publiés. Ils ne peuvent tenir qu'avec des subventions déguisées. Vive l'OMC.
ce qui ne veut pas dire que nous devions rester les bras croisés.
Réponse de le 12/01/2014 à 20:14 :
+1 pour Toto
-1 pour @Toto : Vos calculs elementaires prennent ils en compte la perspective court terme de reutilisation une dizaine de fois du premier étage, qui représente selon Space X 75 % du coût du lanceur ? Vendre à perte au début pour pénétrer un marché n'est pas nouveau. Vu autrement, Space X vient de se faire payer en partie deux vols GTO de qualification, ni plus ni moins.
a écrit le 06/01/2014 à 10:31 :
Ou est la fusée VEGA ? on n'entend plus parlé ? pourquoi n'est-il pas possible de faire face avec SpaceX.
Réponse de le 17/01/2014 à 17:11 :
Vega permet juste d'envoyer des nanosatellites en orbite basse, un bon élastique en ferait presque autant !!
a écrit le 06/01/2014 à 9:08 :
La nouvelle charte graphique des articles de La Tribune est vraiement pourrie.... Revenez à l'ancienne svp !
a écrit le 06/01/2014 à 8:11 :
Space X sert de faux nez à la NASA et au DOD pour détruire l'industrie Européenne des lanceurs. Vive la libre concurrence affichée et le dumping...
Réponse de le 02/05/2014 à 17:45 :
#Wernher
Voilà un commentaire que je comprends... parce que j'aurai pu l'écrire. Si on met de côté mon "anti-américanisme primaire", il faut tout de même reconnaître que nous n'aurons rien à gagner à signer au niveau de l'Europe un Traité de Libre-échange avec ces gens-là. US GO HOME... (et si possible restez chez vous).

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