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Bientôt on enregistrera soi-même son bagage

Photo de Les correspondants de La Tribune

Jean-Jacques Talpin, à Orléans

Publié le 03 avril 2014 à 08:25 - Mis à jour le 04 avril 2014 à 08:56

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le leader français des systèmes de convoyage de bagages dans les aéroports a surmonté la crise grâce à l'innovation. Avec ADP, Alstef a mis au point un automate révolutionnaire qui permet au passager d'enregistrer lui-même ses valises.

Une bonne part des valises qui transitent dans les aéroports ou des boîtes de conserve qui engorgent les entrepôts alimentaires a de bonnes chances d'être passée par les équipements d'Alstef Automation.

La PME orléanaise est en effet devenue le leader français de ces deux marchés : les systèmes automatisés pour la logistique et les solutions de manutention et de convoyage de bagages pour l'aéroportuaire. Les deux activités pèsent aujourd'hui le même poids, même si l'aéroportuaire génère 30% de son activité à l'international. Mais c'est avec l'innovation, et notamment le lancement en 2013 d'un système d'enregistrement automatique des bagages, que l'entreprise dirigée par Pierre Marol a pu surmonter la crise. Ancienne division d'Alstom, reprise par une société de capital-risque britannique, Alstef Automation n'a acquis sa liberté qu'en 2006, via un LBO associant le PDG, des cadres et une partie du personnel.

« Depuis cette date nous avons toujours gagné de l'argent malgré quelques trous d'air », pointe le PDG.

De 40 millions en 2009, son chiffre d'affaires était en effet descendu à 28 millions en 2012 avant de remonter à 32 l'année dernière. La crise est désormais effacée avec un objectif de 40 millions en 2014, un carnet de commandes de dix à douze mois et un effectif stabilisé à 170 salariés. En fait, Alstef est avant tout un bureau d'études qui conçoit et intègre les différents ensembles de ses process :

« Nous sommes une machine à matière grise », insiste le PDG. Une grande partie de l'effectif est d'ailleurs constituée d'ingénieurs et de techniciens supérieurs puisque la construction elle-même des machines est sous-traitée.

Pour l'aéroportuaire, les compétences d'Alstef interviennent dès que le passager pose sa valise au comptoir d'enregistrement. C'est alors qu'intervient l'intelligence embarquée pour la détection d'explosifs ou d'objets dangereux, ainsi que le tri par destinations, avec convoyage par chariots communiquant en WiFi. Les logiciels Alstef commandent les systèmes mécaniques et dialoguent en temps réel avec l'informatique des compagnies et des aéroports pour assurer la sécurité, mais aussi la traçabilité des bagages et éviter leur perte.

Des automates adaptables aux besoins des clients

Malgré son intelligence, ce process sera peut-être un jour dépassé : après l'enregistrement automatique des passagers, place désormais aux automates capables de gérer les valises en moins de trente secondes. En partenariat avec ADP, Alstef a ainsi développé le BAGXpress, automate qui permet au passager d'enregistrer lui-même son bagage : dès la carte d'embarquement scannée, le bagage est pesé, identifié par un code-barres et convoyé vers l'avion. Le contrat de codéveloppement avec ADP a porté sur la réalisation de cinq automates installés à Orly : ADP est titulaire du brevet tandis qu'Alstef a assuré la conception mécanique et électronique en y consacrant près de 500.000 euros sur fonds propres et aides Oséo.

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La PME mise sur la vente d'une centaine de machines pour rentabiliser l'investissement.

« Tout le monde en est satisfait, les clients, la compagnie et les gestionnaires de l'aéroport », se réjouit Pierre Marol.

Mais ADP, qui devait passer une commande de 20 machines pour Roissy retarde encore sa décision, ce qui impacte la commercialisation de BAGXpress à l'international. Le PDG refuse pourtant d'afficher du pessimisme :

« Notre produit est technologiquement fiable, rapide et innovant, il représente l'avenir dans un secteur qui reste en développement. »

Cela étant, l'automate est coûteux - près de 150.000 euros - alors que les aéroports se tournent vers des systèmes low cost. Alstef s'est donc résolu à sortir, sans l'aide d'ADP, son propre système « BAGXpress lite », moins cher et moins encombrant qui a notamment été vendu à Montréal et à Istanbul. L'innovation doit donc porter ses fruits :

« Nous gagnons avec notre technologie, mais aussi notre réactivité, nos solutions de maintenance et de process toujours adaptées à la taille et aux besoins des clients. »

La mutation logistique, l'autre atout

L'aéroportuaire assure aujourd'hui la quasi-totalité des ventes à l'international et un tiers de l'activité globale. La reprise de la maintenance du convoyage du terminal T1 de Roissy (avec 20 emplois à créer) va encore accentuer le poids de l'aéroportuaire. Mais pas question pour autant d'abandonner l'activité « historique » : la conception de systèmes de manutention et de stockage logistique « grande hauteur ».

Considérée encore récemment comme mature et à faible potentiel de développement, la logistique est pourtant appelée à une croissance rapide pour cause de changement de modèle de la grande distribution. La multiplication des drives et des petits points de vente en ville provoque l'engorgement des flux dans les plates-formes de préparation de commandes. La logistique encore conventionnelle de la grande distribution doit donc passer au stade de l'automatisation et de la robotisation.

Alstef a ainsi intégré dans son process un robot polyarticulé qui peut manipuler simultanément sur une même palette de 1 à 4 colis à la cadence de 900 colis/heure, 3 à 4 fois plus rapide qu'un opérateur. La conception de ces systèmes robotisés suppose des algorithmes élaborés.

« C'est une logistique compliquée avec des flux très importants, mais de petites quantités à traiter en juste-à-temps ce qui correspond parfaitement au savoir-faire d'Alstef dans l'intelligence logicielle et robotique », résume Pierre Marol.

Leader en France sur ce marché, Alstef doit affronter la concurrence, d'abord allemande qui, après avoir automatisé la logistique outre-Rhin, pourrait bien débarquer en force dans l'Hexagone.

« On ne se laissera pas dévorer, réplique le PDG. Il faut donc innover en apportant créativité, capacité d'engineering, de sur-mesure et d'innovation technologique. »

En plus de ses propres forces, Alstef compte aussi sur les aides publiques : la PME a reçu l'an passé 76 000 euros de crédit d'impôt recherche sur une enveloppe R&D de 500 000 euros. Un appui devenu indispensable pour préparer les prochaines générations d'équipements automatisés et robotisés.

Jean-Jacques Talpin, à Orléans

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