Avions commerciaux : la résurrection du "Made in Japan"

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Le groupe a reçu des ordres d'achat fermes ou optionnels pour un total de 375 MRJ au prix catalogue de 40 millions de dollars l'unité
Le groupe a reçu des ordres d'achat fermes ou optionnels pour un total de 375 MRJ au prix catalogue de 40 millions de dollars l'unité (Crédits : DR)
Premier avion civil japonais depuis plus de 50 ans, le Mitsubishi Regional Jet pourrait être mis en service en 2017. Une nouvelle concurrence pour les avionneurs régionaux Embraer (Brésil) et canadien (Bombardier) après l'arrivée de Sukhoï en 2011.

Du nouveau dans l'aviation régionale. Après maintes péripéties, le Mitsubishi Regional Jet (MRJ) est enfin sorti de l'usine, ouvrant un nouveau chapitre pour l'industrie aéronautique nippone qui n'avait pas conçu d'avion civil depuis un demi-siècle. Il a été dévoilé en grande pompe samedi à Komaki près de Nagoya (centre du Japon), en présence du vice-ministre des Transports, Akihiro Nishimura. Il faudra cependant attendre l'été 2015 pour son premier vol expérimental, et 2017 pour monter à bord, si tout va bien, avec plusieurs années de retard sur le calendrier initial.

Nombre de sièges, type de moteur, matériaux utilisés, ergonomie : Mitsubishi Aircraft, filiale dédiée du groupe d'industries lourdes Mitsubishi Heavy Industries (MHI), a dû revoir sa copie à de nombreuses reprises depuis le lancement du projet en 2008. L'Etat a aidé ce projet en finançant à hauteur d'un tiers le consortium qui a donné naissance au MRJ, auquel ont participé de grandes firmes comme Toyota.

Une expérience limitée

L'expérience récente du Japon dans le domaine de la construction aéronautique était jusqu'ici limitée à la fourniture de composants, certes essentiels (ailes...) à l'avionneur américain Boeing, et à la fabrication sous licence d'appareils militaires pour l'armée nippone. "C'est une chose de construire sous licence en se servant de formules toutes prêtes, c'en est une autre de concevoir ex nihilo un avion", souligne un bon connaisseur du dossier. "Les Japonais se sont mis pendant des années dans la peau du sous-traitant bon élève", poursuit-il. "Ils savent faire des choses, mais à condition d'être guidés".

Aérodynamisme, moteur de nouvelle conception, niveau de confort des passagers: le groupe ne tarit pas d'éloges sur son appareil au gabarit moyen (70 à 90 places), pour lequel il nourrit de grands espoirs. En partie réalisé en matériaux composites, le MRJ, dont le développement a coûté environ 180 milliards de yens (1,3 milliard d'euros), est présenté par ses concepteurs comme l'aéronef techniquement le plus avancé et le plus écologique de sa catégorie. "Il a par ailleurs une très faible consommation de carburant, ce qui réduit les coûts", a assuré le patron de Mitsubishi Aircraft, Teruaki Kawai, lors de la cérémonie.

375 MRJ commandés

Très ambitieuse, Mitsubishi Aircraft veut croquer pas moins de la moitié de ce marché des avions régionaux au cours des deux prochaines décennies. "Je prétends que nous pouvons en prendre 50 %", a lancé le dirigeant cette semaine dans une interview au "Wall Street Journal". Le groupe a reçu des ordres d'achat fermes ou optionnels pour un total de 375 MRJ au prix catalogue de 40 millions de dollars l'unité, dont 25 par la compagnie nippone ANA, 100 par le groupe américain Trans States Holdings, 200 par son compatriote SkyWest, et 50 de diverses autres entreprises. En outre, Japan Airlines a annoncé fin août avoir signé une lettre d'intention en vue de l'acquisition de 32 exemplaires.

Le secteur, très compétitif, est aujourd'hui dominé par le Brésilien Embraer et le Canadien Bombardier. Et de nouveaux acteurs frappent à la porte. Ainsi, le russe Sukhoï a mis en service en 2011 le Superjet 100, tandis que la société chinoise Commercial Aircraft Corporation of China (Comac) mise sur l'ARJ21, qui a toutefois subi lui aussi des retards en série. La tâche s'annonce délicate pour les Japonais qui "vont arriver après, mais je pense que le MRJ trouvera sa place", estime le même spécialiste.

Résurrection du Made in Japan dans l'aéronautique

Que le succès commercial soit ou non au rendez-vous, cet appareil, même s'il ne lutte pas dans la même catégorie que Boeing et Airbus, marque une renaissance de l'industrie aéronautique de l'archipel, mise au ban après la capitulation en 1945. "Le made in Japan de l'aviation n'existait plus depuis le YS-11" entré en service en 1962. "La résurrection de l'industrie aéronautique nationale était mon rêve depuis des années, tout comme celui de Mitsubishi Heavy Industries, et je le crois, celui du Japon", s'est félicité le PDG du groupe, Hideaki Omiya.

Enfin, une filiale américaine d'un autre grand nom de l'industrie japonaise, Honda, s'apprête à livrer dans quelques mois son propre avion, beaucoup plus petit cependant (cinq sièges passagers), après un premier vol réussi en juin.

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a écrit le 19/10/2014 à 23:34 :
"...Premier avion civil japonais depuis plus de 50 ans...(??)" et 2014 - 1974 (YS-11) = cela ne fait que 40 ans!!!
Oui...., c'est écrit NOIR SUR BLANC
Réponse de le 24/12/2015 à 15:35 :
Faut d'abord apprendre à lire avant de critiquer... 1962-2015 = plus de 50 ans. C'est écrit noir sur blanc.
a écrit le 18/10/2014 à 23:11 :
Le MRJ n'est pas le premier avion civil de transport japonais.Il y a eu de 1962 à 1974 un avion de transport passager (biturbo prop- 64 passagers) le YS11, exploité notamment par Air Afrique. Construit par NAMC (Nihon Aircraft Manufacturing Corporation) et motorisé par deux DART Rolls Royce.
Réponse de le 18/10/2014 à 23:22 :
Exact. Il faut que La Tribune se renseigne mieux avant de publier certains sujets.
Réponse de le 19/10/2014 à 9:16 :
Ça doit être pour ça qu'ils comment leur article par "premier avion civil japonais depuis plus de 50 ans" ... Enfin il me semble ...
Réponse de le 19/10/2014 à 9:50 :
Il faut lire. C'est écrit noir sur blanc... Achetez des lunettes !
a écrit le 18/10/2014 à 18:49 :
Et ATR dans cette histoire ? Ce n'est pas aussi son positionnement dans ce marché ?
Sinon on ne peut que souhaiter un succès à l'industrie aéronautique japonaise !
Réponse de le 19/10/2014 à 9:52 :
ATR est un constructeur de turbopropulseurs, l'avionneur franco-italien ne fait pas de jet.
Réponse de le 19/10/2014 à 17:00 :
Merci de vos éclaircissements !
Réponse de le 19/10/2014 à 18:43 :
Atr ne construit que des turbopropulseurs, mais il souhaiterait pouvoir construire des avions avec des réacteurs mais Airbus s'y oppose
a écrit le 18/10/2014 à 13:43 :
Embraer et Bombardier songent à passer aussi aux gros fuselages. L'avenir s'annonce corsé pour Airbus et Boeing. C'est pour cela que plusieurs voix demandent une Troisième Guerre Mondiale calquée sur la deuxième, cela ferait nos affaires. Il faut y penser.
Réponse de le 18/10/2014 à 18:32 :
C'est qui est le plus intéressant pour ces pays (Brésil, Canada, Russie, Japon…) c'est que le montant des ventes des avions revient à chaque pays producteur, différement de ce qui se passe chez Airbus où le chiffre d'affaires est toujours partagé entre quatre pays.
Réponse de le 18/10/2014 à 20:18 :
En Europe, faute de moyens, c'est fini pour les avionneurs nationaux, on construit désormais en consortiums internationaux. Des "héroïques" comme Dassault, Saab ou le suisse Pilatus sont toutefois voués à un marché très réduit et même avec de l'aide des Etats, comme pour le Rafale, par ex, la production s'avère déficitaire.

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