Comment Google tue la concurrence européenne en se servant du programme spatial Copernicus

Selon la Cour des comptes, le programme spatial européen Copernicus bénéficie plus aux géants internationaux du numérique, dont Google, qu'aux entreprises européennes.
Michel Cabirol

4 mn

(Crédits : Thales Alenia Space (Pierre Carril))

C'est l'éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer. De quoi parle-t-on? D'un programme spatial européen qui bénéficie plus aux géants internationaux du numérique, dont Google, qu'aux entreprises et PME européennes. Une injustice dénoncée par la Cour des comptes dans un référé adressé le 28 avril au Premier ministre est rendu public jeudi, sur la contribution de la France au programme spatial européen d'observation de la Terre, Copernicus (ex-GMES lancé en 2001). Ce programme coûtera aux contribuables 8,7 milliards d'euros sur la période 1998-2020, dont 5,5 milliards entre 2014-2020.

Comment l'Europe en est arrivée à cette situation incroyable? C'est très simple. Les données (brutes) et les informations produites dans le cadre de Copernicus sont mises à disposition avec un accès total, ouvert et gratuit, afin d'encourager leur utilisation et de renforcer les marchés européens de l'observation de la Terre, en particulier le secteur aval, qu'il soit public ou privé, explique la Cour des comptes. Ce qui profite bien sûr aux grands acteurs mondialisés du numérique, dont Google, qui peuvent se servir gratuitement du programme Copernicus, financé par l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne (ESA), pour tuer la concurrence des entreprises européennes.

L'utilisation des données de Copernicus pose problème

Si les conditions d'accès aux données et informations Copernicus sont analogues à celles de programmes similaires, comme le programme américain Landsat, "leur utilisation par les grands acteurs mondialisés du numérique pose question", estiment les Sages de la rue Cambon. Pourquoi? "La capacité inégalée de ces grands acteurs à les traiter massivement et rapidement peut compromettre le développement d'applications par d'autres entreprises, notamment de petite taille et européennes", expliquent-ils.

Pour autant, fait observer la Cour des comptes, la Commission européenne, désormais "sensibilisée à ce risque", et Google ont récemment engagé des discussions globales pour tenter de trouver un accord. Elles incluent entre autre Copernicus. Selon elle, "il est crucial" que ce programme "serve en premier lieu le secteur aval européen et ses différentes communautés d'utilisateurs". Toutefois, elle souligne qu'il serait "difficile de contrer les grands acteurs du numérique sur le terrain des mégadonnées".

Vers la fin de la gratuité des données?

En cas d'échec des discussions, "une révision de la politique de diffusion libre et gratuite de ces données devrait s'imposer", estime la Cour des comptes. D'ailleurs, l'évaluation du programme Copernicus, qui doit intervenir d'ici à 2017, offrirait, selon elle, l'opportunité d'engager cette révision. Dans sa réponse, le Premier ministre Manuel Valls, souligne que la question de l'accès aux données "est au cœur des préoccupations françaises" dans le cadre de ce programme.

Pour autant, estime-t-il, "il paraît toutefois très improbable que cela conduise à la remise en cause de cette politique d'accès. Il s'agirait d'une évolution peu cohérente avec la politique générale d'ouverture de l'accès aux données publiques menée aussi bien au niveau européen que par la France". Selon lui, cette politique d'ouverture doit être conduite "avec intelligence afin d'assurer que l'Europe bénéficie en premier lieu de l'investissement consenti dans ce programme". La France estime que "le développement d'un système de distribution assurant le meilleur accès pour tous les utilisateurs européens est un élément capital". Une réponse qui ne risque pas d'effrayer les géants internationaux du numérique.

A quoi sert Copernicus?

Le programme Copernicus vise à doter l'UE d'un système d'observation de la Terre indépendant et pérenne, à finalités environnementale et de sécurité. Reposant à la fois sur des installations in situ (capteurs terrestres, maritimes ou aériens) et sur une infrastructure spatiale (des missions en cours et de nouvelles missions Sentinel à venir), ce système doit fournir six ensembles de services : surveillance des terres, du milieu marin, de l'atmosphère et du changement climatique (encore en développement) ; gestion des urgences ; sécurité (encore en développement).

Selon la Cour des comptes, "il n'existe pas aujourd'hui, dans le monde, de système civil d'observation de la Terre aussi complet que Copernicus (gammes d'instruments, continuité et récurrence des observations)".

D'ores et déjà, alors que tous ses services ne sont pas encore pleinement opérationnels, le programme Copernicus a aidé à la gestion des inondations de juin 2013 en Europe centrale, ou au calcul de scénarios de marée noire lors du naufrage du navire Costa Concordia en janvier 2012. Il doit permettre à l'Europe de disposer, de façon autonome, d'informations environnementales fiables dans de nombreux domaines, tout particulièrement celui du changement climatique à la suite de la 21e session de la conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21 ).

Michel Cabirol

4 mn

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Commentaires 9
à écrit le 08/07/2016 à 11:19
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Plus de 8 milliards pour confirmer que la Terre va mal, alors que chaque jour on peut s'en rendre compte, ça fait cher la confirmation. Autant d'argent aurait pu être consacré à des actions visant plutôt à tenter (si c'est encore possible) de freiner...

à écrit le 08/07/2016 à 9:33
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Ce qu evoudrait l auteur si j ai bien compris, c est que les donnees de Copernicus (payee par le contribuable europeen) soient utilisees par des entreprises de l UE et pas des USA. mais que faire si les entreprises de l UE ne le veulent pas ou ne le ...

à écrit le 08/07/2016 à 7:52
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Quand le principe de l'open data s'applique, cela profite à tous, petits et grands. La concurrence s'exerce en aval. C'est ainsi que les données des photos satellites de la NASA, agence publique, ont pu être mise à la disposition de tous. A contrario...

à écrit le 07/07/2016 à 22:17
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Excellent article. Intéressant, clair, sujet peu abordé, entraine la reflexion.

à écrit le 07/07/2016 à 21:14
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Excellent article Lors de la mise en place de copernicus, la gratuité des données à fait l objet d appres discussions au sein de la commission européenne, du parlement et des différents acteurs impliqués ( y compris les associations représentant l...

à écrit le 07/07/2016 à 17:50
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nous sommes vraiment crédule, je ne peux pas écrire le terme exact sans être sanctionnée, c'est toujours au peuple de payer pour les conneries de ces cranes d'oeufs, pendant ce temps les milliardaires se frottent les mains, y compris en France....et ...

le 08/07/2016 à 3:50
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Le drame c' est que le peuple pense ces technocrates et politiciens se sont fait avoir par manque de compétences ou de matières grise; Or pas du tout, c' est juste le résultat de lobbying agressif et de marchandage politico-politicien favorisant la c...

à écrit le 07/07/2016 à 16:46
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Depuis Google map gratuit sur son smartphone, qui achete ou utilise encore son GPS? Google, c'est le sparadrap du capitaine haddock- Il est chaque jour un peu plus present dans notre vie et meme quand on le denigre, on n'arrive pas a s'en passer. A...

à écrit le 07/07/2016 à 14:29
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Que les multinationales et leurs actionnaires profitent et exploitent les services publics n'est pas nouveau, les milliardaires ne payant pas les impôts qu'ils devraient et les multinationales les charges qu'elles devraient, sans compter tout le rest...

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