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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Comment le ministère des armées veut améliorer la disponibilité des avions et des hélicoptères

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Michel Cabirol

Publié le 23 août 2018 à 04:56

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La directrice de la direction de la maintenance aéronautique Monique Legrand-Larroche souhaite "verticaliser et globaliser les contrats" de soutien pour responsabiliser davantage les industriels.

Emmanuel Macron a mis une sacrée pression. Le 13 juillet dernier lors son très long discours prononcé à l'hôtel de Brienne, le Chef de l'Etat avait expliqué qu'il attendait "des résultats rapides" s'agissant de la disponibilité des matériels aéronautiques des armées en souffrance. Une pression qui repose directement sur la direction de la maintenance aéronautique (DMAé), nouvellement créée par Florence Parly (fin avril) et confiée à l'ingénieure générale hors classe de l'armement, Monique Legrand-Larroche. Le taux de disponibilité des aéronefs militaires est "globalement inférieurs à 50 %" tandis que le coût du soutien augmente, avait rappelé début juillet lors d'une audition à l'Assemblée nationale, la directrice de la DMAé.

"La disponibilité de vos matériels n'est pas satisfaisante, avait regretté Emmanuel Macron s'adressant le 13 juillet aux militaires. C'est pourtant votre capacité à exercer sereinement votre métier, à vous entraîner, à maintenir vos savoir-faire qui est en cause. L'enjeu concerne tous les matériels, mais est aujourd'hui plus crucial encore dans le domaine aéronautique (...) C'est pour cela que j'ai demandé à la ministre de lancer un plan de transformation du maintien en condition opérationnelle du matériel aéronautique. Maintenant que la nouvelle direction de la maintenance aéronautique est mise en place, j'en attends des résultats rapides".

La création de la DMAé s'est accompagnée "d'une volonté de donner à cette direction plus de souplesse pour s'organiser et organiser son action ainsi que pour adapter ses moyens", a expliqué Monique Legrand-Larroche. Dans ce cadre, la DMAé a opté, non pas pour un contrat unifié de gestion (CUG), mais pour un contrat d'objectifs et de performance (COP), qui sera cosigné par le Chef d'état-major des armées (CEMA) et Monique Legrand-Larroche. Ce document définira les objectifs assignés à la DMAé, qui va essentiellement fonctionner en mode projet. Une quarantaine de personnels issus de la DGA vont renforcer tout au long de 2018 la nouvelle entité de manière à apporter leur expertise et leur expérience dans la gestion de projet, la gestion financière, la gestion contractuelle des relations avec l'industrie.

Quelle stratégie de la DMAé?

Face à ce constat cataclysmique, notamment pour les hélicoptères, Monique Legrand-Larroche a choisi "de verticaliser et de globaliser les contrats". Les deux vont de pair. La directrice de la DMAé compte ainsi "responsabiliser davantage les maîtres d'œuvre industriels en leur fixant des objectifs précis, en les rémunérant en conséquence et en leur garantissant plus de durée dans les contrats de manière à leur donner la possibilité de s'organiser". Monique Legrand-Larroche est bien connue dans le milieu pour ne rien lâcher lors des négociations. Elle avertit les industriels de ne pas en profiter "pour réaliser des marges colossales et, pour éviter cela, il nous appartient de négocier au mieux avec eux".

Parallèlement, elle veut mettre fin à l'empilement des contrats portant su le soutien des aéronefs. Ainsi, pour les avions de patrouille maritime Atlantique 2, l'avion de combat Rafale ou les hélicoptères de combat Tigre, on compte une vingtaine de contrats de soutien pour soutenir chaque flotte d'appareils. Pour les Rafale et les Atlantique 2, il y a respectivement 22 et 28 marchés pour couvrir le soutien de ces appareils. C'est trop, a-t-elle estimé. Car, selon elle, cette approche entraîne "un risque fort de coupures dans l'exécution contractuelle et dilue les responsabilités au niveau des industriels". Ainsi, la défaillance d'un industriel sur une petite pièce conduisait à une défaillance totale sur la flotte.

"Les contrats globaux de soutien définiront précisément des objectifs de performance à atteindre - par exemple un nombre d'appareils en ligne, une disponibilité de flotte, une capacité de fourniture de rechanges dans un délai contraint -, ce qui permettra de couvrir tout le périmètre pour un aéronef et donc de responsabiliser l'industriel retenu pour l'ensemble de l'aéronef". Très clairement, une décision frappée au coin du bon sens.

Monique Legrand-Larroche a choisi "en priorité" les flottes pour lesquelles cette nouvelle approche devait être appliquée. Sans surprise, elles concernent celles qui étaient particulièrement critiques : l'Atlantique 2, les flottes d'hélicoptères Cougar, Caracal, Dauphin Pedro, Panther et Fennec. "Les négociations ont commencé avec les industriels", a-t-elle annoncé aux députés. La directrice de la DMAé souhaite notifier "le premier marché en fin d'année 2018 et les autres en 2019". Puis, cette approche sera ensuite progressivement étendue aux autres flottes. Pour chaque flotte, la DMAé conduit actuellement une réflexion stratégique pour choisir quel doit être le maître d'œuvre et s'il faut verticaliser totalement ou partiellement.

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"Il n'y a pas une approche dogmatique et systématique sur toutes les flottes : nous nous posons la question flotte par flotte et la solution retenue peut à chaque fois être différente", a expliqué Monique Legrand-Larroche.

Du cas par cas

Pour la flotte des Fennec de l'armée de Terre, qui compte 18 appareils avec un taux de disponibilité inférieur à 28% (soit seulement cinq appareils disponibles sur les douze derniers mois), la DMAé s'est fixé pour objectif "de couvrir par un seul et unique marché" le soutien de ces hélicoptères (contre neuf actuellement). Toutefois, la question des moteurs n'est pas encore tranchée. Ce contrat, qui courra sur une période de dix ans, sera négocié avec une mise en concurrence des industriels. La DMAé demandera un engagement contractuel de fourniture d'heures de vol, avec une phase de montée en puissance. L'objectif est de notifier ce contrat "avant la fin de l'année", a expliqué Monique Legrand-Larroche.

"L'armée de terre a accepté d'externaliser l'ensemble du soutien, ce qui lui permettra de diminuer sa pression sur les ressources humaines affectées à la maintenance de ces appareils et d'utiliser ses mécaniciens pour d'autres flottes utilisées en opération", a-t-elle précisé.

Pour les hélicoptères Cougar, dont la disponibilité sur les douze derniers mois était en moyenne de 6,6 appareils pour une flotte de 26, la DMAé a lancé une réflexion avec l'industrie "pour réduire cette couverture à probablement deux marchés - les moteurs d'un côté et le reste de l'autre -", contre actuellement 21 marchés. Elle se fixe comme objectif de "doubler cette disponibilité en trois ans, autrement dit d'atteindre un taux de près de 50 %, première étape vers une disponibilité accrue par la suite". La DMAé a choisi de travailler avec Airbus Helicopters pour le Cougar, en revanche, pour le Dauphin Pedro, le Panther et le C-130H, elle a souhaité que le SIAé soit le maître d'œuvre du soutien de ces appareils

Pour les Atlantique 2, dont la disponibilité est d'un peu plus de 25 %, la DMAé travaille là aussi pour réduire la couverture contractuelle (28 marchés actuellement), avec un seul maître d'œuvre pour l'ensemble de la cellule et de la logistique. Un autre contrat sera passé avec le service industriel de l'aéronautique (SIAé), l'Etat souhaitant garder en son sein des compétences dans le soutien des aéronefs. Enfin, les moteurs seront traités à part. Enfin, concernant les Rafale, où la disponibilité est bonne, la DMAé va fortement réduire le nombre de contrats de soutien "de manière à gagner en efficience pour l'ensemble de notre structure étatique", a fait observer Monique Legrand-Larroche.

Maintenance prédictive

Pour améliorer les performances du MCO aéronautique, la directrice de la DMAé veut s'appuyer sur toutes les innovations apparues dans le domaine du numérique, mais également dans le domaine civil, dont la maintenance prédictive. "Nous allons nous appuyer sur les travaux menés par la DGA dans le cadre d'ARTEMIS, un projet de traitement du big data", a-t-elle expliqué. Elle attend des gains de maintenance de la mise en œuvre de la maintenance prédictive, tout en restant prudente : "je ne dispose pas encore de chiffres à ce sujet". La DMAé va lancer des actions "dès maintenant en sachant que les gains ne seront pas immédiatement perceptibles".

"Ce qui nous pénalise beaucoup aujourd'hui, c'est que nous avons des plans recommandés d'entretiens prévoyant des visites assez fréquentes : j'espère que la maintenance prédictive nous permettra prochainement de pouvoir desserrer un peu ce cadencement", a-t-elle fait remarquer.

En outre, la DMAé procède à un travail de rationalisation de ses systèmes d'information logistique dans le cadre d'un projet appelé Brasidas. "Pour pouvoir faire de la maintenance prédictive, il ne faut pas seulement disposer d'outils, encore faut-il pouvoir alimenter le système en données", a-t-elle expliqué. Monique Legrand-Larroche souhaite intégrer dans les opérations de maintenance toutes les nouvelles technologies, tout particulièrement la radio-identification (méthode pour mémoriser et récupérer des données à distance en utilisant des marqueurs appelés radio-étiquettes) et l'intelligence artificielle, qui permettra d'utiliser l'important fonds de données des armées en matière de soutien pour faire de la maintenance prédictive.

Et les industriels?

Les industriels, qui ont commencé à être sensibilisés par la DMAé, vont-ils jouer le jeu? "Pour ce qui est de la réaction des industriels à la nouvelle organisation, je dirai que ceux qui pressentent qu'ils peuvent être désignés maître d'œuvre sont satisfaits, et que ceux qui pressentent le contraire ne le sont pas...", a-t-elle précisé. Monique Legrand-Larroche leur a expliqué "c'était un nouveau partenariat que nous voulions construire avec eux, un partenariat gagnant-gagnant : l'État doit s'y retrouver avec une meilleure disponibilité de ses aéronefs et les industriels ont intérêt à ce que nos aéronefs volent, ne serait-ce que pour préserver leur renom à l'export".

"nous n'hésiterons pas à négocier dans un front uni DGA-DMAé pour être plus forts en globalisant au besoin la négociation avec d'autres marchés", a-t-elle martelé.

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Tous les industriels veulent rester en contact direct avec les forces. Elle leur a répondu qu'ils pouvaient "parfaitement rester en contact avec les forces tout en étant sous-traitants". D'une manière générale, les industriels se sont déclarés "intéressés", a-t-elle souligné. Reste désormais à voir comment va se traduire leur intérêt...

Michel Cabirol

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