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Défense : le Brésil balance entre ambition et rigueur budgétaire

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol à Rio de Janeiro

Publié le 11 avril 2017 à 04:56 - Mis à jour le 11 avril 2017 à 20:15

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Le Brésil semble relever la tête. De nouveaux programmes d'armement sont actuellement en préparation. Mais le contexte budgétaire freine toujours les ambitions du géant de l'Amérique du Sud, qui doit aussi compter sur les affaires de corruption.

Le Brésil semble sortir tout doucement la tête hors de l'eau. Au plus grand salon de défense d'Amérique latine LAAD, qui s'est tenu la semaine dernière à Rio de Janeiro, les industriels de l'armement ont senti enfin un frémissement dans ce pays, qui reste toutefois profondément impacté par la crise économique et la corruption. Certes le Brésil continue de souffrir de la crise économique. Mais, selon plusieurs industriels interrogés par La Tribune, le moral des militaires brésiliens et, par ricochet, celui des groupes internationaux, qui sont venus beaucoup moins nombreux cette année à Rio (150 exposants en moins environ), remontent par rapport à LAAD 2015 où tous les voyants étaient rouges foncés. Plusieurs projets significatifs, qui ont été longtemps en souffrance, sont à nouveau en préparation même si la prudence reste requise.

Prudence car le ministre de la Défense Raul Jungmann a été clair. Très clair. Il a expliqué mardi dernier que son ministère devait assumer sa part de fardeau dans la réduction du déficit budgétaire de 42 milliards de dollars. Le ministère avait prévu d'investir cette année 15 milliards de reals (4,5 milliards d'euros) mais 9,6 milliards (2,88 milliards d'euros) ont été plus ou moins gelés. Les militaires pourraient néanmoins récupérer tout ou partie de ces crédits au cours de 2017. Plusieurs projets ont été à nouveau étalés, certains reportés mais aucun n'a été annulé. Par exemple, l'achat de missiles de défense aérienne, malgré un très important retard, n'a pas été annulé, a confirmé Raul Jungmann. Faut-il donc voir le verre à moitié vide ou à moitié plein?

Priorité sur les corvettes, les satellites et les blindés

Factuellement, le Brésil a décidé de lancer lundi le programme de quatre corvettes Tamandaré (2.800 tonnes), une version améliorée des Barroso mis en service en 2009. La compétition est ouverte à tous les chantiers mais le design des bâtiments avait été gagné par le chantier naval Fincantieri. Le groupe naval tricolore DCNS regarde évidemment ce dossier évalué à environ 1,8 milliard de dollars mais il lui sera difficile de couler le favori italien. C'est le dossier d'envergure le plus chaud du moment... A suivre.

Raul Jungmann, qui est venu à Cannes début décembre, tient également au programme de satellites de télécommunications à vocation duale (civile et militaire), SGDC, confié à Thales Alenia Space (TAS) à travers un ToT d'envergure. Le premier satellite SGDC-1 attend aujourd'hui d'être lancé très prochainement de Kourou, une fois la grève générale en Guyane terminée. Et les Brésiliens commencent à évoquer SGDC-2, un programme qui pourrait être décidé dans 18 à 24 mois, estime-t-on chez TAS. Brasilia est par ailleurs intéressé par un satellite d'observation mais il n'a pas encore fait son choix entre radar ou optique. Enfin, le Brésil aimerait acquérir un blindé 8/8 pas cher. Nexter regarde le dossier avec le Titus. Le groupe, qui a exposé à Rio de Janeiro sous les couleurs de KNDS (KMW Nexter Defense Systems), pourra bénéficier des réseaux de Krauss-Maffei Wegmann, qui a vendu au Brésil le char Leopard.

Poursuite des programmes stratégiques

Brasilia maintient également coûte que coûte certains de ses projets prioritaires. Ainsi, le Brésil continue de dérouler beaucoup moins vite qu'initialement prévu le programme Prosub (sous-marins Scorpène) en dépit de tous ses problèmes budgétaires. Le ministre de la Défense a aussi réitéré toute l'importance du programme de sous-marins nucléaires (PNM). Un projet qui, espère le Brésil, donnerait un peu plus de poids à son dossier pour devenir membre permanent au conseil de sécurité de l'ONU. Le rêve de Brasilia.

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C'est également le cas des 50 H225M vendus en 2008 par Airbus Helicopters au Brésil à travers un important transfert de technologies (ToT). Le constructeur de Marignane et sa filiale brésilienne Helibras (83% du capital) ont récemment conclu un accord permettant d'étaler la livraison jusqu'en 2022 alors qu'une réduction de la cible avait été évoquée. Helibras avait déjà livré 26 H225M, dont quatre en 2016, aux trois armées brésiliennes (air, marine et terre).

Parmi les programmes prioritaires en cours de livraison, le Brésil poursuit son projet de surveillance des frontières (Sisfron) dans lequel il va invesir en 2017, environ 470 millions de reals (141 millions d'euros). La première phase du projet Sisfron déployé au Mato Grosso do Sula, a été achevée à 80%. Le système d'Embraer devrait être déployé aux Etats du Mato Grosso, Parana, Santa Catarina, Rondonia. Mais le Brésil souhaite partager la facture de 6 milliards de dollars avec les pays frontaliers. L'Argentine a déjà donné son accord.

Enfin, le Brésil garde les yeux de Chimène sur le programme de l'avion de transport KC-390, l'un des plus importants de l'armée de l'air. Ce programme reste affecté par les coupes budgétaires, qui touchent la fabrication des troisième et quatrième prototypes.

Le Gripen, un choix sous influence ?

Tout comme Prosub et Sisfron notamment, Brasilia souhaite poursuivre l'achat des 36 avions de combat Gripen (5,3 milliards de dollars), l'avion de combat le moins performant de la compétition FX-2 (F-18 et Rafale). Et ce en dépit de toutes les affaires de corruption en cours qui pèsent sur cette acquisition. En décembre dernier, le parquet fédéral brésilien a formellement accusé l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva d'avoir influencé les résultats de l'appel d'offres lancé pour l'achat d'avions de chasse, au profit du constructeur aéronautique suédois Saab.

Bizarrement, la très vertueuse Suède ne s'est guère préoccupée de ces accusations. Il est vrai que le Gripen traine déjà pas mal (trop?) de casseroles en Afrique du Sud, en Hongrie, en République tchèque et en Suisse (les Suisses ont stoppé la transaction par votation), où à chaque fois des soupçons de corruption ont pesé sur les opérations financières de ces ventes ou locations. Toutefois, Stockholm, qui semble-t-il jouit jusqu'ici d'une impunité aux Etats-Unis, a classé sans suite toutes ces procédures. Dommage que les juges suédois ne soient pas aussi tenaces et mordants que leurs homologues français...

Au Brésil pourtant, le parquet a expliqué qu'en échange de son aide, le fils de Lula, Claudio Lula da Silva, également mis en cause dans le dossier, avait été payé 2,5 millions de reals (700.000 euros environ) par Marcondes & Mautoni, une société qui conseille des entreprises étrangères faisant des affaires au Brésil et qui, selon le parquet, travaillait alors pour Saab. Ses avocats ont nié toute participation illégale de l'ex-chef de l'Etat ou de son fils au processus d'attribution du contrat des chasseurs. Des soupçons pèsent également sur le rôle de l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air brésilien, Juniti Saito.

Le Brésil, un pays au bord du précipice institutionnel ?

Le Brésil est-il encore un pays à nouveau au bord du précipice instituttionnel en raison d'une corruption endémique. Ainsi, même si le Tribunal Supérieur Électoral du Brésil (TSE) a reporté début avril l'examen de la validité de la dernière élection présidentielle, il y a toujours une épée de Damoclès au-dessus de l'actuel président du Brésil Michel Temer, qui est accusé de financement illégal de sa campagne. Le procès du TSE porte sur le scrutin qui a permis la réélection en 2014 de Dilma Rousseff et Michel Temer, alors vice-président.

Le tribunal doit décider si leur réélection est nulle en raison du versement de pots-de-vin qui auraient alimenté les caisses noires des partis des candidats. Des versements effectués par le géant du BTP Odebrecht, accusé de truquer les marchés publics de la compagnie pétrolière d'État Petrobras. Si le TSE décide d'annuler le mandat du ticket Rousseff-Temer, ce dernier devra quitter le pouvoir. L'intérim serait alors assuré par un nouveau président désigné par le Congrès, selon la Constitution. Mais Michel Temer compte faire durer la procédure dans l'espoir de finir son mandat en épuisant tous les recours possibles.

Six ministres du gouvernement Temer, dont ses deux plus proches alliés, ont été impliqués par ailleurs dans des affaires de corruption. En outre, Eduardo Cunha, l'ancien président de la Chambre des députés brésilienne et incarnation de l'opposition à l'ex-présidente Dilma Rousseff, a été condamné fin mars à plus de quinze ans de prison pour corruption. Eduardo Cunha avait lancé en décembre 2015 la procédure de destitution de la présidente Rousseff, sur la base d'accusations de maquillage des comptes publics.

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Dilma Rousseff a été finalement destituée le 31 août dernier. Contraint de démissionner lui-même en juillet de la présidence de la Chambre des députés, Eduardo Cunha avait été arrêté à Brasilia en octobre et accusé d'avoir reçu des millions en pots-de-vin lors de l'achat par la compagnie pétrolière publique Petrobras d'un champ pétrolifère au Bénin.

Michel Cabirol à Rio de Janeiro

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