Brexit : Paris veut garder sa relation stratégique dans la défense avec Londres

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La Grande-Bretagne est le partenaire européen le plus crédible de la France dans le domaine de la défense
La Grande-Bretagne est le partenaire européen "le plus crédible" de la France dans le domaine de la défense (Crédits : CC0 Public Domain.)
La France souhaite poursuivre sa relation stratégique avec la Grande-Bretagne dans le cadre des accords bilatéraux signés par les deux pays, notamment ceux de Lancaster House. Paris considère que Londres est le partenaire européen "le plus crédible".

Même en dehors de l'Union européenne (UE), la Grande-Bretagne reste "le partenaire de référence" de la France dans le domaine de la défense en Europe, explique-t-on dans l'entourage du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Car il est tout simplement "le plus crédible" des pays européens en matière budgétaire, opérationnel, industriel et, enfin, nucléaire. "Sur les affaires de défense, nous avons besoin des Britannique et nous allons continuer" notre relation stratégique, affirme-t-on au sein du ministère de la Défense.

"Le résultat du vote n'est évidemment pas celui qu'on aurait pu souhaiter", estime-t-on dans l'entourage du ministre.

D'ailleurs, François Hollande a promis vendredi de continuer à travailler avec ce "pays ami", notamment dans le domaine de la défense. Le Royaume-Uni est comme la France une puissance militaire dotée de l'arme nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. La relation bilatérale entre la France et la Grande-Bretagne, notamment dans le cadre de l'accord de Lancaster House, se poursuivra. Les accords bilatéraux de la Grande-Bretagne "avec des pays européens, au premier rang desquels la France, ne devraient pas en être affectés", souligne pour sa part l'association EuroDéfense qui regroupe des hauts fonctionnaires civils et militaires. En outre, précise-t-on au ministère de la Défense, "nous ne souhaitons pas un repli stratégique du Royaume-Uni dans les affaires internationales".

"Nous avons là un des seuls partenaires, et peut-être même le seul qui ait à la fois la capacité et la volonté de maintenir un appareil de défense crédible et actif à l'échelle internationale", explique-t-on encore.

Paris veut poursuivre sa coopération avec Londres

Pour autant, la décision du Royaume-Uni de sortir de l'UE oblige les deux pays à en "gérer les conséquences".  Ainsi, "les procédures prévues par les traités seront rapidement appliquées", a rassuré François Hollande. Pas question donc pour la France de détricoter la longue et tumultueuse relation franco-britannique dans le domaine de la défense. "Nos engagements ne sont pas remis en question" avec ce "partenaire d'exception", assure-t-on au sein du ministère.

"Nous avons en Europe un partenaire principal en matière de Défense, le Royaume-Uni. Il est celui qui est le plus à même de se déployer à l'étranger lorsque c'est nécessaire ou de développer des coopérations industrielles de très haut niveau (...). Tout ceci, parce que c'est notre intérêt, doit se poursuivre", ajoute-t-on

Paris souhaite notamment promouvoir avec son allié le concept de force conjointe d'intervention, protéger les accords de MBDA, le missilier franco-britannique, et, enfin, poursuivre le projet de drone de combat FCAS."Nous n'avons pas d'inquiétudes" sur la poursuite du projet MBDA et "il n'y a pas de menace sur FCAS". Ce programme "reste dans l'intérêt" des deux pays et est inscrit dans un cadre budgétaire.

Tout comme, la France attend de la Grande-Bretagne son maintien dans le dispositif Atalante, dont le PC est dans la banlieue de Londres. Atalante est une mission militaire mise en œuvre par l'UE dans le cadre de la force navale européenne (Eunavfor) et de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), en vue de lutter contre la piraterie dans le Golfe d'Aden et de l'océan Indien. C'est également le cas pour l'opération navale de l'Union européenne Sophia qui fait respecter l'embargo sur les armes imposé à la Libye.

"Quand nous avons négocié le mandat de l'opération européenne Sophia dans la lutte contre les flux d'armements en Méditerranée, on n'a pas eu 36 partenaires pour le faire: on l'a fait avec les Britanniques et les Allemands", précise-t-on.

 Une chance pour l'Europe de la défense?

François Hollande a plaidé jeudi pour une UE en mesure d'"assurer d'abord sa protection, sa sécurité, sa défense", de se doter d'"institutions plus simples, plus rapides" et de "coopérations renforcées" entre ses États membres désireux d'avancer plus vite. L'UE doit "clairement investir en valeur ajoutée sur les questions de sécurité", estime-t-on à l'Hôtel de Brienne. En outre, on explique qu'au sein de l'UE, "les Américains n'auront plus, comme partenaire de référence en matière de Défense, que les Français".

Le départ de la Grande-Bretagne de l'UE est-il une chance pour l'Europe de la Défense ? La France compte accélérer certains dossiers jusqu'ici bloqués par un veto britannique à l'instar de la montée en puissance d'Athena. Ce mécanisme assure le financement des coûts communs des opérations militaires de l'UE menées au titre de la PSDC. Paris compte également augmenter le budget de l'Agence de la défense européenne (AED). "Cela va évoluer", estime-t-on dans l'entourage du ministre. Mais "la balance" entre avantages et inconvénients de la décision britannique de sortir de l'UE est "modeste", précise-t-on.

"La fin" de l'Europe de la Défense, pour Airbus Group

Pour le responsable de la stratégie d'Airbus Group, Marwan Lahoud, qui s'exprimait jeudi, une sortie du Royaume-Uni de l'UE marquerait "la fin" de l'ambition de construire une politique de défense à l'échelle de l'UE, a estimé jeudi le responsable de la stratégie d'Airbus Group. Pour lui, l'idée selon laquelle la coopération militaire entre les États européens et le Royaume-Uni serait préservée en cas de Brexit est fausse. "Je suis convaincu du contraire", a-t-il lancé, rappelant qu'il était déjà très difficile d'arriver à de véritables coopérations dans ce domaine en étant déjà dans une union politique.

En revanche, EuroDéfense propose de sortir de cette crise "par le haut et demande qu'une initiative forte soit prise par l'UE et ses États membres". L'association estime que "l'un des domaines d'approfondissement les plus nécessaires est celui de la défense, alors que l'Europe est de plus en plus menacée par les crises dans son voisinage". Elle préconise "de faire de l'Europe un multiplicateur de puissance pour les États qui acceptent de mieux mutualiser et intégrer leurs forces". Car selon elle, "une Union européenne plus forte sera plus capable d'agir de façon autonome ou au côté de ses alliés pour défendre ses valeurs et ses intérêts". Par ailleurs, "il est indispensable que l'analyse des besoins de défense soit faite au niveau européen en considérant l'UE comme un tout dans lequel les intérêts des nations sont servis par une approche européenne globale et solidaire, via l'élaboration d'un véritable Livre Blanc européen".

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a écrit le 26/06/2016 à 15:01 :
L'U.E n'est qu'une union économique et elle est dominée et dirigée par l'Allemagne. La France qui aurait pu diriger la partie défense voir diplomatique de l'union, n'a pas su ou voulu s'imposer car trop complexée par la puissance économique allemande. Par contre la France a su agir de manière autonome en Afrique, sans l'aval ni le soutient de l'E.U, et seul les USA ont aidé la France. Avec le départ du R.U, la France restera donc la seule grande puissance militaire de l'E.U. Elle doit donc conserver cette relation stratégique avec le R.U, d'autant que Londres va retrouver une puissance de projection équivalente à celle de la France. L'important en terme de défense n'est pas de savoir avec qui on fait du commerce mais sur qui on peut compter en cas de coup dur, et les 2 anciens grands pays au passé prestigieux ont su garder des responsabilités à l’échelle mondiale. La défense demande des sacrifices financier et humain bien loin du stricte mercantilisme allemand.
a écrit le 25/06/2016 à 22:07 :
Non, non et non , s'est le bon présidents qui a parler pour le peuple français, il ne nous a ( encore) rien demander... Je ne suis pas d'accords de maintenir dès lien stratégique avec la GB... Ils ons choisie de partir et de fermer la porte.... En plus ils faudraient les aider... Non et non... Ils faut être fou de croire à de bon échange suite a la sortie de UE.. Si l'Angleterre s'effondre, elle devras assumer seul la situation... Ils y aura quelque belle OPA à faire, avant que toute les richesses ne parte au USA, en Russie, ou en Arabie... Que l'on le souhaite ou pas la guerre est ouverte... ( economique, financière, migratoire, ect...)
Réponse de le 26/06/2016 à 0:21 :
entièrement d'accord avec vous.
a écrit le 25/06/2016 à 15:00 :
Dérisoire pareille "volonté" ! La France n'est qu'un supplétif de l'OTAN comme un supplétif de l'U.E germano-américaine. C'est le même Empire globalement.
a écrit le 25/06/2016 à 9:31 :
Leurs frégates T45 n'ont pas l'air très crédibles, tombant en panne dans les mers trop "chaudes".
a écrit le 25/06/2016 à 7:43 :
"La fin" de l'Europe de la Défense" c'est quoi ça ? Je ne savais pas que ça existait !
a écrit le 24/06/2016 à 21:30 :
"L'inflexible" trouve déjà une raison d'arrondir les angles....
a écrit le 24/06/2016 à 19:32 :
bien sûr qu'il faut continuer à travailler avec nos amis anglais , pas besoin d'Europe pour ça et surtout en matière de défense !
a écrit le 24/06/2016 à 18:38 :
Et voilà, alors qu'hier les guignols du gouvernement disaient qu'il fallait être dur avec les Britanniques, Hollande et ses sbires s'aperçoivent aujourd'hui que les Anglais sont "les plus crédibles". Si seulement la France avait un dirigeant valant le quart de ce que vaut Boris, on serait déjà dans une meilleure situation :-)

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