Drone MALE : l'Allemagne sera le leader du programme européen

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Le problème avec les drones, c'est que plus on en a, plus on en a besoin, selon l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier
"Le problème avec les drones, c'est que plus on en a, plus on en a besoin", selon l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier (Crédits : Dassault Aviation)
Sur le futur drone européen MALE, l'Allemagne devrait détenir 31% du programme. Les trois autres pays partenaires - la France, l'Italie et l'Espagne - auraient chacun 23%.

Les négociations sont allées bon train ces derniers mois sur le futur drone de surveillance et de reconnaissance de type MALE (Moyenne altitude, Longue endurance) européen entre l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne, un tout nouveau partenaire dans ce système de troisième génération. "Nous avons longuement discuté cet été avec l'Allemagne, qui souhaite être leader sur ce programme : elle aura une part d'un peu plus de 30 %, sachant qu'il existe trois autres coopérants ayant chacun 23 %, la France, l'Italie et l'Espagne", a expliqué le 7 octobre le Délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon devant les députés de la commission de la défense de l'Assemblée nationale.

Selon Laurent Collet-Billon, les spécifications d'un contrat d'études et de définition et les projets de protocole d'accord sont en cours d'établissement, la notification de ce contrat étant prévue pour mars 2016. Un contrat d'études qui s'élève en principe à 60 millions d'euros"Ce programme devrait déboucher un peu avant 2025", a-t-il précisé. Enfin, il a averti que s'agissant de la définition des capteurs qui compte autant que le porteur, que "nous serons vigilants au fait que notre industrie soit prise en considération avec les égards qu'elle mérite, compte tenu de son niveau de technicité".

"L'eurodrone", un programme voulu par Jean-Yves Le Drian

Ce programme est un programme cher à Jean-Yves Le Drian. Lors d'une audition à l'Assemblée nationale fin septembre, le ministre de la Défense a d'ailleurs expliqué que "nous nous engageons désormais dans un projet d'eurodrone, même s'il ne porte pas encore ce nom". Si Jean-Yves Le Drian avait annoncé en mars dernier un contrat d'études en 2015, il devra donc attendre en 2016 si bien sûr il reste au ministère de la Défense.

"Notre effort en matière de drones de surveillance et d'ISR (Intelligence, Surveillance & Reconnaissance, ndlr) devrait être accentué, avec notamment, dès cette année, le lancement des études relatives au futur drone européen, que la France envisage à l'horizon 2025 avec l'Allemagne et l'Italie", avait déclaré le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lors d'une conférence de presse en mars.

En attendant la France commande de nouveaux Reaper

Parmi les principales commandes déjà notifiées en 2015 par le ministère de la Défense, figure la commande d'un deuxième système de drones américain Reaper en juillet dernier. La fin de l'année devrait être l'occasion d'une nouvelle commande "à brève échéance" d'un nouveau système américain. La direction générale de l'armement a reçu "la lettre d'offre américaine fin septembre 2015", a d'ailleurs précisé Laurent Collet-Billon. L'armée de l'air américaine "exige un paiement immédiat, qui pourrait être initialement de quelques dizaines de millions d'euros", a expliqué Laurent Collet-Billon.

Au début de l'été de cette année, l'armée de l'air a reçu un troisième vecteur aérien pour compléter le premier système Reaper. En 2016, un nouveau système Reaper sera livré. La loi de programmation militaire (LPM) prévoit la livraison de douze drones, en quatre fois.Sur la francisation des drones, le DGA a promis aux députés que "l'autonomie de pilotage viendra". "Nous avons deux objectifs : l'autonomie dans la conduite de nos missions et la possibilité d'avoir une charge utile de ROEM (renseignement d'origine électromagnétique, ndlr) à terme. Nous examinons comment nous pourrions faire dériver une charge utile pour nos propres drones MALE ou d'autres porteurs. Pouvoir corréler le ROEM et le renseignement image est très important".

Les besoins de l'armée de l'air

Pour sa première audition à l'Assemblée nationale, le nouveau chef d'état-major de l'armée de l'air, le général André Lanata, a confirmé que les livraisons des Reaper étaient une des "priorités pour 2016""Il s'agit, a-t-il expliqué, d'une des capacités clés dans la bande sahélo-saharienne, de sorte que la demande en heures de vol augmente : celles-ci ont doublé en l'espace d'un an".

Une capacité dont ne peuvent plus se passer les armées du monde entier comme en témoignait en avril dernier l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier."Les drones MALE Reaper sont une capacité absolument essentielle. Aujourd'hui, nous ne pourrions pas nous en passer, ni en Irak ni en Afrique. En Irak, nous n'utilisons pas les nôtres, mais presque aucun tir n'est effectué sans une identification validée par un drone et sans une évaluation par le même moyen des dommages collatéraux, qu'il s'agit de minimiser. En Afrique, les drones nous permettent de mener de très nombreuses missions et ont contribué aux succès que nous avons obtenus lors d'opérations spéciales. Le problème avec les drones, c'est que plus on en a, plus on en a besoin ! Ils garantissent une permanence de la surveillance, indispensable à nos opérations. Grâce aux drones, nous arrivons assez bien à suivre les groupes terroristes au nord du Mali et nous avons pu attaquer de nombreux petits dépôts de munitions et de carburant qu'ils avaient reconstitués".

Dans ce contexte, il s'est dit "attentif à la livraison, courant 2016, du deuxième système, à la commande du troisième avant la fin de l'année 2015 et à la commande du quatrième en 2016, afin que nous soyons en mesure d'atteindre le format décrit dans la LPM". Le général Lanata veillera également "à ce que soit étudiée l'acquisition d'une capacité de pilotage des missions depuis la France, avec une station sol sur la base aérienne de Cognac, qui permettrait de soulager temporairement la pression que subit un nombre d'équipages limité à ce stade".

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a écrit le 19/10/2015 à 11:51 :
C'est le coup habituel des allemands. Au lancement du programme ils annoncent qu'ils veullent acheter le plus d'unites du projet, donc ils ont droit a la part du lion niveau industriel. Quelques annees plus tard ils reduisent la commande "s etant rendu compte" que finalement ils n en ont pas besoin d autant. C'est exactement ce qu'ils ont fait avec les chasseurs eurofighters, les cargos A400M et les helicos NH90!
a écrit le 16/10/2015 à 18:17 :
Compte tenu du retard technologique de l'Allemagne dans l'aéronautique je crains le pire.
a écrit le 16/10/2015 à 10:40 :
Ceci est une carotte que l'on donne aux allemands pour pour mieux sceller l'alliance avec les anglais sur un drone de combat autrement plus technologique sans froisser les premiers.
Réponse de le 20/10/2015 à 11:12 :
Je crois moi aussi que c'est l'option qui est envisagé par les décideurs, et cela permettra à la France d'être partie prenante sur 2 programmes majeur, c'est une bonne chose je pense.
a écrit le 16/10/2015 à 9:22 :
Ça sent déjà le rance, l'Allemagne n'a jamais été capable de piloter un programme correctement depuis le Transall C160, c'est pas jeune. Et puis, c'est surtout un peu tard à moins de faire un très grand pas technologique ce qui n'est pas gagné et qui va nous coûter un bras, mais ça ne fait rien, si ça fait plaisir à NR Le Drian. L'État paiera.
a écrit le 16/10/2015 à 8:05 :
L'Allemagne ,des drones !Et pour quoi en faire puisqu'elle ne peut pas effectuer de missions militaires à l'étranger !A oui bien sur pour faire travailler son industrie mais pour le reste ........
a écrit le 15/10/2015 à 22:30 :
Celui qui paye, commande, c'est normale.
a écrit le 15/10/2015 à 21:25 :
La France se ruine avec ses fonctionnaires donc elle doit baisser pavillon ailleurs. Ce qu'elle fait..... En attendant de baisser le pantalon quand viendra la ruine de l'état....
a écrit le 15/10/2015 à 20:11 :
L'Allemagne n'a aucune légitimité pour prétendre diriger un programme de cette nature:
- le programme Eurofighter est un fiasco
- les allemands se sont lamentablement fait arnaquer par les américains dans l'affaire des Eurohawk, il est inconcevables qu'ils aient été dupés à ce point
- ce pays n'a aucun besoin opérationnel, et donc aucune expérience sur laquelle fonder le design et le cahier des charges d'un tel appareil.
Mon avis est que c'est une carotte qu'on leur donne, en attendant de développer un programme crédible avec le Royaume Uni, adapté aux besoins de nations ayant de réels besoins opérationnels.
Réponse de le 20/10/2015 à 11:04 :
Je suis du même avis que vous, je crois que c'est une façon de mutualiser les risques pour la France, qui a déjà bien avancé sur ce dossier avec le Royaume Uni. Et ainsi de laisser une carotte à l'Allemagne qui n'a qu'une armée sur le papier et ne s'en sert de toute façon quasiment jamais...
a écrit le 15/10/2015 à 19:15 :
Moi, à leur place, je me méfierais des résultats à venir. Vu leur conception de logiciel et du brillant loupé sur Philae !!!
a écrit le 15/10/2015 à 19:12 :
Quel compétence à l'Allemagne pour prendre le leadership du programme.
a écrit le 15/10/2015 à 18:58 :
Pourquoi l'Allemagne doit-elle être leader sur ce projet ? Quels sont les titres de son industrie aéronautique militaire ? Le FADEC de l'A400M qui a été planté ? On est fauché, certes, mais n'est-ce pas une démission ou une retraite française un peu précipitée ? Ou alors, il faut expliquer les raisons objectives de ce leadership dans l'article.

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