La stratégie "yibu, yibu" d'Airbus Helicopters en Chine

 |   |  687  mots
Sur une flotte en service évaluée à 688 appareils civils à fin août 2018, la part de marché revendiquée par Airbus Helicopters s'élève à 37% (252 appareils pour 85 clients), loin devant Bell (21%, 145 appareils) et Leonardo (13%, 91 appareils).
Sur une flotte en service évaluée à 688 appareils civils à fin août 2018, la part de marché revendiquée par Airbus Helicopters s'élève à 37% (252 appareils pour 85 clients), loin devant Bell (21%, 145 appareils) et Leonardo (13%, 91 appareils). (Crédits : Airbus Helicopters)
Airbus Helicopters a livré ce vendredi 28 septembre, dans le cadre d'un accord signé en 2016, le premier H135 à son partenaire chinois UGA. Basée à Qingdao, la chaîne d'assemblage chinoise du H135 sera opérationnelle début 2019.

En Chine, Airbus Helicopters y va pas à pas sans brûler les étapes, ou comme disent les Chinois, "yibu, yibu" (prononcez ibou). Ce marché au potentiel gigantesque est plus que prometteur mais reste encore soumis à des contraintes très sévères. Présent dans le pays depuis près de de 40 ans avec la production sous licence du Dauphin en 1980, l'hélicoptériste européen se prépare donc patiemment à l'ouverture du ciel chinois, qui est sous le contrôle exclusif de l'armée du peuple. Ainsi, chaque vol doit être soumis à l'autorisation préalable des militaires. "Il existe en Chine une énorme contradiction entre le potentiel du marché et les contraintes, qui sont des facteurs limitants à son développement", confirme la présidente d'Airbus Helicopters China, Marie-Agnès Veve.

La libéralisation, même progressive, du ciel chinois prévue dans cinq ans environ pourrait être synonyme d'un envol d'un marché encore très embryonnaire par rapport aux besoins. La flotte d'hélicoptères pour les services de santé (EMS) ne s'élève par exemple qu'à une cinquantaine d'exemplaires en Chine. Soit l'équivalent de deux appareils pour la France. Ce qui est complètement dérisoire...

Une chaîne d'assemblage à Qingdao

C'est tout le sens de l'accord signé en juin 2016. En contrepartie d'un accord sur la vente de 100 H135 mis en vigueur en décembre 2016 (700 millions d'euros), Airbus Helicopters Deutschland s'était engagé à investir à 51 % dans la construction d'une chaîne d'assemblage (FAL) de H135 à Qingdao dans la province de Shandong, aux côtés du chinois UGAC. Soit 24 millions d'euros au total pour les deux partenaires. Si les cinq premiers appareils sont fabriqués à Donauwörth en Allemagne, la FAL de Qingdao dont la capacité de production s'élève à 18 appareils par an lors de la troisième année de service, devait fabriquer le reste sur une période de sept ans.

Lire aussi : Airbus Helicopters cartonne en Chine

Deux ans après la signature de l'accord, le constructeur de Marignane a livré ce vendredi 28 septembre, à l'occasion d'une cérémonie à Qingdao, le premier H135 devant les bâtiments qui abritera la future chaîne d'assemblage opérationnelle début 2019. Le distributeur d'Airbus Helicopters en Chine, United General Aviation (UGA), qui a dans son portefeuille les 100 H135, a signé ce vendredi deux contrats avec Eastern General Aviation Company (2 H135) et Qingdao Huatong Financial Leasing (6 H135). Pragmatique Airbus Helicopters, qui doit récupérer les clés de l'usine à la mi-novembre, pose une nouvelle pierre dans sa stratégie "yibu, yibu" en vue de répondre aux besoins existants et futurs de la Chine en matière d'hélicoptères.

Une stratégie gagnante

Jusqu'à maintenant, la stratégie d'Airbus Helicopters, qui a réussi sa première vente en Chine en 1967 (Alouette) a été gagnante. Le constructeur européen domine haut la main le marché chinois. Sur une flotte en service évaluée à 688 appareils civils à fin août 2018 (contre 7.000 aux Etats-Unis, dont 1.884 pour Airbus Helicopters), la part de marché revendiquée par le constructeur européen s'élève à 37 % (252 appareils pour 85 clients), loin devant Bell (21 %, 145 appareils) et Leonardo (13 %, 91 appareils), qui sont les deux plus féroces concurrents d'Airbus Helicopters en Chine comme ailleurs.

La future chaîne d'assemblage devrait permettre à Airbus Helicopters de conserver son leadership sur le marché chinois. Le constructeur prévoit déjà de doubler sa flotte d'ici à cinq ans, selon Marie-Agnès Veve. Le H135 doit permettre au constructeur de capitaliser sur le marché EMS, qui devrait croître de 200 appareils supplémentaires d'ici cinq à huit ans. D'autant que le gouvernement chinois a récemment libéralisé en partie le ciel chinois pour ce type d'appareils. En outre, Airbus Helicopters s'était engagé en 2006 dans une coopération importante avec Avicopter pour la fabrication commune (50/50) d'un hélicoptère médium lourd (H175 à 16 millions d'euros et Z15 qui entrera en service à l'horizon 2020-2022 pour les chinois). En 2014, les deux partenaires ont signé un contrat pour la production de 1.000 appareils. Une façon aussi de verrouiller une partie du marché chinois par Airbus Helicopters et de l'augmenter en valeur...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 28/09/2018 à 17:30 :
après les centrales nucléaires, les trains à grande vitesse. les boîtes automatiques ferguson des tracteurs , l'avion de ligne chinois c19, etc, après avoir été copié sur a320 Airbus redeviendra le dindon de la farce avec l'hélicoptère. les chinois sont des nationalistes extrémiste après copie il produiront leur propre hélicoptère et enverrons balader airbus. les transferts de technologies est tout simplement un vol avec des méthodes mafieuses chinoises. UN SEUL À COMPRIS AU USA C'EST TRUMP qui dénonce l'attitude des chinois et tape du poing sur la table.
a écrit le 28/09/2018 à 16:36 :
Attention à Airbus de ne pas se faire copier son hélicoptère. Les chinois sont passés maîtres dans la manière de faire des "copié-collé". Le roman "L'empreinte du Dragon" de Jean Tuan (C.L.C. Edition) sorti début septembre, évoque la façon dont un exemplaire de l'Airbus A320 a été démonté et copié au bénéfice du prototype concurrent d'avion commercial chinois. Une lecture à ne pas manquer pour ceux que l'aéronautique intéresse...
a écrit le 28/09/2018 à 10:19 :
Airbus devrait être prudent. Les chinois n'ont aucun scrupule pour "démonter", "copier" et "coller". L'excellent roman policier "L'empreinte du Dragon" de Jean Tuan (C.L.C. Edition) sorti ce mois de septembre, dévoile comment les chinois ont procédé avec l'un des Airbus A320 livrés chez eux. Il n'a jamais étté mis en service. Ils l'ont "désossé" au bénéfice de leur prototype d'avion de transport commercial.
Ce récit de fiction est un régal car en plus il nous évoque la main-mise des mêmes chinois sur l'un des principaux aéroports français... A ne pas manquer pour ceux que l'aéronautique intéressent.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :