Le partenariat ONERA/DCNS va favoriser et accélérer l'innovation dans le naval

DCNS et l’ONERA signent un accord-cadre visant à développer leurs synergies et proposer des projets R&D communs dans les domaines naval et maritime dont des systèmes d’armes du futur. Dans une interview croisée accordée à La Tribune, les PDG de DCNS et de l'ONERA, Hervé Guillou et Bruno Sainjon, décryptent les enjeux de ce partenariat clé. Il permettra notamment à DCNS de garder un avantage compétitif par rapport à la concurrence.

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L'innovation crée aussi un avantage compétitif dont un groupe naval comme DCNS a plus que jamais besoin aujourd'hui, Hervé Guillou, PDG de DCNS
"L'innovation crée aussi un avantage compétitif dont un groupe naval comme DCNS a plus que jamais besoin aujourd'hui", Hervé Guillou, PDG de DCNS (Crédits : DR)

La Tribune : A quoi va servir concrètement cet accord-cadre  à DCNS et à l'ONERA?
Hervé Guillou, PDG de DCNS :
Nous devons faire de l'innovation le moteur de son développement, en France et à l'international pour préserver la supériorité technologique des navires qu'il conçoit et construit. Nous nous donnons les moyens de nos ambitions et consacrons chaque année 10% de notre chiffre d'affaires à la R&D (Recherche et Développement, ndlr). En parallèle, convaincu de la puissance de la recherche collaborative, DCNS développe des coopérations auprès d'instituts de renom aux compétences complémentaires des siennes, comme c'est le cas de l'ONERA.

Bruno Sainjon, PDG de l'ONERA : En plus de ses compétences en recherche et développement dans les domaines de l'aéronautique, du spatial et de la défense, l'ONERA dispose également d'une grande expérience dans les domaines naval et maritime. Ces compétences, nous les mettons au service des agences de programmes, des institutionnels, des PME-ETI et de l'industrie. C'est donc tout naturellement que nous apportons notre aide et notre expertise à DCNS pour renforcer sa place de leader mondial dans les domaines naval et maritime. Cet accord nous permettra de bénéficier d'une connaissance très fine et spécifique du domaine naval. Ainsi nous pourrons beaucoup mieux prendre en compte toutes les contraintes inhérentes à ce milieu, certes connu pour nous mais en dehors de nos domaines principaux d'activité.

Quels programmes prioritaires allez-vous engager rapidement ?
Bruno Sainjon :
Aujourd'hui, tout n'est pas fixé en termes de programmes car l'accord vient tout juste d'être signé et les discussions entre l'ONERA et DCNS vont pouvoir commencer. Un comité de pilotage regroupant des experts des deux établissements vont d'ailleurs se rencontrer pour la première fois très prochainement afin d'établir la feuille de route de recherche et définir les grand programmes prioritaires.

Hervé Guillou : A ce stade, six grands thèmes ont été identifiés : l'aérodynamique / hydrodynamique, les matériaux et plus particulièrement les composites, la navigation dont la gravimétrie, la détection au-dessus de la surface (par exemple les systèmes embarqués à bord des avions de patrouille maritime...), les drones / robotique et enfin des travaux de prospective menés en commun sur les systèmes d'armes navals du futur comme les armes laser de puissance.

Dans le domaine des drones et de la robotique, quels sont les programmes auxquels vous pensez ?
Bruno Sainjon :
Encore une fois, je ne peux vous en dire plus à l'heure actuelle si ce n'est citer quelques problématiques de recherche comme la coopération de flotte de drones hétérogène (drone sous-marin, drone en surface, drone aérien, drone terrestre ...), les interactions homme-système, l'aide à la décision, la navigation autonome, ou encore plus largement les drones sous-marins.

Quelles retombées économiques et financières attend l'ONERA de cet accord-cadre?
Bruno Sainjon :
Je n'ai pas de boule de cristal ! Tout dépendra du résultat des offres communes que nous allons élaborer ensemble avec DCNS tant au niveau français auprès des institutionnels comme la direction générale de l'armement (DGA) qu'au niveau européen au sein des grands programmes H2020 (Horizon 2020 est un programme-cadre de l'Union européenne pour la recherche et l'innovation, ndlr).

Cet accord-cadre signé avec DCNS est-il l'exemple type de rapprochement vers les entreprises que souhaite l'ONERA ?
Bruno Sainjon :
L'ONERA a également comme mission de faire bénéficier d'autres secteurs de ses savoir-faire en aéronautique et en spatial, et plus spécifiquement lié à la défense. Cela a déjà été le cas à plusieurs reprises dans les domaines naval et maritime avec DCNS et son prédécesseur étatique la DCN. En résumé, le naval n'est pas une nouveauté pour l'ONERA. Cela fait plus de 60 ans que nous étudions l'aérodynamique navale ! Dès 1965, nous avons installé un premier pilote expérimental analogique sur le sous-marin Gymnote (premier sous-marin torpilleur français, ndlr). Puis l'ONERA a travaillé en 1966 sur la simulation numérique du comportement du SNLE Le Redoutable en présence de houle et sur la simulation du tir du missile stratégique M20. Cette expertise repose sur les problématiques communes qui existent entre les domaines naval, sous-marin et aérien (lois de commandes...).

Sur quelles technologies clé, l'ONERA a-t-il travaillé ces dernières années?
Bruno Sainjon : Dans les années 80, la conception des SNLE NG type Le Triomphant était un défi majeur en raison des objectifs de discrétion acoustique très ambitieux pour mettre la France au meilleur niveau mondial. Pendant toute cette période, l'ONERA a beaucoup travaillé sur les outils et méthodes pour la modélisation du bruit rayonné (bruit émis par le sous-marin dans la mer). Nous avons également réalisé des essais en souffleries avec des maquettes de sous-marins, et nos installations de recherche à Lille ont été largement sollicitées plus particulièrement pour les questions d'identification de sources de bruit. Ces essais ont notamment permis de déterminer la meilleure configuration des barres pour le Scorpène et plus tard pour le Barracuda. Un dernier exemple cette fois-ci pour la marine de surface, l'ONERA a étudié la stabilisation du Charles-de-Gaulle (compensation de la gîte) mais aussi la problématique de l'appontage de drones.

Pouvez-vous tirer un premier bilan de cette stratégie ?
Bruno Sainjon :
Vous l'aurez compris, l'ONERA a une longue expertise dans le domaine naval et maritime, de même la collaboration entre l'ONERA et DCNS perdure depuis une douzaine d'années, c'est-à-dire depuis sa création. Nos deux maisons ont des compétences complémentaires. La signature de cet accord cadre permettra finalement de renforcer ces travaux communs afin de profiter au mieux de l'excellence de chacun.

Pourquoi avoir choisi l'ONERA ? 
Hervé Guillou : Notre coopération avec l'ONERA n'est pas nouvelle. En plus des exemples cités par Bruno Sainjon, nous pouvons mentionner la participation de l'ONERA aux côtés de DCNS à des programmes de R&D comme les programmes SCANMARIS, SISMARIS et le projet Européen I2C, trois programmes innovants portant sur des dispositifs de surveillance maritime pour détecter en temps réel les comportements suspects des navires en mer. L'ONERA et DCNS ont également coopéré sur de la R&D relative aux matériaux pour radômes. De plus, le domaine naval fait appel à de multiples technologies qui ont été développées pour d'autres applications : algorithmie, drones et robotique, matériaux composites, détection... Inversement, l'utilisation et le développement de technologies dans le cadre de programmes navals peuvent bénéficier à d'autres secteurs pour lesquels travaille l'ONERA.

Que peut apporter l'ONERA à DCNS en matière de R&T dans le domaine du naval qui n'est pas forcément son domaine de prédilection ?
Hervé Guillou : 
Ce partenariat va permettre à DCNS de bénéficier des formidables moyens de recherche et des compétences de l'ONERA, dans des domaines aussi pointus que les drones et la robotique, les systèmes embarqués, l'hydrodynamique, la détection, le contrôle non destructif ou encore la navigation. L'innovation crée aussi un avantage compétitif dont un groupe naval comme DCNS a plus que jamais besoin aujourd'hui alors que les budgets de la défense se réduisent en France et que DCNS doit se développer à l'international, sur un marché du naval de défense où la concurrence est de plus en plus rude avec de nouveaux entrants très actifs comme les Coréens ou les Chinois.

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Commentaires 3
à écrit le 23/06/2016 à 14:00
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DCNS est en position de force pour s'allier naturellement avec les Allemands dans les sous-marins classiques contre le Monde. Ne répétez pas l'exemple de Peugeot qui voulait rester seul alors que Renault s'est allié avec Nissan... L'Europe de la déf...

le 27/06/2016 à 11:56
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pour s'allier avec les allemands il faut être en position de force sinon on passe à la trappe..!

à écrit le 20/06/2016 à 14:46
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A Lille ou j'ai fait mes études sous le Prof Martinot-Lagarde.

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