Dans le conflit qui fait rage en Ukraine, l’aviation de combat ne semble pas jouer un rôle clé. Les raisons de l’absence de la maîtrise du ciel par la Russie, la résilience de la défense aérienne ukrainienne, la place de l’hélicoptère dans les futurs conflits, de même que celle de l’intelligence artificielle dans les combats à l’avenir, sont autant de sujets brûlants décryptés lors d’une table ronde qui s’est déroulée au Paris Air Forum, le 16 juin dernier à Paris.« Sera maître du monde celui qui sera maître de l'air », écrivait au début du 20e siècle Clément Ader, pionnier de l'aviation, en partant du principe que la liberté d'action dans le domaine aérien et la maîtrise du ciel étaient un préalable à toute action militaire. Ce qui a bien été le cas en Irak ou en Libye, par exemple, où les moyens aériens de la France et de ses alliés leur ont donné un avantage certain pour les opérations. En Ukraine, en revanche, les avions et les hélicoptères de combat sont moins visibles depuis le début de l'invasion...
La défense aérienne a pris le dessus sur les avions
Pourquoi la Russie n'a-t-elle pas eu la maîtrise du ciel ? « La voulait-elle ? », se demande le général Emmanuel Boiteau, général de brigade aérienne et directeur du Centre d'études stratégiques aérospatiales à l'Armée de l'air et de l'espace. De fait, « dans la grammaire stratégique russe, la supériorité aérienne n'est pas spécialement mise en avant. Et l'absence de ce concept de supériorité aérienne lui a été très coûteuse dès le début de l'opération. » Sur la tentative de prise de Hostomel, par exemple.
Cependant, « on ne voit pas tout dans les images relayées à la télévision. Les avions continuent à opérer », nuance-t-il. Ainsi, « vous avez chaque semaine quelques avions et hélicoptères abattus, et quelques centaines de drones, le ciel joue un rôle », précise le général Boiteau. Par ailleurs, « aujourd'hui, dans la défense aérienne, qui englobe tous les moyens - avions de chasse, guerre électronique, systèmes sol-air... -, il y a prépondérance du système défensif sur le système offensif actuellement, et particulièrement en Ukraine », décrypte-t-il. Et puis, rien n'est figé... « Le combat pour la supériorité aérienne continue », avance-t-il.
Faiblesses tactiques et techniques russes
L'Ukraine, justement, s'est montrée résiliente en matière de défense aérienne. « A l'évidence, les Russes ont sous-estimé les Ukrainiens à tous points de vue », confirme le général de division Pierre-Joseph Givre, directeur du Centre de doctrine et d'enseignement du commandement. Or les Ukrainiens, en termes de défense aérienne au sens large du terme, sont très au point. Grâce à leur connaissance de la manière de fonctionner des Russes, « ils se sont préparés, ont dissimulé leurs stocks et leur défense sol-air, entre autres, et ont même fait de la déception », ajoute-t-il.