Physique : la France (CNES et ONERA) va-t-elle ringardiser Albert Einstein ?

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La mission de Microscope (CNES, ONERA), qui va durer deux ans, va peut-être révolutionner le monde de la physique en ouvrant une nouvelle fenêtre... que même Albert Einstein n'avait pu ouvrir
Lancé par Soyouz ce vendredi, la mission du satellite Microscope est une expérience de physique fondamentale. Il va tenter de mettre en tension la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac... Le lancement depuis Kourou en Guyane vendredi puis la mise en orbite à 707 km de la Terre du micro-satellite Microscope  de 300 kg par le lanceur russe Soyouz sont attendus avec beaucoup, beaucoup d'intérêt par la communauté internationale des physiciens. La mission de Microscope (MicroSatellite à traînée compensée pour l'observation du principe d'équivalence), qui va durer deux ans, va peut-être révolutionner le monde de la physique en ouvrant une nouvelle fenêtre... que même Albert Einstein n'avait pu ouvrir faute de moyens technologiques en son temps.

"Cette expérience de physique fondamentale qui est... fondamentale, va éprouver la théorie de la relativité générale", explique le président du CNES, Jean-Yves Le Gall

Le décollage du lanceur depuis le Centre spatial guyanais (CSG) est prévu à 18H02 heure de Kourou. Soyouz emportera également le satellite européen Sentinel-1B, frère jumeau de Sentinel-1A lancé il y a deux ans. Il est réalisé sous la maîtrise d'œuvre de Thales Alenia Space (TAS) Italie.

Une précision diabolique...

Le CNES, maître d'œuvre de Microscope et l'ONERA, responsable scientifique de la mission et du développement de l'instrument scientifique T-SAGE, ont relevé un véritable défi technologique. Livré en octobre 2014 au CNES, cet instrument d'un montant de 12 millions d'euros (sur une mission 130 millions d'euros lancement compris) est le cœur même de la mission de Microscope qui pourrait ouvrir de nouveaux horizons aux théories de la gravitation en trouvant une brèche dans la théorie de la relativité générale élaborée par Albert Einstein il y a un siècle. Soit une première mondiale !

Comment ? Grâce à l'ONERA, qui a développé des accéléromètres les plus précis au monde pour tester à une précision inégalée le principe fondateur de la théorie de la relativité générale appelé principe d'équivalence. Ce stress test dans l'espace est possible grâce à l'instrument scientifique T-SAGE (Twin space accelerometre for space gravity experiment). "T-SAGE est un double accéléromètre différentiel, qui permettra, grâce à sa sensibilité unique au monde, de tester le principe d'équivalence ou universalité de la chute libre à 10-15 soit 100 fois mieux que toutes les expériences réalisées sur Terre", souligne le directeur scientifique de la branche physique à l'ONERA, Pierre Touboul.

En étudiant la chute libre quasi-parfaite de deux masses de composition différente, T-SAGE tentera ainsi de déceler dans l'espace une violation du principe d'équivalence au niveau de la quinzième décimale (10-15). Soit le rapport de la masse d'une mouche minuscule de 0.5 milligramme posée sur le pont d'un supertanker de 500.000 tonnes. Une précision qui n'est possible que dans l'espace.

Un savoir-faire qui relègue les Américains derrière les Français. "Les Etats-Unis viennent voir l'ONERA, qui est le seul fournisseur au monde à fabriquer des accéléromètres de cette précision-là", affirme le chef de projet Microscope au sein de l'ONERA, Manuel Rodrigues. Le résultat pourra être vérifié sur plusieurs mois d'affilée, au lieu de quelques secondes sur Terre où le principe d'équivalence a été vérifié avec un degré de précision relative de l'ordre de la 13ème décimale (10-13) sans avoir pu violer la théorie de la relativité générale.

La France va-t-elle ringardiser la théorie de la relativité ?

La mission Microscope va peut être "violer" la fameuse théorie de la relativité du célèbre physicien en créant "une nouvelle physique", estime Manuel Rodrigues. Ce qui ouvrirait de nouveaux horizons aux théories de la gravitation. "Ce serait une surprise qu'il n'y ait pas violation", souligne-t-il. "Microscope est une fenêtre, extrêmement transparente, sur la physique au-delà de la physique actuelle", confirme Thibault Damour, de l'Institut des Hautes Etudes Scientifiques.

"Le fait qu'on n'ait pas observé de violation au niveau 10-13 ne prouve pas qu'il est peu probable de trouver une violation non nulle au niveau 10-15, estime Thibault Damour de l'Institut des Hautes Etudes Scientifiques et co-président du Science Working Group de la mission Microscope.

Le satellite sera opérationnel cinq jours après sa mise en orbite et sa mission durera 2 ans. Les première données sont espérées à partir du 27 avril au centre de mission scientifique Microscope développé par l'ONERA et les premiers résultats en janvier 2017.

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Commentaires
a écrit le 25/04/2016 à 14:43 :
Journalisme : Une publication va-t-elle connardiser Michel Cabirol ?
Réponse de le 29/04/2016 à 20:04 :
J'aime beaucoup votre jeu de mot. Mais à ma différence, je signe avec mon vrai nom et non avec un pseudo qui se veut amusant. Vous auriez fait fureur entre 1940 et 1945. Bien à vous. Michel Cabirol
Réponse de le 04/05/2016 à 10:42 :
@M Cabirol. Si le commentaire de lobonomie est clairement insultant, je pense que l'évocation dans ce contexte de la période 40-45 ne fait pas très sérieux (voire choquant) de la part d'un journaliste. Sinon je partage l'avis de la plupart des commentaires au sujet du titre: "ringardiser" n'est pas du tout le terme approprié.
a écrit le 24/04/2016 à 11:31 :
JE NE SUIS PAS UN SCIENTIFIQUE MAIS LA SEULE FORCE QUI PERMET A DEUX PLANETES DE NE JAMAIS SE RENCONTRER ET DE TOURNE L UNE AUTOUR DE L AUTRE INLASSABLE MENT C EST LA FORCE DE REPULSION COMME LE PLUS ET LE MOINS DES AIMANTS ???
a écrit le 23/04/2016 à 11:25 :
Les journalistes devraient tourner sept fois leurs écrits avant de les
imprimer, ils font finir par nous lasser de lire (la suite) avec leurs
titres "désobligeants" ils pensent peut-être que nous aimons cela !
C'est sûr, il n'y aura jamais "d'Einstein" chez les journalistes,
sinon cela se saurait.
a écrit le 22/04/2016 à 15:15 :
Microscope va-t-elle reingardiser la decouverte d'Albert Einstein sur la relativité générale et sur sa théorie célébre ? Je pense que cette experience par satellite pour la mesure de la gravité va aider à mieux comprendre latheorie de la relativité générale et les actions de la gravité terrestre sur la Lune. Oui la théorie d'Einstein n'est pas forcement la seule théorie qui puisse expliquer les effets et forces qui agissent dans l'Univers et pour le système planetaire que l'on connait dans la Voie Lactée. Oui la théorie de la relativité générale doit être ameliorée et cet outil impressionnant qu'est le satellite microscope : alors dire que l'experience decrite va "ringardiser Einstein" c'est un peu excessif alors à quand une nouvelle théorie améliorée de la relativité générale
a écrit le 22/04/2016 à 14:48 :
"Ce serait une surprise qu'il n'y ait pas violation", souligne-t-il. "

Je ne comprends pas pourquoi il dit ça. Pour Einstein le postulat équivalence masse gravifique / masse inertielle a impliqué de revoir la géométrie de l'espace temps et l'impact de la matière. Réciproquement, en adoptant la géométrie de l'espace temps au sens d'Einstein, les deux masses s'égalisent, c'est à dire que la matière massique déforme l'espace-temps et créé du coup les conditions d'une accélération apparente des objets en mouvements, identique et indépendante de leur masse. Cela a été prouvé maintes fois et il n'y a pas d'artifice pour rendre les masses égales, juste une vision géométrique.

Pour moi cette expérience serait une validation de plus, tout comme l'expérience LIGo l'a été sur les ondes gravitationnelles et si les physiciens parlent de probabilité d'écart, ou de ringardiser Einstein, c'est plus pour attirer l'attention sur eux. Maintenant, je veux bien manger mon chapeau si je me trompe. :-)
Réponse de le 23/04/2016 à 2:22 :
Ringardiser... ce ne serait pas plutôt du babillage de journaliste, qui pour vivre doit vendre du papier?
a écrit le 22/04/2016 à 14:43 :
C est pas la chute à venir d Hollande qui va nous aider à relativiser sa nullité !😜
a écrit le 22/04/2016 à 13:53 :
C'est une belle expérience qui honore l'ONERA mais pas le journaliste qui parle de ringardiser Einstein . Ce savant immense le contemple en chute libre dans un univers où le bon sens s'est égaré .
a écrit le 22/04/2016 à 13:00 :
on parle de science pas de foot ou du dernier boys band...c est quoi ce titre???
La science n'avance qu'en essayant de remettre en cause des théories ou préceptes antérieurs. Ces derniers ne sont donc pas ringardisés au contraire, ils sont la base des nouvelles pistes de recherche. Einstein a t il "ringardisé" Newton? Ceux là pouvait il s'appuyer sur nos progrès techniques actuels??
La physique poursuit l'objectif (possible ou pas on verra, peut être pas de mon vivant) d'unifier les théories de l'infiniment grand et de l'infiniment petit. C'est passionnant, porteur de découvertes et de possibilités d'invention incroyables.
Encore une fois je trouve pitoyable d'employer un terme comme ringardisé, quand on parle de sujet autour des plus grands accomplissements de l'humanité....
Réponse de le 22/04/2016 à 14:21 :
C'est de la provoc... et vous tombez dedans la tête la première comme un perdreau de l'année. Un titre, c'est fait pour attirer, provoquer. Avec vous, le journaliste a gagné. Ce qui est le plus important souvent, c'est l'article lui-même.
a écrit le 22/04/2016 à 12:13 :
Moi qui ne regarde jamais plus une pomme comme un fruit, je relativise !!
a écrit le 22/04/2016 à 11:07 :
Dire qu'il y a pas longtemps l'Etat se désintéressait de l'ONERA ...
a écrit le 22/04/2016 à 10:38 :
Je n'ai rien compris. Mais tant mieux si le savoir-faire français de l'ONERA est reconnu :-D
a écrit le 22/04/2016 à 10:26 :
Un peu de modestie peut être !
Réponse de le 22/04/2016 à 12:20 :
@JCML: tout à fait, surtout quand c'est un satellite russe qui va mettre l'engin en orbite :-)
Réponse de le 22/04/2016 à 18:36 :
Oui, vous avez raison, restons modeste !
Starsem, « the Soyuz Company », est russo-européenne, son siège est à Evry.
Le patron est français
Founding companies :
Astrium, maintenant Airbus Defence & Space (ex-EADS): 35%
L’agence fédérale spatiale russe Roskosmos : 25 %.
Samara Space Center : 25 %.
Arianespace : 15 %.
Les Soyouz sont lancés depuis Plessetsk en Russie, Baïkonour au Kazakhstan et Kourou.
La France (Thales et Airbus) et l’Europe y gagnent des lanceurs économiques et d’une base supplémentaire (Baïkonour) .
En échange la Russie et le Kazakhstan profitent des carnets de commande européen et français.
Donnant-donnant !
a écrit le 22/04/2016 à 9:35 :
Les explications sont bien fumeuses. Toutes ces fumisteries coûtent bien cher...
Réponse de le 22/04/2016 à 13:02 :
et dire que vous devez avoir le droit de vote....pffff
a écrit le 22/04/2016 à 8:38 :
Bonjour,
Comment oser un tel titre pour un tel savant ?
Bonne journée

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