« Sans satellites, la planète entière s'arrête ! » Jean-Yves Le Gall (CNES)

 |   |  916  mots
Jean-Yves Le Gall considère qu'aujourd'hui « la mission du CNES est d'être un vecteur d'innovation pour l'emploi et la compétitivité ». / DR
Jean-Yves Le Gall considère qu'aujourd'hui « la mission du CNES est d'être un vecteur d'innovation pour l'emploi et la compétitivité ». / DR (Crédits : DR)
Le spatial emploie 16.000 personnes en France et est un « vecteur d'innovation pour l'emploi et la compétitivité » explique le patron du Centre national d'études spatiales (CNES). Un enjeu majeur qui demande une vigilance de tous les instants face à une compétition mondiale qui s'accentue.

LA TRIBUNE - La France est-elle un acteur mondial de premier rang dans l'innovation spatiale ?

JEAN-YVES LE GALL - La plupart des grands programmes européens ont leur origine en France. C'est le cas des programmes de navigation Galileo et EGNOS. Pour l'observation de la Terre, le CNES a développé les satellites Spot, puis Helios et aujourd'hui Pléiades. En ce qui concerne les sciences, nous avons aussi généré beaucoup d'innovations.

Enfin, dans les télécommunications, le CNES a pris le taureau par les cornes en matière de propulsion électrique quand la France a compris, au début de 2013, que ses industriels étaient en train de se faire distancer par les constructeurs américains.

Aujourd'hui, le CNES considère que sa mission est d'être un vecteur d'innovation pour l'emploi et la compétitivité.

C'est-à-dire ?

Concrètement, nous ne faisons plus d'innovation « pour nous faire plaisir » mais pour qu'elle génère de la compétitivité et, in fine, de l'emploi. Dans notre programme de R&T [recherche et technologie, ndlr] pour les systèmes orbitaux, dont nous donnerons le coup d'envoi le 30 janvier à Toulouse en présence de notre ministre, Geneviève Fioraso, nous mettons l'accent sur les applications à finalité commerciale.

En deux mots, il faut voir ce dont a besoin le marché et ensuite, développer un projet. Rappelez-vous, c'est la France qui a lancé les premiers satellites civils d'observation de la Terre, la série des Spot, mais c'est Google Earth qui a réussi la diffusion des images spatiales. C'est un peu dommage...

Avez-vous consulté le marché pour Ariane 6 ?

C'est exactement ce que nous faisons avec Ariane 6. Ce programme de lanceur est développé pour les besoins du marché. Et nous avons demandé au marché ce dont il avait besoin. Ce qui n'était pas le cas avec Ariane 5, un programme sur lequel les ingénieurs se sont fait plaisir en développant la cryogénie, la poudre et le bi-liquide sans réfléchir à comment nous allions vendre Ariane 5.

Avez-vous des exemples de programmes qui demain pourraient créer de nouvelles filières ?

Depuis une quinzaine d'années, le CNES s'est beaucoup diversifié. Des filières sont apparues, qui ont créé des emplois. C'est le cas de l'océanographie, qui a conduit au développement d'une véritable industrie dans notre écosystème toulousain.

Dans les années à venir, avec la mission franco-américaine SWOT que nous menons avec le Jet Propulsion Laboratory de la Nasa pour l'étude des surfaces d'eau océanique et continentale, cela va être pareil, d'autant plus que cette mission est aussi porteuse d'innovations scientifiques et techniques déterminantes.

Dans un autre domaine, la propulsion électrique des satellites va contribuer à entretenir toute une filière en France. Et je n'oublie pas, bien sûr, Galileo et EGNOS, qui vont créer de nombreux emplois lorsque le système sera totalement opérationnel, dans deux ans. Ce pourrait être considérable.

L'Europe et la France sont-elles encore dans la course ?

Oui, mais cela demande une vigilance de tous les instants car, ce qui me frappe, c'est la fragilité de nos filières. Les États-Unis ont suscité deux ruptures technologiques majeures au cours de ces dernières années, et si rien n'avait été fait en Europe, elles auraient pu nous être fatales, ou tout au moins très préjudiciables. Je pense, bien sûr, à leur approche cost driven pour les lanceurs avec SpaceX ou Orbital, et aux satellites tout électriques développés par Boeing, qui entraîne dans son sillage Space Systems Loral.

Mon constat, c'est que si l'on n'y prend garde, on peut sortir du marché du jour au lendemain, comme certains constructeurs américains l'ont fait par le passé, pour les lanceurs comme pour les satellites...

Qu'apporte le spatial dans la vie quotidienne sur terre ?

Le spatial est très présent dans la vie quotidienne : télécommunications, météorologie, navigation avec aujourd'hui le GPS et demain Galileo qui aura beaucoup plus de fonctionnalités que son concurrent américain, observation de la Terre... Il y a des retombées considérables, y compris dans l'emploi.

Le spatial emploie 16.000 personnes en France. Ce sont des emplois hautement qualifiés qui tirent vers le haut toute notre industrie. C'est très important et c'est pour cela qu'il faut continuer à innover pour rester dans la compétition mondiale.

Si tous les satellites s'arrêtent, qu'est ce qui se passe ?

La planète entière s'arrête !

Vous exagérez...

Non, parce que lorsqu'on mesure l'imbrication de toutes les applications spatiales dans la vie quotidienne, on voit bien que c'est la réalité. Vous n'avez plus de météo, plus de télécommunications, plus de réseaux bancaires, plus de GPS...

S'il y avait une éruption solaire qui mettait tous les satellites sur off, notre vie serait très compliquée. Le spatial est aujourd'hui totalement banalisé. Il y a une anecdote savoureuse qui circule dans notre milieu, et qui illustre cela...

Il y a quelques années, les administrateurs de la Nasa et de la NOAA seraient allés voir le président des États-Unis pour demander des crédits pour renouveler les satellites de météo, et ce dernier aurait répondu : « Pourquoi voulez-vous dépenser 8 milliards de dollars alors que j'ai la météo tous les soirs en regardant la TV ? » C'est en fait la rançon du succès.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/01/2014 à 20:32 :
L'économie s'écroulerais peut être mais les humain pourrait enfin lever la tête de leur téléphone pour discuter avec les autres...
a écrit le 21/01/2014 à 14:57 :
Pour avoir des satellites performants et en nombre, peut-être faudrait-il qu'en Enrope on arrête de dézinguer nos ingénieurs (cf. Saad al-Hilli)... N'est-il pas ?
a écrit le 21/01/2014 à 14:26 :
Et sans électricité, que se passe-t-il ?
Tous ses engins,appareils, etc, dépendent de la fée électricité, donc il suffit de couper le courant pour que tout s'arrête, ou presque, mieux que la fin du pétrole.
Et plus d'ordinateur, zut ! Pour être poli.
a écrit le 21/01/2014 à 10:07 :
Je trouve qu'il est un peu rapide de critiquer le discours de M. Le Gall. Il ne faut pas l'interpréter au premier degré, mais il a parfaitement raison, les perturbations seraient majeures. Plus de géolocalisation et des télécoms très diminuées causeraient énormément de perturbation. Le fait est que le fonctionnement de certains systèmes via les satellites est aujourd'hui bien intégré au reste des activités humaines, donc si on perd les satellites, c'est l'effet domino!
a écrit le 21/01/2014 à 6:24 :
Encore une métonymie révélatrice de l'ego de l'homme. La planète ou juste le système construit par les hommes s'arrête dans certains secteurs ?
a écrit le 21/01/2014 à 4:14 :
Petite nuance, la planète entière s'arrête sans satellites, pas si le C.N.E.S. et Ariane n'étaient plus là...
a écrit le 20/01/2014 à 23:48 :
"Sans satellites, la planète entière s'arrête !"

Mince alors, la NSA ne pourrait plus espionner les dicussions privées de Merkel
a écrit le 20/01/2014 à 21:08 :
Il est assez distrayant de lire dans les propos de M. Le Gall que les ingénieurs se sont faits plaisir avec la cryogénie sur Ariane 5. Il a sans doute oublié qu'il a été DGA du CNES et président d'Arianespace et de Starsem, qui ont quelque influence sur ce genre de décision. Ce genre de discours politique sur les gentils ingénieurs irresponsables et les industriels machiavéliques qui ont besoin des politiques pour savoir que faire est d'une lâcheté qui devient hélas habituelle et laisse un arrière goût qui fit l'objet d'un roman de Sartre.
Réponse de le 21/01/2014 à 10:00 :
@Wehrner : je suis d'accord ça fait un peu sourire ce refrain désormais habituel des "ingénieurs qui se font plaisir techniquement". C'est d'autant plus drôle qu'au sujet d'Ariane 5, on peut dire que ça ne s'est pas trop mal passé...
a écrit le 20/01/2014 à 17:57 :
Bonjour, tous ces nouvelles technologies font gagner des milliards des dollars aux capitalistes et aux multi - milliardaires. Il faut penser que sur cette terre il y a des milliers des peuples qui crèvent de faim. Ne c'est pas ???? Ce dommage !!!!!!!!!
Réponse de le 20/01/2014 à 18:40 :
@TOTO
C'est bien résumé.
Réponse de le 21/01/2014 à 15:47 :
Et alors ? Chauffez donc votre hutte avec de la bouse séchée si ça vous chante.
a écrit le 20/01/2014 à 16:59 :
Les gens ont-ils compris qu'il s'agissait d'une expression : "La Terre s'arrêterait de tourner" ?
Plus de satellites ça veut dire, ni GPS, peu de télévision (plus de Canalsat ... en même temps ça serait pas un mal, ça permettrait à pas mal de monde de faire des économies !), plus de météo, plus ou presque de surveillance d'un territoire en cas de catastrophe, difficulté pour toutes les circulations aériennes ou maritime...
En gros un grand bazar !
Réponse de le 20/01/2014 à 17:09 :
Avec ou sans satellite, la radio HF/VHF est toujours d'actualité.
Réponse de le 20/01/2014 à 22:22 :
Tout à fait !
Cependant, je puis vous garantir que cela mettrait une sacrée pagaille
a écrit le 20/01/2014 à 16:49 :
C'est sûr que les prévisions de Météo France sont indispensables pour protéger les habitations en cas de fortes précipitations... Heureusement que nous disposons de parapluies géostationnaires.
a écrit le 20/01/2014 à 15:24 :
"..les administrateurs de la Nasa et de la NOAA seraient allés voir le président des États-Unis.."
On a compris de qui il s'agissait....
a écrit le 20/01/2014 à 14:40 :
Pas d'accord , depuis l'étendu de l'internet dans le monde , tout ou presque peut passer par le net surtout avec la fibre de verre . Et cela ferait moins d'ondes électromagnétiques dans l'environnement humain.
Réponse de le 20/01/2014 à 16:09 :
Ouais...mais....vous oubliez beaucoup de choses. Par exemple, vous feriez comment pour le traffic aérien ou le transport maritime? Vous voulez leur accrocher un cable à 10 000 mètres ou en plein milieu des océans? N'importe quoi.
a écrit le 20/01/2014 à 14:05 :
Je suis très étonné de lire vos derniers commentaires. Il a parfaitemetn raison de dire que le monde tel que nous le connaissons aujourd'hui s'arrêterait. Ce n'est pas la rotation de la terre, mais notre mode de vie moderne qui serait interrompu. Plus de télécommunications (telephone, internet, télé, météo), ce qui aurait un impact dans tous les domaines économiques. Alors certes, la terre tournait avant, mais je pense que peu d'entre vous n'accepte de retourner aux états unis en caravèles avec pour seul système de navigation: "les étoiles".
Réponse de le 20/01/2014 à 16:15 :
La boussoles et les cartes ça compte pour du beurre? Vous attendez l'obscurité pour vous déplacer comme les rongeurs?
a écrit le 20/01/2014 à 13:49 :
« Sans satellites, la planète entière s'arrête ! » Parce qu'avant la planète ne tournait pas...
Réponse de le 20/01/2014 à 14:08 :
C'est la faute à Galilée si elle tourne maintenant ...;-) ...
Réponse de le 20/01/2014 à 18:38 :
@jb
... et si on avait continué à penser qu'elle était
a écrit le 20/01/2014 à 13:37 :
la terre a tourné avant lui et tournera après,lire ce genre de déclaration décrébilise le propos ,emporté par son lyrisme ce cher Le Gall profère une énorme connerie
Réponse de le 21/01/2014 à 14:02 :
vous le prenez peut-être pour plus bête qu'il n'est. En cherchant bien, vous comprendrez peut-être ce qu'il veut dire par là. Courage :)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :