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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Renault Trucks Defense : le rebond plutôt que le crash ?

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 24 mai 2018 à 04:56 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:56

Renault Trucks Defense, RTD, VAB,

Renault Trucks Defense Véhicule de l'avant blindé (VAB) du 54e régiment de trabsmissions (54e RT) au défilé du 14 juillet 2013 sur les Champs-Élysées à Paris. sur le site de Wikipédia

Marie-Lan Nguyen / Wikipedia (CC BY 2.5)

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Photo d'illustration de l'article
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Après une année 2017 compliquée, Renault Trucks Defense souhaite faire peau neuve. Pas aussi simple... Pour autant, la filiale du groupe Volvo semble bien orientée.

Nouveau nom, nouveau départ ? Après une année horribilis en 2017, Renault Trucks Defense (RTD), qui va désormais s'appeler Arquus comme l'a révélé Les Echos, va-t-il avoir les ressorts pour rebondir après la perte du contrat du futur véhicule blindé multi-rôles léger (VBMR-L), qui doit succéder au VAB dans l'armée de Terre française ? Un échec qui s'explique par le coût trop élevé de sa proposition, voire la mise en vente de RTD par Volvo. "On n' a pas voulu mettre en danger économique l'entreprise", explique-t-on au sein du groupe. En tout cas, la perte de ce contrat a fait clairement perdre de l'attractivité à RTD. Le belge CMI, qui était sur les rangs pour racheter Renault Trucks Defense, ne serait  plus aussi sûr aujourd'hui de casser sa tirelire pour reprendre RTD si d'aventure Volvo le remettait en vente.

Au sein de l'armée de Terre, l'inquiétude est d'ailleurs bien présente. "Les voyants sont à l'orange, l'entreprise est toujours malade", explique une source connaissant bien RTD à La Tribune. Il est vrai que la gestion calamiteuse des livraisons des poids-lourds pour les forces spéciales (PLFS), qui devaient être remis en février 2017, ainsi que les problèmes de finition de certains programmes comme le PVP (petit véhicule protégé) ont refroidi les Terriens. "RTD donne des gages qu'il s'est transformé mais il faut qu'il recrute les bonnes personnes", poursuit-elle. En 2018, RTD a prévu de recruter 150 personnes pour développer ses compétences sur le long terme.

Un coup dur dans les années 2020

En dépit de la perte du programme VBMR-L, qui était considéré comme stratégique pour le fabricant du VAB, son PDG Emmanuel Levacher reste quant à lui confiant dans l'avenir de son groupe. Ainsi, RTD prévoit une croissance de son chiffre d'affaires, qui devrait passer de l'ordre de 550 millions d'euros en 2017 à plus de 700 millions à l'horizon de 2020 (entre 650 et 700 millions en 2019), selon nos informations. A l'évidence, la future loi de programmation militaire (LPM) de 2019-2025 et l'export vont compenser la perte de ce contrat... même si la croissance sera moindre sans cette commande.

"C'est la vie des entreprises, avait expliqué début mars le patron de RTD à l'Assemblée nationale. On a perdu à la loyale. On n'était pas deux dans cet appel d'offres, il y avait cinq candidats. On n'était pas ravi de perdre. On a joué pour gagner".

RTD ne souffrira donc pas de ce grave échec. En tout cas dans un premier temps. C'est son rival Nexter qui a gagné l'appel d'offres portant sur le développement et la fabrication des véhicules blindés VBMR-L : 978 exemplaires à l'horizon 2030, dont 489 livrés d'ici à 2025, et 1.060 véhicules VLTP P segment haut, dont 200 livrés d'ici à 2025). "Pour dire les choses sincèrement, pendant deux, trois ans, cela n'a pas trop d'impact sur nous mais sur le moyen-long terme, c'est un manque à gagner en termes d'activité pour l'entreprise", avait expliqué début mars le patron de RTD à l'Assemblée nationale.

Ce n'est pas faux car la livraison du premier VBMR léger ne devrait intervenir qu'en 2021. Avant cette date, le programme sera effectivement en phase de développement. Au total, Nexter et son partenaire la PME Texelis devront livrer 489 VBMR-L entre 2021 et 2025 ainsi que 200 VLTP P segment haut. Soit 689 véhicules blindés. Puis, 489 véhicules blindés légers et 860 VLTP P supplémentaires entre 2026 et 2030. C'est donc entre 2021 et 2030 que RTD va perdre plusieurs centaines de millions de chiffre d'affaires et plusieurs dizaines millions d'Ebit.

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"Est-ce une catastrophe? c'est trop dramatiser par rapport aux conséquences, a souhaité minimiser en mars Emmanuel Levacher. Évidemment les conséquences à termes ne sont pas négligeables parce que c'est autant de véhicules que l'on ne fabriquera pas. Mais il faut savoir que c'est un programme qui a une phase de développement assez longue".

Une LPM favorable à RTD

La LPM va en grande partie porter la croissance de RTD. Ainsi, la filiale du groupe suédois devra fournir les éléments de mobilité de 936 Griffon et 150 Jaguar (Scorpion) entre 2019 et 2025, puis 933 Griffon et 150 Jaguar entre 2026 et 2030. Le groupe a également en charge la production des tourelleaux opérés, qui constitueront l'armement principal des Griffon et l'armement secondaire des Jaguar. Enfin, RTD a en charge la logistique de l'ensemble des pièces de rechange du programme Scorpion. Pour ce faire, il va investir plus de 7 millions d'euros en 2017 et 2018 sur le site de Fourchambault pour développer une plateforme logistique ultramoderne.

RTD est également responsable d'autres programmes dans le cadre de la future LPM, en particulier le véhicule léger tactique polyvalent non protégé (VLTP NP), qui sera le successeur des P4. Au total, il doit livrer 4.983 véhicules (dont 680 pour la Garde nationale), qui seront fabriqués sur le site de Saint-Nazaire (Acmat), d'ici à 2025. En outre, RTD s'est engagé dans le cadre d'un contrat de MCO (Maintien en condition opérationnelle), à assurer une disponibilité technique opérationnelle (DTO) de 90% du VLTP NP pendant 15 ans. Soit la durée de vie du produit.

Autre activité dimensionnante pour RTD, la livraison des véhicules pour les forces spéciales en dépit des problèmes techniques : 202 poids-lourds et 241 véhicules légers . Parallèlement, RTD qui participe au programme Caesar, va fournir le châssis du canon, dont 32 pièces seront commandées dans le cadre de cette LPM en vue de combler le retrait des pièces d'artillerie AUF1. Par ailleurs, RTD va moderniser 730 VBL (véhicules blindé léger) d'ici à 2025 et 70 véhicules supplémentaires entre 2026 et 2030. L'entreprise doit livrer à l'armée de Terre 50 VBL d'ici à décembre 2019.

Enfin, RTD vise des contrats importants prévus dans la LPM 2019-2025, comme le VLTP du segment bas en particulier. Soit 2.333 véhicules livrés à l'horizon 2030. L'entreprise lorgne également le renouvellement des camions tactiques de l'armée de terre (4-6 tonnes). Soit un marché de 7.000 camions. Les premières livraisons devront intervenir en 2025 (80 véhicules).

Le jackpot à l'export?

Longtemps, les industriels de la filière terrestre ont été sevrés de très grands contrats à l'export. L'année 2018 pourrait enfin leur être favorable après une année 2017 décevante, notamment pour RTD (100 millions de prises de commandes à l'export en 2017). "Ce qui n'est pas terrible", concède-t-on au sein du groupe. Ainsi, RTD a gagné un contrat au Koweït portant sur la fourniture de 300 véhicules blindés Sherpa pour 270 millions d'euros. Il propose également une nouvelle version du Sherpa aux Pays-Bas, qui souhaite acquérir 1.000 véhicules tactiques protégés de 11 à 12 tonnes fin 2018. Soit un besoin proche du VBMR (autour de 500 millions d'euros, MCO compris).

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RTD compte également sur le contrat CAMO (Scorpion belge) en Belgique estimé à 1,1 milliard d'euros (60 Jaguar et 417 Griffon). Une commande qui s'élèverait à environ 250 millions pour RTD, selon nos informations. En outre, le contrat VBCI au Qatar pourrait gonfler le carnet de commandes du groupe d'environ 300 millions d'euros. Au-delà de ce ces grands contrats, RTD travaille sur plusieurs petits contrats au Sénégal (35 véhicules), en Cote d'Ivoire (15) et au Tchad (100) pour un montant total de 30 à 40 millions d'euros. RTD a tous les ingrédients en main pour rebondir (LPM favorable, export) mais le fabricant de véhicules militaires doit désormais se mettre au carré pour réussir sa mutation. Sinon le crash reste une option...

Michel Cabirol

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