SCAF : Paris et Berlin ont trouvé un accord sur les moteurs du futur avion de combat européen

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Le SCAF est donc enfin sur la piste de décollage
Le SCAF est donc enfin sur la piste de décollage (Crédits : Airbus)
La France et l'Allemagne ont trouvé un accord sur l'organisation industrielle des moteurs. Dans un premier temps, Safran sera bien le maître d'oeuvre et MTU sous-traitant. Par la suite, les industriels vont créer une société commune à parité pour porter les contrats puis la certification du moteur.

Rencontré la semaine dernière au salon aéronautique de Dubaï, le patron d'Airbus Defence & Space, Dirk Hoke, avait assuré à La Tribune que les difficultés du Système de combat aérien du Futur (SCAF) allaient être surmontées, y compris sur le difficile volet concernant les motoristes (Safran, MTU). Et de préciser que l'Allemagne et la France allaient "trouver une solution" sur l'organisation industrielle des moteurs du futur avion de combat européen, le programme NGF (Next Generation Fighter). C'est désormais chose faite, selon plusieurs sources concordantes.

Le SCAF est donc enfin sur la piste de décollage. Si aucun aléa ne vient perturber la "phase de roulage"', le programme européen (Allemagne, France et Espagne) devrait décoller fin janvier avec la notification des contrats de Recherche et Technologie (R&T) sur les cinq piliers du projet, dont le fameux démonstrateur technologique sous la maîtrise d'oeuvre de Dassault Aviation qui est très attendu. Mais le temps presse. Et chaque minute compte, y compris celles des week-ends, pour être à l'heure du calendrier politique, comprendre, celui d'Emmanuel Macron et d'Angela Merkel.

Une organisation industrielle enfin figée

Paris et Berlin ont trouvé un accord oral, qui doit être désormais décliné par écrit. Dans la phase 1A (Recherche et Technologie), la France a obtenu que Safran soit clairement le maître d'oeuvre tandis que MTU se cantonne à un rôle de sous-traitant principal (main partner). Cette organisation était jusqu'ici contestée par MTU, lui même soutenu par le parlement allemand. Mais la France n'a pas cédé. C'était d'ailleurs une volonté très ferme de la France que d'équilibrer les rapports entre les industriels français et allemands sur le SCAF (Airbus Allemagne est maître d'oeuvre de trois piliers tandis que Dassault Aviation et Safran le sont pour un pilier chacun). "Ce schéma-là a fini par être agréé", explique-t-on à La Tribune.

La direction générale de l'armement (DGA) voulait que "les responsabilités soient clairement affichées, contrairement à ce qui avait été fait pour le moteur de l'Airbus A400M", avait confirmé début octobre le Délégué général pour l'armement, Joël Barre, au Sénat. "Nous tenons donc à avoir un responsable par poste et nous sommes en discussion avec Safran et MTU de façon à ce que Safran joue ce rôle en matière de moteur, pour des raisons d'équilibre de partage industriel entre les postes", avait-il précisé. Ce qui avait provoqué un coup d'arrêt du programme SCAF en raison de l'hostilité de MTU, soutenu par le parlement allemand.

Une société commune créée entre Safran et MTU

Après la phase de R&T, Safran et MTU se sont engagés à créer une société commune à parité (50/50), dont la date de création et les contours doivent encore être négociés. Cette société portera les contrats et s'appuiera sur les compétences des deux sociétés mères. Mais la répartition des tâches entre les deux industriels devra être cohérente en fonction de leur compétence (intégration pour Safran, services pour MTU). In fine, cette société portera la certification du moteur du futur avion de combat européen. Tous les acteurs concernés par ce dossier sont "alignés" sur ce schéma industriel, assure-t-on à La Tribune. La DGA n'attend plus désormais sur son bureau que les propositions techniques et financières des industriels, qui devraient arriver de façon imminente. Date butoir, le 6 décembre.

Par ailleurs, la place d'Indra, le groupe espagnol que Madrid a désigné pour être son champion au sein du SCAF au grand dam d'Airbus, a également été réglée. Le groupe espagnol, qui sera un sous-traitant majeur de Dassault Aviation, ne sera pas seulement sur la photo, il sera bien dans le programme et obtiendra des contrats de R&T, affirme-t-on à La tribune. Par la suite, Indra aura une part définie selon le montant de l'investissement, que Madrid consentira dans le programme SCAF.

Le dossier Propriété intellectuelle traité

A Dubaï, le patron des activités défense d'Airbus s'était également montré résolument optimiste pour trouver une solution en vue de régler le dossier sensible de la propriété intellectuelle. D'autant que l'Allemagne a surpris en faisant la démonstration de son savoir-faire dans le domaine des systèmes de systèmes à travers un programme jusqu'ici secret. En effet, Airbus Allemagne a récemment dévoilé l'existence d'un démonstrateur de drone de combat furtif, baptisé LOUT (Low Observable UAV Testbed).

Là aussi, la France et l'Allemagne ont trouvé un accord cadre où chaque industriel pourra protéger la propriété intellectuelle de ses compétences. Ce qui veut dire que Safran par exemple n'est pas obligé de transférer à MTU ses compétences sur les parties chaudes du moteur. En revanche, toutes les compétences nécessaires à l'établissement des études en commun sont partagées dans un cadre de droit d'usage. Clairement, tout ce qui est créé par les industriels dans le cadre de la coopération (Airbus/Dassault Aviation ou Safran et MTU par exemple), appartient de manière conjointe aux entreprises. En outre, les Etats peuvent s'en servir pour leurs besoins de défense. En revanche, pas question pour les industriels de transférer vers le civil des savoir-faire s'ils n'en ont pas la propriété intellectuelle.

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Commentaires
a écrit le 02/12/2019 à 11:24 :
Pour rester ds la course de la hte technologie militaire face au US, Russes et bientôt Chinois, la France qui n'a plus les moyens d'injecter 40 mds euros, comme ce fut le cas pour la conception et le dévelopt du Rafale ( appareil innovant polyvalent mais hors de prix) est contrainte ds le cadre d'un embryon de défense européenne à des transferts de technologie pour intéresser le riche partenaire Allemand et son puissant lobby industriel.
Par sa puissance financière, l'Allemagne gagne de + en + de souveraineté et de légitimité dans l'UE ( encore récemment avec l'ESA) au détriment de la France, reléguée bientôt en partenaire vassal.
Le prix à payer d'un Etat super endetté en raison de 20 ans d'errements de gestion générateurs d'une longue liste de fiascos ( dt les + emblématiques : 35H, faillite d'AREVA, SNCF, EDF, HOPITAL, GJ...) qui se chiffrent par des reprises de dettes par dizaines de mds !!
a écrit le 29/11/2019 à 10:49 :
Si je comprends bien le projet SCAF repose sur 5 piliers AIRBUS Allemagne à obtenu le leadership sur 3 piliers. La France avec Dassault et SAFRAN 2 (1 chacun) je suis pas très bon math mais là clairement ce n'est pas du 50-50...
a écrit le 28/11/2019 à 21:37 :
M. Cabirol, MTU n'est pas sous-traitant de SAFRAN. C'est une fausse formulation. MTU est partenaire égal à SAFRAN, qui sera le leader du projet moteur. Il y a une difference entre sous-traitance et partenariat ou un des deux assume la gestion du programme. De même avec MGCS où Rheinmetall et KMW vont gérer 2/3 du programme, Nexter 1/3, mais où Nexter est partenaire égal avec 50% du developpement par rapport à Rheinmetall et KMW. Le lead sera côté allemand, mais vous n'appelez Nexter pas sous-traitant. L'article ne reflète pas vraiment les vrai conditions dans les programmes SCAF et MGCS: Dommage.
Réponse de le 29/11/2019 à 3:31 :
Quand on aime prendre des vessies pour des lanternes...
a écrit le 28/11/2019 à 20:45 :
La France n’a pas les moyens de ses ambitions.
Réunification faite ,les allemands vont exprimer leur leadership économique dans tous les domaines.Ca ne fait que commencer.Il ne reste aux français que la plage et le soleil.
Réponse de le 28/11/2019 à 21:18 :
Le genre de commentaire défaitiste qu'on entend depuis des lustres (à peu près depuis l'époque mittérandienne) . Si cette idéologie avait existé pendant la période gaulliste , il n'y aurait jamais eu , par exemple , la force de dissuasion , ni aucune des grandes réalisation techniques ou économiques sur lesquelles on vit encore . Pathétique !
a écrit le 28/11/2019 à 18:56 :
A moins que je me trompe, il me semblait que l'Allemagne et la France s'étaient mis d'accord pour que le programme MGCS et le drone MALE soient sous maitrise d'oeuvre allemande et le programme FCAS sous maitrise d'oeuvre française.

Or aujourd'hui, l'Allemagne et maitre d'oeuvre sur 2/3 des systèmes du MGCS (suite à la renégociation avec Rheinmetal) et maitre d'oeuvre sur 3/5 des pilliers du FCAS.

On est si mauvais que ça en négociation ?
a écrit le 28/11/2019 à 16:42 :
Réponse à Jason Bourne:
Eurocopter est devenu Airbus hélicoptères qui est TOTALEMENT indépendant de Airbus défense and Space qui lui dans la pratique est piloté par les Allemands en ayant intégré la partie satellites qui initialement était majoritairement française
S agissant du Scaf je n' ai pas compris la définition des " piliers" mais si on en juge par la répartition en nombres encore une fois nos politiques ont lâché à l Allemagne sous prétexte du partenaire bien aimé
Pour le moteur comparer les chiffres d affaires dans les moteurs militaires et l expertise et vous constaterez que le 50/50 n est pas acceptable : mauvaise négociation de nos politiques une fois de plus
Réponse de le 28/11/2019 à 19:51 :
Pour les piliers si on n'en n'a que 2 c'est surtout je crois car ce sont les "piliers" dominants en bref les "plus lourds" après ça reste à voir si c'est vrai ou pas ou si comme vous dites,les négociants français se sont juste vautrer et ils ont fait n'importe quoi ce qui ne serait pas étonnant mais je doute qu'on en soit là.
Pour le moteur,je n'ai même pas trouver logique ce conflit,MTU n'avait clairement pas à la ramener n'ayant jamais fais de moteur seul ni motoriser un avion avec son propre moteur et quand on voit le résultat final,est-ce que ça valez vraiment la peine de retarder le programme pour si peu.
D'ailleurs je remarque qu'on a Dassault et Safran qui ont un pilier chacun et les allemands 3 (va savoir lesquels à part les drones) mais Thales n'a pas l'air d'être présent...
Va t-il servir de sous traitant principale pour une partie du programme qui a été confier à un autre ?
Réponse de le 29/11/2019 à 3:40 :
Dans les réacteurs, il y a les parties chaudes et les parties froides. Les 2 ont de la valeur, mais la complexité diffère. Safran a tous les ingénieurs nécessaires pour les parties froides grace au cfm56 et au leap. Sur les parties chaudes, c’est plus limité. Il y a le M88 et... un peu de jet affaire. Ce nouveau moteur permettra de développer le BE et les compétences. C’est bien.
a écrit le 28/11/2019 à 14:55 :
Oh....
a écrit le 28/11/2019 à 14:50 :
Dassault a fait voler le Neuron bien avant le LOUT... La France n'est donc pas en retard sur l'Allemagne sur ce point.
a écrit le 28/11/2019 à 11:24 :
bizarre, le projet SCAF, prétendu "commun", n'inclut pas le LOUT et ses successeurs secrets. Or le SCAF est un système où l'avion est escorté de drones aux rôles multiples sans lesquels il est presque nu. La stratégie des allemands est de partager (pomper) le chasseur et de se concentrer sur les drones (secrets et interdits d'export) où la France est notoirement en retard. Nos politiciens s'en foutent car ils seront à la retraite dorée.
a écrit le 28/11/2019 à 10:02 :
Ah tout de même, la hiérarchie est respectée !
a écrit le 28/11/2019 à 9:13 :
Le scaf j y crois pas trop.

Trop gros trop lourd trop complexe...
Navalisable ? J en doute.

Un projet viable pour 2040 ??? Trop tôt.

J aurai bien vu un super rafale du genre mirage iv 2030.... avec une cellule un poil plus grosse et des moteurs 30% plus puissant
Réponse de le 28/11/2019 à 14:07 :
"Navalisable ? J en doute."

En 1987 la marine nationale disait "JAMAIS UNE AILE DELTA NE SE POSERA SUR UN PORTE-AVIONS" en parlant du Rafale.

Comme vous pouvez le constater, le Charles de Gaulle n'emporte pas de Rafale.

...

Vous avez raison de ne pas croire au SCAF, mais c'est pour les mauvaises raisons.
a écrit le 28/11/2019 à 7:50 :
2 questions se posent:
1) Airbus Allemagne: depuis quand Airbus est allemand?
2) 3 projets pour l’Allemagne et 2 pour la France. C’est l’équité dont on parle?
Réponse de le 28/11/2019 à 10:01 :
Effectivement, c'est là ou le bât blesse et le manque de fermeté des ''négociateurs'' français est désespérant.
--Airbus ,création française, qui se fait phagocyter par les allemands
-- ce futur chasseur qui verra de gros transferts de la technologie SAFRAN et DASSAULT vers les allemands sous la pression....de nos incompétents politiques !!!
Réponse de le 28/11/2019 à 11:40 :
1) Airbus Allemagne est la branche d'airbus en Allemagne, comme son nom l'indique. C'est l'ancienne DASA.
2) Tout dépend de l'importance des projets qui ne sont pas forcement équivalents en terme de R&D et de CA.
Réponse de le 28/11/2019 à 14:28 :
@ Jeff
Sauf que les 2 projets pris en charge par la France seront les grosses parts du gâteau ! Ne pas oublier que c'est Dassault (avec Thales) qui seront maitre d'œuvre de l'avion et de son avionique et SAFRAN se chargera du moteur .
Les allemands prendront en charge les drones et les sous-systèmes qui vont accompagner l'avion !
Et pour l'explication de Airbus Allemagne, ça concerne la partie défense de Airbus qui est dirigé par les allemands même si les français ont gardé une présence non négligeable avec Eurocopter
Réponse de le 28/11/2019 à 19:42 :
On parle de 5 piliers mais il est fort probable que les 3 piliers allemands équivaut aux 2 piliers français "plus important" donc c'est "équitable" d'un certains sens,reste à voir si ça le restera.
@Jason Bourne la question avec Thales et Airbus D&S à été enfin réglé ? Les deux se battaient sur une partie du programme aux dernières nouvelle je crois qui était le système de combat.

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