Les 24 Heures du Mans, laboratoire d'innovations grandeur nature

Denis Kerdraon

Denis Kerdraon
Les organisateurs des 24 Heures du Mans auto l'ont en tout cas pris au pied de la lettre. Cette 82e édition de l'épreuve est celle d'une nouvelle réglementation : les voitures de la catégorie reine, nommée LM P1, devront courir en consommant 30% de carburant en moins. Un enjeu déjà de taille et d'autant plus s'il est mis en perspective.
Pour autant, pas question de sacrifier le spectacle.
L'ACO a donc mené cette évolution avec toute l'expérience qui est la sienne. D'abord en préparant le terrain. Car, si le règlement est mis en place cette année, les premières manoeuvres ont commencé à la fin de 2009.
Il est vrai que, de ce point de vue, les 24 Heures du Mans peuvent se féliciter d'être un laboratoire d'innovations : les freins à disque de Jaguar en 1953, le turbo compresseur de Porsche en 1974, ou encore la voiture hybride d'Audi en 2012. L'idée de travailler sur une forte baisse de la consommation est lancée. Très vite, les constructeurs sont associés à la réflexion. Ce qui permet de définir conjointement un planning de travail de quatre ans, durée nécessaire pour se préparer.
Très concrètement, la nouvelle réglementation prévoit principalement de limiter la consommation d'énergie des voitures, que ce soit au niveau du débit de carburant ou encore de l'énergie maximale récupérée et réinjectée par le système hybride.
En outre, le poids, l'aérodynamisme et la sécurité sont également concernés par le nouveau règlement. Une fois les caractéristiques techniques connues, chaque constructeur s'est donc mis à la tâche.
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Trois constructeurs sont engagés dans la catégorie des LM P1. Porsche, qui fait son retour dans l'épreuve des 24 Heures, Toyota et Audi. Et chacun a choisi une voie différente pour un même objectif : grâce à l'hybridation, conserver un niveau de performance équivalent. Cette technologie repose sur deux procédés : récupérer de l'énergie soit par un disque entraîné au moment du freinage, soit via les gaz dégagés par le turbo. C'est cette énergie qui est redistribuée au moment de l'accélération et soutient la performance des voitures.
Porsche, qui roule avec un moteur essence, va combiner les deux systèmes. Toyota équipera ses voitures de deux systèmes de Kers (Kinetic energy recovery system) installés sur les freins. Quant à Audi, qui roule avec un moteur diesel turbo, il a également fait le choix du Kers. Mais chacun des constructeurs diffère quant à la façon de stocker l'énergie récupérée. Quelles que soient les technologies employées, force est de constater que le pari est gagné, si l'on en croit les premiers essais effectués lors de la journée test au début du mois de juin. En effet, en dépit de la réduction de la consommation d'énergie, les voitures ne sont qu'à quelques centièmes de seconde des performances qu'elles réalisaient l'an dernier.
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Pour les constructeurs, Le Mans constitue donc un laboratoire grandeur nature, une occasion unique de tester non seulement les innovations, mais aussi leur résistance. Et tendre un peu plus vers l'un des 34 projets de la Nouvelle France industrielle. Nissan ne s'y est pas trompé. La marque japonaise revient l'an prochain en compétition dans la catégorie reine. Mais dès cette année, les organisateurs lui ont ouvert les portes du 56e stand, celui réservé aux projets innovants. Avec un défi de taille : que son prototype Zeod RC (pour Zero emission on demand) soit la première voiture à boucler un tour de circuit sans une seule goutte d'essence.
Denis Kerdraon