L'automobile en Europe 2000-2015 : le grand basculement

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Xerfi Canal
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'analyse du marché automobile en Europe entre 2000 et 2015.

Au tournant de l'an 2000, l'automobile européenne c'est un peu plus de 17 millions de voitures particulières, fabriquées à 86% en Europe de l'Ouest pour l'essentiel dans un nombre très réduit de pays, avec dans l'ordre : l'Allemagne, la France, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie : à eux 5, c'est 80% de la production européenne. Les autres pays d'Europe de l'Ouest sont le plus souvent des sous-traitants ou des producteurs de second rang.

Les PECO, c'est-à-dire les anciens pays du bloc communiste forment le solde de la production, pas plus de 14%. Mais les années 2000 vont complètement bouleverser la donne de la production européenne. Le début du siècle est un peu chaotique avec un compteur bloqué autour de 17 millions unités produites jusqu'à 2003.

Quatre faits majeurs

1- L'automobile française est alors triomphante avec plus de 3 millions de véhicules. C'est son apogée !

2- L'automobile allemande broie par contre du noir. Ainsi, Volkswagen est dans le rouge et doit s'engager dans un plan de restructuration musclé.

3- Quand à l'industrie italienne, elle perd déjà pied.

4- Dans le même temps, les PECO montent doucement en régime. Le secteur automobile européen va changer de régime à partir de 2004 : la production accélère pour s'approcher des 19 millions de véhicules en 2007. C'est un record absolu ! ... mais pas pour tout le monde.

L'Europe occidentale décroche et produit un demi-million de véhicules en moins par rapport à 2004. Les PECO flambent et produisent 2 millions de véhicules en plus.

Et il y a bien une relation de cause à effets. Les usines des pays de l'Est ont été rachetées et modernisées par les marques européennes occidentales pour tirer parti d'une main d'œuvre qualifiée avec des bas salaires.

Délocaliser pour produire à bas prix à destination d'une demande émergente en plein essor. Certes.

Mais aussi, assembler dans les régions à faible coût pour réimporter sur les marchés de l'Ouest. La production occidentale plonge presque partout, mais ce sont les sites français qui souffrent le plus de ce virage stratégique opérés par les grands groupes.

Par contre, la production germanique tire pleinement parti de sa proximité avec les PECO qui deviennent son hinterland productif pour les phases de production à moindre valeur ajoutée. Par contre l'assemblage et les maillons de fabrication décisifs sont pour l'essentiel conservés sur le territoire allemand. Les grands gagnants de cette bascule sont les PECO.

C'est d'ailleurs la République tchèque qui sort en tête grâce au dynamisme de Skoda (passé sous le contrôle de Volkswagen) et de la création d'un site de production commun entre PSA et Toyota. 2009.

La grande récession

La production dégringole de 21% ! Un tremblement de terre qui secoue toute l'Europe. Mais c'est à l'Ouest que le choc est le plus rude. Le tournant des années 2010 va ramener la production autour de 17 millions de véhicules en 2014, c'est-à-dire au même niveau qu'à la veille de l'an 2000. Mais en 15 ans la géographie de la production automobile européenne a littéralement basculé vers l'Est. Plus d'un véhicule sur 3 est désormais monté dans les PECO autour de 2 places fortes, la Tchéquie et la Slovaquie. La Roumanie et la Pologne perdent déjà des galons récemment conquis. La concurrence des usines Turques Marocaines pèsent certainement.

A l'Ouest, la production Allemande trône majestueusement avec 33% de part de marché. La France, l'Espagne et le Royaume-Uni ont décroché. Quant à l'Italie elle est marginalisée : c'est devenu un « nain » de l'automobile. Mais attention, les positions ne sont pas figées : derrière la stabilité globale de la production approximative européenne, elles bougent même vite ces toutes dernières années.

A coups d'incitations fiscales, de flexibilité du travail, de coût du travail comprimé, l'Espagne et le Royaume-Uni reviennent progressivement dans la course. Même en France, on perçoit des signes de sursaut. Des signaux faibles qui ne doivent pas masquer la restructuration en profondeur de l'automobile européenne depuis 2000, avec d'abord la montée foudroyantes des PECO, la place centrale prise par l'Allemagne, seul pays d'Europe de l'Ouest à avoir maintenu son rang, et le décrochage de l'Italie avec une production passée de quasiment 1,5 millions de véhicules à 400.000... c'est à peine plus que la Roumanie.

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Commentaires
a écrit le 23/03/2015 à 22:37 :
m'a tuer.
C'est la seule explication. Dès son adoption en 2002 environ.
a écrit le 21/03/2015 à 12:43 :
Etude fausse de Xerfi mais là n'est pas l'essentiel. En réalité une telle présentation est néfaste. Elle voudrait que la production atomisée donc "responsable" soit la plaie alors que celle concentrée, faussement, soit le modèle. elle espère déclencher des frustrations. La production sortie d'usine ne veut pas dire fabrication totale, loin de la. La valorisation dans le bilan mais aussi dans les salaires et la recherche est un autre critère. La stratégie économique pays est aussi un paramètre. La loyauté des financements ou le respect des normes de pollution doit être également exploré. Cet article de Xerfi semble nous dire que la fin justifie tous les moyens, c'est un discours politique. Ces temps sont révolus et cee constat est celui du passé. Nous en tiendrons compte mais il n'est pas signifiant des critères qui vont conduire à une juste appréciation pour l'avenir. On ne peut pas parler de l'automobile sans la connaître.

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