Lamborghini intègre l'abandon progressif du moteur thermique

Le constructeur italien de voiture sportives, propriété de Volkswagen, annonce un résultat financier record au premier semestre 2022. Il s'apprête à hybrider l'ensemble de sa gamme à partir de 2023 et présentera son premier modèle électrique en 2028.
Après avoir dirigé le constructeur automobile français Bugatti jusqu'en 2021, Stephan Winkelmann préside désormais l'italien Lamborghini.
Après avoir dirigé le constructeur automobile français Bugatti jusqu'en 2021, Stephan Winkelmann préside désormais l'italien Lamborghini. (Crédits : Stefano Guindano / Lamborghini)

« Lamborghini vient de réaliser le meilleur semestre de toute son existence », se réjouit Stephan Winkelmann, président du constructeur italien de voitures supersportives. L'annonce du record est tombée lors d'un entretien avec quelques journalistes européens en amont de la présentation de ses résultats financiers : le constructeur de Sant'Agata Bolognese a livré 5.090 voitures au premier semestre 2022, augmentant ses volumes de 4,9 % par rapport au premier semestre 2021. Mais la surprise provient surtout du chiffre d'affaires : avec 1,332 milliard d'euros, celui-ci s'améliore de 33,6 % sur la même période. Plus favorable encore, le résultat net semestriel (425 millions d'euros) est supérieur au résultat réalisé en douze mois sur l'exercice 2021, où le bénéfice avait atteint 393 millions d'euros.

« Quatre facteurs expliquent cette amélioration de la rentabilité », estime Stephan Winkelmann. « Le mix produits a évolué favorablement et, dans chaque gamme, les clients se sont orientés vers des modèles dérivés sur lesquels nous réalisons les plus fortes marges ». La gamme Lamborghini se décompose actuellement en trois familles : le SUV Urus, lancé en 2018, représente 60 % des ventes. Les supersportives Huracan (2014) et Aventador (2011), dont la production est arrivée à terme le 27 juillet, sont équipées de moteurs V10 et V12. « Les clients achètent nos modèles avec des options et des demandes de personnalisation très poussées. Enfin, nous avons bénéficié d'un taux de change favorable entre l'euro et le dollar », poursuit Stephan Winkelmann.

De Molsheim à Sant'Agata Bolognese

Cette stratégie d'augmentation des marges unitaires était déjà à l'œuvre chez Bugatti, dont Stephan Winkelmann a été aux commandes entre 2018 et 2021. Sous sa direction, aucune Chiron n'a quitté l'usine de Molsheim sans recevoir une coûteuse personnalisation. La même stratégie est reproduite, à l'identique, à Sant'Agata Bolognese avec des dérivés Huracan (STO, Tecnica) poussés à 640 chevaux et vendus jusqu'à 50 % au-dessus du tarif standard.

Au premier semestre 2022, le constructeur italien a réalisé ses meilleures performances aux Etats-Unis, son premier marché suivi par la Chine, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Le Moyen-Orient pointe au cinquième rang. La France est dixième. « Nous avons un carnet de commandes solide qui correspond à dix-huit mois de visibilité », observe Stephan Winkelmann, qui prévoit « un feu d'artifice de nouveaux produits à venir ». La gamme, plus modeste en réalité, restera resserrée chez le petit constructeur italien. Le SUV Urus va connaître quelques évolutions de design au mois d'août. Un nouveau dérivé de la Huracan est prévu en fin d'année. Les véritables nouveautés n'arriveront que plus tard, et elles concerneront les moteurs. « 2022 sera notre dernière année avec des motorisations 100 % thermiques. Dès 2023 et 2024, nous proposerons des versions hybrides de nos modèles actuels. Un quatrième modèle, qui arrivera en 2028, sera notre première voiture 100 % électrique », annonce Stephan Winkelmann.

Couper le son sur la Lamborghini

Réputé pour la sonorité évocatrice des moteurs à dix et douze cylindres sur ses supersportives, Lamborghini saura-t-il convaincre ses clients ? « Nous tenons à prouver qu'une supercar 100 % électrique peut provoquer des émotions. Pour la carrosserie et le design, il n'y aura pas de problèmes. Pour la performance, les accélérations longitudinales ne seront pas le seul critère à prendre en compte. La légèreté, la maniabilité, la réactivité d'une sportive électrique sont des sujets sur lesquels nous travaillons encore. Pour le son, c'est un tout autre sujet », reconnaît Stephan Winkelmann.

« Je fais partie de cette génération (le dirigeant est né en 1964, NDLR) qui aura du mal à accepter d'abandonner les moteurs thermiques. Mais nous travaillons pour les générations à venir. Nos voitures devront être durables et si nous parvenons à les rendre performantes, elles sauront correspondre à leurs attentes », espère-t-il.

Contraint comme les autres constructeurs automobiles à stopper la production et la vente de moteurs thermiques en 2035, en vertu d'un règlement adopté le 8 juin 2022 par le Parlement européen, Lamborghini dispose par son statut de petit constructeur d'une année de répit. La fin des hybrides Lamborghini est donc inscrite en 2036. Pour financer l'évolution de sa gamme, Stephan Winkelmann prévoit un investissement d'1,8 milliard d'euros « en auto-financement ». Excluant de ce fait une introduction en bourse de cette filiale de Volkswagen.

« Le successeur de l'Urus sera électrique », annonce déjà Stephan Winkelmann. Rien n'est arrêté pour les futures supersportives, en commençant par la remplaçante attendue de l'Aventador. « Nous n'allons pas nous précipiter. Les carburants synthétiques restent toujours une option, à ce jour. Mais on constate déjà que des mégapoles, à l'instar de Paris, Londres et des villes chinoises, veulent établir leur propre calendrier sur les moteurs des voitures. Nous demandons des règles unifiées et attendons d'y voir plus clair. Si chacun fait ce qu'il veut à l'échelle locale, ce sera un désastre pour nous », prévoit Stephan Winkelmann.

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Commentaires 5
à écrit le 02/08/2022 à 20:52
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Pauvre monde. Vendez votre Lamborghini et achetez une trottinette.tout ira bien, l'air sera pour.

à écrit le 02/08/2022 à 13:42
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Ils utiliseront le savoir-faire de Rimac, acteur discret mais efficace de l'électrique haute performance au sein du groupe VAG.

à écrit le 02/08/2022 à 11:58
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Triste monde ! On remerciera Elon Musk qui a détruit l'automobile thermique pour une technologie encore plus polluantes ! Lamborghini avait assez de fric en plus pour investir dans le moteur thermique à hydrogène, bien plus ecolo que la pile à combus...

le 02/08/2022 à 16:09
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Vous avez vos idoles; permettez qu'on ne les partage pas. Jobs n'a jamais rien fait; que du marketing. Zucker... a détruite la socialité. Gates à fait fortiune sur la base d'innovations de Bell Labs. Quant à Musk, était ce hier qu'un article montrait...

à écrit le 02/08/2022 à 11:54
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Lamborghini qui fait du SUV aussi ? Misère ! Ils se recentrent sur leurs tracteurs en somme, c'est la crise.

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